RÉPARATION DUE A LA COMMISSION EXECUTIVE
21 novembre 1848.
Oui, cela est vrai, nous nous sommes plusieurs fois très sévèrement élevés contre la Commission executive avant qu'elle ne fût renversée ; mais pouvions-nous supposer que les ordres donnés par elle aux ministres de la guerre et de l'intérieur n'étaient pas exécutés par MM. Cavaignac et Recurt?
23 novembre 1848.
Le Siècle ose encore parler de « I'impuissance avérée » de la Commission executive! Aujourd'hui cette « impuissance » AVÉRÉE » est expliquée. La Commission executive donnait des ordres au général Cavaignac, mais le général Cavaignac ne les exécutait pas.
Le mot « CALOMNIE » a été échangé entre M. Cavaignac et la Commission executive. C'est un duel entre eux qui ne saurait se terminer par un déjeuner. Us ont pour témoin la France ; or, la France ne le souffrirait pas.
Des dépositions existent.
Ces dépositions sont signées :
ARAGO ; DUCLERC ; GARNIER-PAGÈS ; LAMARTINE ; LEDRU-ROLLLN ; MARIE ; PAGNE RRE ; TROUVÉ-CHAUVEL ;
Elles ont pour contrôle et pour preuves les témoignages suivants :
ALLARD, chef de la police de sûreté ;
ALLARD, commandant du génie de l'armée de Paris;
Bertrand, lieutenant dans la 2^ légion;
HAUssoNviLLE (d'), aucieu député ;
jouBERT, ancien directeur de l'octroi de Paris ;
marrast, maire de Paris ;
MOREAU, ex-maire du 8® arrondissement ;
PANissE, directeur de la sûreté générale ;
RÉBILLOT, colonel de gendarmerie ;
REY, aumônier du Val-de-Gràce.
Elles ont pour irrécusables garanties les dépêches télégraphiques expédiées les 23 et 24 juin, et consignées dans les volumes de la commission d'enquête.
Qui a menti? Qui ment? Qui a calomnié? Qui a trompé la France? C'est ce que la France, enfin, voulait savoir ; c'était ce qu'il était urgent qu'elle sût avant l'élection du 10 décembre 1848.
24 novembre 1848.
M. de Lamartine, au sein de la commission d'enquête, a déposé que, « voulant avoir à Paris une force de 60,000 hommes, indépendamment de la garde nationale, il avait OBSÉDÉ le général Cavaignac. » Le passage suivant de sa lettre aux dix départements qui l'ont élu n'est pas moins formel :
« Le 8 juin, à l'ouverture de la séance du gouvernement,
86 tSâS.
Je dis au conseil ces propres mots : « La physionomie de la « République m'afflige. Nous marchons à une crise. Ce ne » sera ]?os une émeute, ce ne sera pas une bataille, ce sera » une compagne de plusieurs jours et de plusieurs factions » RÉUNIES. VAssemblée nationale, en qui repose la souverai- » neté, pourra être compromise, forcée peut-être de quitter » momentanément Paris. Il l'aut pourvoir à ces éventualités » avec l'énergie d'un pouvoir républicain. Les cinquante- » cinq mille hommes suffisant pour Paris ne suffiraient pas y> pour y faire rentrer la représentation nationale. Je de- » mande, outre une série de décrets de sûreté publique, » que le ministre de la guerre fasse approcher immédiatement » de Paris vingt mille hommes de plus. » C'était le camp sous Paris, indiqué quatorze jours avant la bataille. La commission TOUT ENTIÈRE acquicsce à ma proposition, le ministre DE LA GUERRE ÉTAIT PRÉSENT. NoUS pOUNlOnS doUC
compter, le 23 juin, non seulement sur les cinquante-cinq mille hommes ci-dessus énumérés, mais encore sur les vingt mille hommes en marche ou prêts à marcher du camp sous Paris. En tout, soixante-quinze mille baïonnettes rassemblées en peu de jours pour soutenir une garde nationale de cent ciuatre-vingt mille hommes ?
« Que devient le reproche d'avoir fermé les yeux au péril et négligé la présence des troupes?
» La commission, irréprochable dans les préparatifs, a-telle été hésitante ou faible dans l'action? Voici les faits; il est temps qu'ils apparaissent sous leur véritable aspect :
» Le 22, à minuit, la commission réunit au Luxembourg les ministres et les généraux. Tous les ordres sont donnés, toutes les mesures préparées dans l'éventualité d'une journée annoncée pour le lendemain.
