‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 4)Chapitre 45 sur 116 · VII · texte numérisé non relu

VII

Quant à l'économie qui résulte du renvoi de ces 55.000 hommes, elle n'aura lieu que pendant un mois, puisque le ministre appelle le contingent ordinaire de 80,000 hommes. Il pourrait même arriver qu'il ne congédiât ces 55,000 hommes que pour cette année, de sorte que, en définitive, il y aurait une augmentation de 25,000 hommes au lieu d'une diminution; et d'ailleurs, est-ce que la garde mobile ne remplace pas en grande partie ces 55,000 hommes congédiés?

Ainsi que nous l'avons déjà dit, les officiers donnent lecture aux soldats de la vie de M. Cavaignac.

De plus, et pour les stimuler, voici ce qu'on \ient de faire :

Les règlements du ministère de la guerre portent que les officiers reçoivent le logement en nature ou en argent, jamais les deux ensemble. Or, les deux sont accordés aux officiers casernes dans les forts de Paris.

17 novembre 184B.

La censure est rétablie, non pas directement, mais indirectement : tout soldat entre les mains duquel on aperçoit un numéro de la Presse est puni.

Des gendarmes qui étaient abonnés à la Presse sont obligés de se la faire adresser sous un autre nom.

Nous ne nous plaignons pas de ces faits incontestés : loin de nuire au succès de la Presse, ils ne font que l'accroître en donnant à la a feuille incendiaire » l'attrait du fruit déiendu.

Incendiaire ! — Une feuille qui, depuis un an, n'est occupée qu'à contenir la révolution qu'elle avait voulu prévenir par de sages réformes.

Incendiaire ! — Une feuille (jui lutte pied à pied, depuis le 24 févri er 1848, contre l'intimidation, Tarbitraire. la dilapidation, l'insurrection, les fausses promesses, les programmes mensongers et tous les abus.

Incendiaire ! — Une feuille (|ui a été obligée de prendre

contre M. Gavaignac lui-même la défense des principes de subordination militaire méconnus dans sa fameuse biographie distribuée à tous les régiments.

La liberté sans l'égalité, c'est le privilège ; or, c'est le régime sous lequel nous vivons : tandis que les libelles les plus diffamatoires, ayant pour auteurs des filous condamnés pour vol en police correctionnelle, se vendent sans obstacle dans les rues; tandis que les caricatures les plus hostiles à certaines candidatures se tirent à des nombres immenses aux frais des contribuables, la préfecture de police refuse son visa à un travail séiieux. Pour tout dire, il faut ajouter que ce travail a pour litre : le général cavaignac devant la

COMMISSION d'enquête.

Ce sont les articles de la Presse sur les journées de juin 1848 qui ont été réunis en un seul numéro.

Ce numéro se vend cinq centimes.

Malgré tous les obstacles apportés par la préfecture de police, telle est l'avidité avec laquelle est recherché ce numéro, qu'il s'en est déjà vendu plus de trois cent mille exemplaires. Mais, par la lettre suivante, on jugera du régime de liberté, d'égalité et de fraternité que nous ont fait le National et M. Cavaignac :

(I Piiris, le 14 novembre 1848.

» Aujourd'hui, à une heure de l'après-midi, je passais auprès de la fontaine située au coin de la rue de l'Avbre-Sec, lorsque j'aperçus une jeune femme affreusement maliraitée par un agent de police. Elle avait acheté un exemplaire d'un travail de la Pie'<se^ intitulé : le général cavaignac DEVANT LA cOMMissi. .N d'enqdête. L'agent de l'autorité avait arraché brutalement ce journal des mains de la jfune femme, et il commençait à l'accabler d'injures lorsque j'intervins...

« MAKIE DCPLAX,

«Officier supérieur en retraite, officier de la Légiond'Honneur, rue de l'Arbre-Sec, 4.3. »

Nous prévenons la police que Popposition déclarée qu'elle nous fait est une peine inutile qu'elle prend.

