‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 4)Chapitre 23 sur 116 · UN SOLDAT DU 7"^ RÉG. D'INFANTERIE LEGERE · texte numérisé non relu

UN SOLDAT DU 7"^ RÉG. D'INFANTERIE LEGERE

Nous ne laisserons pas cette lettre sans réponse.

Si nous n'avons mentionné l'armée qu'après avoir cité avant elle la garde nationale et la garde mobile, c'est que l'ordre dans lequel l'armée a été appelée, le 23 juin, à intervenir, l'exige ainsi.

L'armée est intervenue la dernière, mais ce n'est pas, nous le savons, ni faute de zèle, ni faute d'intrépidité; c'est qu'elle est une force essentiellement passive.

L'armée attend ; la garde nationale n'attend pas. Fort heureusement, la garde nationale n'a attendu ni le 16 avril, ni le 15 mai, ni le 23 juin, que des ordres lui fussent donnés. Elle les a devancés.

Quand l'un des premiers, M. Bouillon, le lieutenant-colonel de la 2® légion de la garde nationale, a marché le vendredi matin 23 juin sur les barricades qui venaient de s'élever, il n'avait pas reçu d'ordres, il n'avait pas reçu d'instructions. Il ne les avait pas attendus. Ce qu'a pu faire le lieutenant-colonel d'une légion de la garde nationale, le lieutenant-colonel d'un régiment de ligne n'aurait pas pu le faire.

Mais de ce que nous avons conservé à chacun le rang que les circonstances lui avaient assigné, il ne s'ensuit nullement que nous ayons voulu amoindrir la grande et noble part qui revient à l'armée dans les douloureuses journées de juin.

Personne n'a plus que nous d'admiration et de sympathie sincères pour l'armée, pour son courage, pour son dévoûment, pour son patriotisme,- pour son abnégation.

Nos critiques s'arrêtent à la loi de recrutement et à l'énormité de la dépense d'un effectif trop considérable, d'un effectif triple de celui qu'avait la France en 1828. Nos critiques ne vont pas plus loin.

Une lecture superficielle et une opposition malveillante

ont pu seules accréditer que nous étions les ennemis de l'armée ; c'est plus qu'une erreur, c'est une calomnie !

Les ennemis de l'armée, ce sont ceux qui, depuis février 1848, en ont accru inconsidérément la dépense sans se demander combien de temps la France pourrait porter sans fléchir un poids si lourd.

Les véritables amis de l'armée, ce sont ceux qui voudraient que la France n'eût qu'un effectif proportionné à sa population, et réglé d'après une base commune adoptée d'accord par toutes les grandes puissances, afin qu'en France et dans toute l'Europe l'état militaire cessât d'être un service obligatoire et pût devenir une carrière libre aussi bien pour le soldat que pour V officier. C'est une question d'argent facile à résoudre par la préférence donnée au choix sur le nombre.

C'est ce qu'il nous serait facile de prouver. Aujourd'hui l'écrivain a seulement voulu répondre au soldat et effacer de son esprit une impression fausse.

M. de Lisicferme, colonel du 7® régiment d'infanterie légère, nous écrit pour nous dire que la lettre ci-dessus est d'un «LACHE axonyme; qiCelle n'est pas, qu'ellenepeut pas être » sortie des rangs du 7® léger. » Qu'ensait-il ? Comment peutil le savoir? Est-ce que les soldats que la loi de recrutement arrache à leurs familles, à leur commune, à leur profession, sont tenus d'aller communiquer à leur colonel toutes les lettres qu'ils écrivent? Est-ce qu'ils n'ont pas le droit d'avoir une autre opinion que la sienne ? Est-ce que l'on aurait la prétention, sous le régime de la liberté et du suffrage universel, de transformer la guérite en confessionnal? Quand le colonel du 7® léger aura répondu à ces questions, nous verrons s'il y a lieu de lui faire connaître le nom du soldat du 7® léger qui nous a fait l'honneur de nous écrire et auquel nous avons été heureux de répondre.

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