» Le 23, à six heures du matin, nouvelle réunion au Luxembourg avec les commandants des forces militaires et civiques. Le ministre de la guerre est investi du commandement général, pour donner de l'unité et de l'autorité aux ordres.
» A sept heures, les rassemblements commencent au
Panthéon. Formation d'une colonne de troupes de ligne, de cavalerie, et d'un détachement de la 11° légion, pour s'emparer de la place, M. Arago, président de la commission, veut la précéder lui-même. M. Quinet, colonel de la 11° légion, méconnu depuis, est présent dès le matin, actif et résolu tout le jour. L'attroupement se dissipe et se dirige sur la Bastille. Le gouvernement se transporte au palais de l'Assemblée nationale ; il s'y établit en permanence avec le quartier-général.
» La journée se passe à combattre et à ordonner. Les troupes, admirables d'héroïsme, paraissent faibles de nombre. A quatre heures du soir, les barricades s'élèvent au faubourg du Temple. Elles commencent l\ s'élever vers la Bastille; elles menacent de se multiplier dans la nuit. Des représentants sont introduits. Ils nous somment de donner volontairement notre démission. Nous repoussons avec indignation ce conseil. Je me lève et je dis : « Nous répondons » de tout. Jamais des hommes de cœur ne se retirent au » milieu d'un combat. Après la victoire de l'ordre, nous » serons à la disposition de l'Assemblée nationale. » Les représentants se retirent, a Nous avons encore quatre heures » de jour, dis-je après leur départ, et disent avec moi tous » mes collègues, ne les laissons pas à la sédition ; la nuit » recruterait la multitude indécise et intimidée des fau- » bourgs : ils se couvriraient de barricades; ce serait du » sang à verser et à perdre demain. Formons une dernière » colonne avec le peu de troupes qui sont autour de l'As- » semblée nationale, et allons déliver le faubourg du Tem- » pie. » Le général Cavaignac forme la colonne; je monte à cheval, accompagné de M. Duclerc, ministre des finances, du commandant Pierre Bonaparte, à qui je prèle un de mes chevaux, et de M. de Tréveneuc, représentant du peuple. La garde nationale et la foule nous encouragent de la voix et du geste sur les boulevards. Nous laissons le commandant général disposer ses forces au Chàteau-d'Eau. Je m'avance seul au milieu des Oots de peuple dans la rue du Temple cl sur le boulevard de la Bastille.
» La multitude entoure mon cheval, me serre les mains, s'attendrit sur elle-même et sur le sort de la patrie. Elle témoigne la fluctuation et V indécision dhine masse sans guide prête à passer, à la moindre impulsion, de Vordre à la sédition. Je suis à la fois inquiet et attendri de la physionomie de cette foule; je la console, je la calme, je la ramène, autant qu'il est en moi, par mes paroles, à la patience, à la paix, à la confiance dans l'Assemblée. Je ne me dissimule pas que, dans quelques heures, tout ce peuple innocent encore va recruter V insurrection, quelques bataillons l'auraient coiSTENUE. Ces bataillons sont occupés ailleurs. Je reviens sur mes pas ; je m'avance avec quatre pièces de canon et avec la colonne de garde mobile et de troupes de ligne, qui marchent à l'attaque des barricades du faubourg. Ces barricades résistent trois quarts d'heure au feu. L'artillerie les démolit enfin.
» Les décharges des insurgés blessent ou tuent quatre cents braves soldats et deux généraux. Le cheval que j'ai prêté au commandant Pierre Bonaparte est tué sous ce brave officier, à côté de moi. M. de Tréveneuc et M. Lassant reçoivent des balles dans leurs habits. Je reviens porter moi-même au ministère de la guerre l'ordre dont me charge le général Cavaignac, de faire arriver, pendant la nuit, les troupes des garnisons circonvoismes. LTne trêve muette s'établit jusqu'au jour. Le matin voit recommencer la lutte. Nous la soutenons tous avec la même énergie. Les gardes nationaux arrivent des départements; les canons, de Vincennes; un régiment, d'Orléans. Le triomphe est cruellement acheté, mais il n'est plus douteux. On nous enlève notre part de coopération au salut commun. A onze heures, l'Assemblée nationale nomme celui que nous avions déjà nommé nous-mêmes, le général Cavaignac, pour achever et
consolider la victoire. »