DEVANT LA GARDE NATIONALE DE PARIS
« Croyez-vous que je sois ki pour défendre vos Parisiens, votre garde nationale ? Qu'elle défende elle-même sa ville et ses boutiques ! Je ne veux pas disséminer mes troupes... »
GÉNÉRAL cAVAiGNAC, miiiistre (Ic la guerre.
30 novembre 184B.
Interrogé par la Presse sur plusieurs points, le National ne répond qu'à un seul : c'est celui relatif à l'emploi du télégi-aphe avant et après le samedi 24 juin , onze HEURES DU MATIN, lieurc à laquelle la Commission executive avait été renversée, heure h laquelle M. Cavaignac avait enfin mis la main sur la dictature et imposé silence aux journaux, en s'empressant de se servir de l'état de siège pour les supprimer.
Que répond le National ? Il l'épond :
« Le 22 il n'y a pas eu d'insurrection à Pari.ç.
» Le 23, le.? premiers coups de fusil ont été tirés à onze heures au plus tôt, et sur un seul point.
» Avec le beau système de la Presse^ il faudrait, chaque fois que Pa- » ris s'agite, qu'un attroupement se forme^ qu'une rue se dépave, il fau-
» drait mettre toute la France en mouvement et jeter sur les grandes » routes les habitants de Lille , de Strasbourg, de Bayonne. »
» Hépondrons-nous que les ordres ont été précisément donnés au moment où il était utile de les envoyer, c'est à dire lorsque la situatiou a été assez bien connue pour que la nécessité d'appeler des troupes de l'extérieur se fît sentir ?
» Mais non. Des accusations.de la Presse, il n'y a qu'un moyen de faire justice, c'est de les citer. Or, ce serait bien long; de plus, le \alional a pour ses lecteurs un respect que la Presse ne connaît pas.
» Un mot encore cependant : nous avons répondu à la Presse en acceptant ses chiffres et ses allégations comme exacts. C'était lui faire la partie belle, et pourtant l'on voit ce qui reste de son argumentation. Nous ne voulions pas avoir l'air de reculer devant un mensonge.
» Mais que dirait-elle s'il était vrai que, dès le 23, et non pas le 24, comme elle l'affirme, à deux heures, une dépêche partait du ministère de la guerre, ordonnant au 28' de ligne, en garnison à Orléans, et au 4" de ligne, qui était à Étampes, en marche sur Paris, de prendre le chemin de fer et de se rendre dans la capitale? Que dirait-elle si un officier d'étatmajor partait le même jour, 23, de Paris, pour assurer l'exécution de ce mouvement, qui était complètement terminé le lendemain 24 avant la pointe du jour.
» A son tour maintenant de répondre. »
La réponse nous embarrasse peu.
Le National va le voir :
En effet, rinsurrectionn'a éclaté que le 23, mais elle était prévue depuis le 8 juin (1). La lettre interceptée le 14 juin,
(1) Le 8 juin, à l'ouverture de la séance du gouvernement, je dis au conseil ces propres mots :
a La physionomie de la République m'afflige. Nous marchons ù une » cri'.se. Ce ne sera pas une émeule, ce ne sera pas une bataille, ce sera une » campagne do plusieurs jours et de PLUSIEURS FACTIONS RÉUXIES. L'As- » semblée nationale, en qui repose la souveraineté, pourra être compromise, » forcée même de quitter momentanément Paris. Il faut pourvoir à ces éven- » tualités avec l'énergie d'un pouvoir républicain.
» Les cinquante-cinq mille hommes suffisants pour Paris ne suffiraient » pas pour y faire rentrer la représentation nationale. Je demande, outre » une série de décrets de sûreté publique, que le ministre de la guerre fasse approcher immédiatement de Paris vingt mille hommes de plus. » Celait le camp sous Paris indiqué quatorze jours avant la bataille. La commission TOUT ENTIÈRE acquiesce ù ma proposition. LE MINISTRE DE la guerre ÉTAIT PRÉSENT. Nous pouvions donc compter, le 23 juin, non-seulement sur les cinquante-cinq mille hommes ci-dessus énumérés, mais encore sur les vingt mille hommes en marche ou prêts à marcher du camp sous Paris. En tout soixante-quinze mille baïonnettes rassemblées en peu de jours pour soutenir une garde nationale de cent quatre-vingt mille hommes ? »