Nous saurons vaincre ou éluder celte opposition, dont Tunique résultat sera de stimuler encore plus le zèle de tous ceux de nos amis qui jugeront nécessaire de faire luire la vérité sur les événements de juin aux électeurs qui auraient encore des illusions sur M. Cavaignac.

0 maladroits amis ! vous voulez donc écraser votre candidat sous le poids du plus lourd pavé qu'un lionime ail jamais lancé à la face d'un autre? Comment! vous lui rappelez les termes d'une proclamation qui est sa condamnation prononcée par lui-même! Vous lui en faites un titre! A quoi donc songez-vous?

Relisez cette proclamation av'ec nous :

« Dans Paris, je vois des vainqueurs, des vaincus; que » mon nom reste maudit si je consentais à y voir des vjc- » TIMES. La justice aura son cours ; qu'elle agisse ; c'est voire » pensée, c'est la mienne.

» Prêt à rentrer au rang ch simple citoyen, je reporterai » au milieu de vous ce souvenir civique de n'avoir, dans ces » graves épreuves, repris à la liberté que ce que le ^alut de » la liberté lui demandait lui-même, et de léçjuer un exemple » à quiconque pourra être à son tour appelé à remplir » d'aussi graves devoirs. »

Sur onze miile individus arrêtés, entassés dans des prisons, dans des casemates, six mille six cents rendus à la liberté faute de charges, mais rendus après deux ou trois mois de la plus rigoureuse détention préventive! Quatre mille quatre cents transportés en vertu d'une législation rétroactive, transpoi'tés sans débat contradictoire, sans défense, sans aucune des garanties judiciaires conquises sur les siècles par les efforts de la civilisation! Et vous n'appelez pas cela des « MGTIMES? » Pour être victimes, quelles souffrances, quelles piivations, quelles tortures faut-il donc avuir endurées? C'est là ce que vous appelez le « COURS DE LA JUSTICE ! »

Ohî si la Monaichie de 1815 et si la Monarchie de 1830 avaient enlevé à des accusés, si coupables qu'ils fussent, le droit de défense, amnistiés de la royauté, que n'eussiezvous pas dit! que n'eussiez-vous pas écrit ! N'est-ce donc pas vous qui, pendant trente années, n'avez cessé de qualifier « A'' assassinat juridique » la condamnation du maréchal Ney, parce que la défense avait été non pas supprimée, mais restreinte?

Mais glissons sur ce démenti que vous vous êtes donné, et dont l'histoire vous demandera un compte sévère ; passons au paragraphe suivant, à celui qui commence par celte tartufferie : a PRÊT A RENTRER AU RANG DE SIMPLE CITOYEN ! »

N lUS disons à votre candidat :

Est-ce donc pour rentrer c au rang de simple citoyen » que vous vouliez, vous-même et sans pudeur, dérober aux électeurs le droit de suffrage et le confisquer au profit d'une assemblée élue sous la pression des conmiissaires de M. Ledru-Rollin?

Esî-ce donc pour « rentrer au rang de simple citoyen » que vous faites distribuer par milliers d'exemplaires, aux frais des contribuables^ votre bi graphie, dont les malheureux soldats, sous peine de punition, sont obligés de s'orner la mémoire?

Eit-ce donc pour « rentrer au rang de simple citoyen » que vous semez les croix d'honneur?

Est-ce donc pour « rentrer au rang de simple citoyen » que vous transformez les officiers en moniteurs d'élections?

Est-ce donc pour « rentrer au rang de simple citoyen » que vous faites distribuer, dans l'hôtei même de la présidence, des ballots d'imprimés : Biographie du général Cavaignoc: — la Famille de VEmpereur : — le Discours du citoyen Antony Thouret^ etc.?

Est-ce donc pour « rentrer au rang de simple citoyen » que vous avez institué un bureau de caricatures et de complaintes contre la candidature qui vous fait ombrage ?

Est-ce donc pour « rentrer au rang de simple citoyen « que vous avez envoyé dans les déparlements des écrivains

198 l»tH.

chargés de fonder des journaux poui- soutenir voire élection, et des agents avec mission de vous recruter des voix et de semer la calomnie contre le seul concurrent que vous redoutiez?

