‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 4)Chapitre 21 sur 116 · ALORS MÊME QUE CELA POURRAIT PARAITRE NÉCESSAIRE · texte numérisé non relu

ALORS MÊME QUE CELA POURRAIT PARAITRE NÉCESSAIRE

tels sont les premiers mots que prononce M. Cavaignac.

Puis il ajoufe :

« La dignité des fonctions dont je suis revêtu ne me per- » mettrait pas d^accepter le débat sur ce terrain et de me y> défendre... »

Fausse dignité, monsieur !

Le pouvoir n'a jamais qu'à gagner à dissiper les nuages qui peuvent obscurcir la pureté de ses intentions et de ses actes; le pouvoir n'a jamais qu'à perdre en ne se hâtant pas d'écarter de lui tout soupçon qui doit le ternir.

Quiconque a pris ou accepté le pouvoir, est responsable devant l'opinion publique; il relève d'elle, et n'a pas le droit de lui apporter une fin de non-recevoir tirée des susceptibilités de sa conscience.

Les justes exigences de l'opinion publique et les légitimes fiertés de la conscience humaine ne s'excluent nullement.

A l'opinion qui se défie, la conscience qui ne craint rien dit : Entrez! et scrutez tout.

Est-ce là le langage et la conduite qu'a tenus le président du conseil devant l'Assemblée nationale, représentée par la commission d'enquête ? — Non.

Que fait-il? — Il entreprend l'apologie de son système de tléfense, système de défense qui a pour effet de prolonger la lutte pendant quatre jours; de joncher les rues de cadavres ; de coûter la vie à plus d'officiers généraux qu'il n'en fallut pour acheter, sous Tempire, plus d'une grande victoire ; de jeter le deuil et la désolation dans des milliers de familles; de faire croire à la garde nationale qu'elle était trahie ; de refroidir l'élan des plus intrépides gardes nationaux; de les exposer dans cette affreuse mêlée à se tirer les uns sur les autres, sans se reconnaître; d'encourager les insurgés; de multiplier les barricades; de forcer des hommes paisibles à prêter, malgré eux, le concours de leurs bras à l'insurrection ; de mettre les membres de la Commission executive en danger d'être fusillés, et finalement de livrer l'Assemblée nationale, défendue seulement, le dimanche 25 juin, par quel([ues cavaliers et quelques artilleurs, au risque d'être assaillie par une insurrection si facile à prévenir le 22 , si facile encore à comprimer le 23 juin avant midi et demi, heure à laquelle M. Cavaignac expédiait dans les départements celte unique dépêche : — « C'est aux autorités ciciles et militaires à décider s'il est

» opportun que les troupes figurent à la procession de la » Fête-Dieu. »

Du 14 juin, jour où une lettre adressée à M. RIanqui, à Vincennes, et interceptée, révélait ie complot qui couvait, jusqu'au 23 juin , jour où l'insurrection a éclaté , quelles précautions ont été prises par le général Cavaignac, ministre de la guerre, pour protéger Paris, l'ordre et la société?

C'est la question que lui posera l'histoire ; c'est la question par laquelle nous terminerons cette réponse à ceux dont la servilité audacieuse a osé dire que nous avions accusé sans preuves.

1C-- décembre 1848.

Nous avons sommé le National et le Siècle de relever dans tout notre travail intitulé : le général cavaignac devant LA COMMISSION d'enquête uuc calomuie , un mensonge. Si ce travail n'est qu'un tissu de calomnies, d'où vient donc que le National et le Siècle, en s'y mettant tous les deux, n'en puissent relever une seule ?

Le retentissement qu'à eu cette publication, non-seulement en France, mais à l'étranger et principalement en Angleterre, où elle a suffi pour modifier le langage de la presse britannique, ce retentissement a été tel, que, de^'aveu unanime, c'est lui qui a rendu nécessaire le débat du samedi 2o novembre 1848.

Non-seulement ce débat n'a contredit aucun des faits que nous avions empruntés au rapport de la Commission d'enquête, mais il les a tous pleinement confirmés.

Quel était le moyen de prévenir l'insurrection ? C'était de l'intimider.

Le 22 juin, aucune mesure n'est prise.

Le 23 juin, la garde nationale est livrée à elle-même. Elle agit sans ordres. Pas une seule dépêche télégraphique n'est envoyée par le ministère de la guerre pour faire venir des troupes.

A HLiT HEURES DU MATIN, le Samedi 24 juin, M. Cavaignac est surpris dans le cabinet de M. Senard, président de l'As-

semblée nationale, où il s'occupe non pas d'étouffer l'insurrection, mais de renverser la Commission executive.

A HUIT HEURES TRENTE-CINQ MJNUTES, grâcc aux battcries démasquées de MM. Pascal Duprat et Jules Bastide, la Commission executive est renversée, la dictature et l'état de siège sont proclamés !

A DIX HEURES ET DEMIE, la Commissiou executive déclare qu'elle se retire seulement devant un vote de P Assemblée.

A ONZE HEURES, enfin, part du ministère de la guerre la première dépêche télégraphique pour demander de diriger sur Paris toute l'infanterie disponible.

Jamais flagrant délit ne fut plus manifeste.

Cependant l'Assemblée nationale déclare qu'elle persiste dans les termes de son décret du 28 juin, ainsi conçu : « Le y> général Cavaignac a bien mérité de la patrie. »

Ce vote était prévu. Que prouve ce vote?

Le même vote n'a-t-il pas été accordé le 8 mai au Gouvernement provisoire ?

Un vote analogue n'a-l-il pas été obtenu le 12 juin par la Commission executive ?

Le 28 juin, l'Assemblée nationale n'a-t-elle pas déclaré que M. Senard « avait bien mérité de la patrie; «ceTa a-t-il empêché M. Senard de tomber le 13 octobre devant la même Assemblée?

Toutefois, il est permis de croire que le résultat de la séance du 25 novembre eût été tout différent, si le général Cavaignac eût été moins faiblement attaqué, s'il eût été serré de plus près, s'il eût été ramené toujours au point de départ, si toutes les fois qu'il s'en écartait par des détails oiseux, par des digressions habilement étudiées, une voix opiniâtre se fût élevée et lui eût dit :

Général, vous venez de déclarer vous-même que « le 22 » juin et LES jours précédents vous aviez la conviction sé- » rieuse que c''était une BATAILLE qui se préparait.... » Eh ! bien, en vue de cette bataille, général, dites-nous donc quelles précautions vous aviez prises, quels ordres vous aviez donnés le 22 juin? — Il n'eût pas répondu I

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