‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 4)Chapitre 3 sur 116 · VII · texte numérisé non relu

VII

Rendu à In liberté, que fait M. de Girardin? Il adresse une pétition à l'Assemblée nationale.

Cette pétition a été déposée sur la tribune de l'Assemblée nationale.

Elle subsiste !

N'était-elle donc pas assez grave pour mériter l'honneur d'être rapportée ?

Après de vaines protestations contre la suppression de la Presse, multipliées sous toutes les formes, un des propriétaires du journal se rend spontanément chez M. le général Cavaignac, dans les derniers jours de juillet 1848.

11 est immédiatement reçu.

Que fait M. de Girardin, instruit de cet entretien où son nom a été souvent prononcé ? oubliant la grave atteinte qui lui a été portée dans sa liberté et dans sa fortune, il va trouver le général Cavaignac, et le dialogue entre eux s'établit par cette déclaration :

« Un jour ou l'autre la liberté d'écrire me sera rendue ; » sera-ce pour vous combattre ou pour vous appuyer? Cela » dépendra de l'impression que j'emporterai de cette con- » versalion, exclusivement politique. »

De la part de M. de Girardin, pas un mot, pas une allusion sur la suppression de la Presse ni sur l'arrestation de son rédacteur.

Cette conduite, la Presse le demande au Siècle, est-elle celle d'un homme qui cède à des sentiments vulgaires ?

Supposer M. de Girardin capable de mesquines rancunes, c'est ne connaître ni le caractère ni la vie de celui à qui l'on n'a cessé d'adresser le reproche de préférer ses ennemis à ses amis ! Peu de jours après ce premier entretien, M. le général Cavaignac fait remettre à M. de Girardin un laissez-entrer dont celui-ci ne croit pas devoir profiter. Il adresse à M. le général Cavaignac la lettre suivante :

« 24 juillet 1P48.

» Général, » J'ai pu faire une première démarche, toute d'élan, toute » de patriotisme; elle devait m'élever dans votre esprit,

» mais je ne saurais en faire une seconde qui m'abaisserait, » parce qu'elle aurait pour mobile un calcul, un intérêt.

» Cette fois ce serait le solliciteur, ce ne serait plus l'é- » crivain.

» J'ai compris et pratiqué la presse comme l'avait com- » prise et pratiquée votre frère lorsqu'il s'exprimait ainsi, » le 16 avril 1833, devant la Chambre des députés :

a Nons ne sommes pas de ceux qui se passionnent pour leur moyen ; » nous savons très bien en quoi pèche la presse: mais ce que nous lui » reproclions, nous, comme à toutes les opinions dont elle est l'organe, » c'est d'avoir plus de fougue que de hardiesse.

» En cela la presse est un symptôme du vice flagrant de notre époque, » le peu de dévoûment de chacun à sa cause. On regarde trop de part et » d'autre à s'en prendre résolument et aux choses et aux personnes. »

» Général, je ne suis pas républicain de nom, mais je le » suis de cœur, et je le prouve en faisant honorer en moi » la liberté de la presse, en l'élevant au-dessus de toute » considération de fortune.

Page 1