‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 4)Chapitre 22 sur 116 · LETTRE D^^N SOLDAT · texte numérisé non relu

LETTRE D^^N SOLDAT

14 novembre 1H4B.

« Dans les réflexions que vous iusph'ent les citations accablantes pour M. CavaijTnac, extraites du rapport de la Commission d'enquête sur les douloureux événements de juin, vous faites constamment l'éloge bien mérité du courage et du zèle de la garde nationale et de la garde mobile; vous les regardez comme ayant seules sauvé la patrie, la société. C'est un honneur trop grand pour que tous ceux qui y ont des droits ne les revendiquent pas à leur tour, et vous semblez vouloir oublier toujours les immenses services de cette noble, grande et magnanime armée, qui n'avait, elle, ni foyers, ni propriétés à défendre, qui n'avait au fond du cœur que le sentiment du devoir, et qui a scellé de son généreux sang la conservation de la société. Vous dites que le 23 juin la société était perdue sans la courageuse initiative de la garde nationale et de la garde mobile. Il est vrai que l'incurie du ministre de la guerre fit que nous eûmes nos ordres plus tard qu'il ne l'eût fallu ; mais dès ce fatal 23 juin dans Vaprès-midi, l'armée s'unissait partout à la garde nationale pour le renversement des barricades. Le régiment auquel j'ai l'honneur d'appirrtenir, le 7^ léger, était disséminé sur des points opposés, renversant une barricade dans le faubourg Poissonnière, en renversant une autre rue Saint-Jacques ; c'est là que l'armée commença à compter ses martyrs, que nous perdîmes le jeune et brave capitaine Delporte ; à quatre heures, à la tête de sa compagnie, il tomba frappé d'un coup mortel, lâchement parti d'une fenêtre.

» Croyez-moi, dans ces tristes jours chacun a fait son devoir. Je suisloiu de contester les services rendus par les gardes nationales et mobiles, loin de là, car je les admire; mais, abandonnées à elles-mêmes, sans le concours tout-puissant de l'héroïque armée, elles eussent péri victimes de leur dévoûment sans sauver la société et la civilisation.

» A présent, Dieu nous préserve de voir arriver au pouvoir suprême ce malheureux homme qui pouvait conjurer l'orage et qui l'a laissé éclater. Nous ne dirions pas: Nous en sommes heureux et fiers.

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