Est-ce donc pour « rentrer au ra.ng de simple citoyen » que vous avez fait ajourner jusqu'à l'élection toute discussion sur les lois d'impôt, telle que, par exemple, la loi qui taxe le revenu?

Est-ce donc pour « rentrer al ra>g de simple citoyen « que vous avez obtenu de quelques évéques qu'ils fissent de votre candidature l'objet d'un mandement électoral?

Est-ce donc pour « rentrer au rang de simple citoyen » que, nonobstant une douzaine d'échecs successifs et personnels, vous avez laissé partir M. Senard et êtes demeuré avec votre titre de président du conseil et avec l'immense influence que vous donnent les fonctions de chef du pouvoir exécutif?

Nous disons au Xationnl :

Ah î si votre candidat n'eût pas été un tartuffe d'ambition de la plus vulgaire espèce ; s'il eût désiré conserver le pouvoir, mais le conserver dignement, savez-vous ce qu'il eût fait? — Au lieu d'une circulaire adressée aux fonctionnaires civils et militaires et leur donnant le plus mauvais exemple, celui de la violation de la première des règles hiérarchiques, il se fût adressé franchement aux électeurs; il leur eûtdit :

« Électeurs,

'>'> Candidat à la présidence de la République, je donne » ma démission de président du conseil chargé du pouvoir » exécutif.

» L'article 45 de la Constitution ne saurait être trop scru- » puleusement respecté.

y) La majorité du suffrage universel ne doit pas même » être soupçonnée.

» E. CAVAIXGAC. »

C'est la conduite et le langage qu'eût tenus Washington ! C'eût été là une noble façon d'imposer silence à ses dé-

tracteurs, de se faire applaudir par ses ennemis, envier par ses rivaux !

Le National avait là une admirable oceasitin de donner un conseil précieux. Mais, s'il l'eût donné, le National n'eût pas été ce qu'il est : le National, et si M. E. Cavaignac l'eût suivi, il n'eût pas été ce qu'il est : M. E. Cavaignac.

M. Cavaignac fera bien de lire les Mélanges politiques et philosophiques de Jefferson ; il y trouvera d'utiles conseils et de bons exemples; il y trouvera, entre autres lettres utiles à méditer, la lettre suivante (t. II, page 15), écrite par Jefferson, candidat à la présidence de la République, et adressée au gouverneur M. Kean :

« Washington, 2 février 1801.

» L'événement de Télection n'étant pas accompli, il ne » m'est pas possible de vous faire connaître encore ce que » je pense sur des cas d'une nature aussi grave que ceux » dont vous me parlez , et où il s'agit d'entraves apportées )) aux opérations par des fonctionnaires. Je puis dire seu- ^ lement qu'à l'avenir r//î/e/'t'e/!//o/i des fonctionnaires dans » les élections, soit des États, soit du gouvernement central, » doit être considérée comme un motif de destitution ; car le « remède qu'offre le principe électif se réduirait à rien, s'il » pouvait être étouffé par l'énorme patronage du gouver- » ment central. »

19 novembre 1848.

— La Presse n'a pas dit le quait de la vérité dans son travail intitulé : le général cavaigxac devant la commission d'enquête. Ah ! si la Presse avait su tout ce que nous savons, et qui ne se trouve pas dans l'enquête. Si elle avait su tout ce que nous pourrions diiv !

— iMais pourquoi no !c dites-vous pas?

— C'est que, si nous le disions, c'en sérail fait de ia candidature du général Cavaignac.

— Vous en souhaitez donc le succès ?

— Non, pas du tout; car le général Cavaignac perd la République; mais le coup mortel que nous porterions à sa candidature profiterait à celle de son compétiteur Louis Bonaparte, et nous ne voulons pas qu'on puisse dire que nous l'avons aidée, même indirectement. C'est le seul motif qui nous empêche de publier notre travail; il est prêt et il paraîtra après l'élection , quand il ne pourra plus exercer d'influence sur elle.

Le dialogue qu'on vient de lire est la reproduction d'une conversation entre des re|)résentants qui ont appartenu, à divers titres, à la Commission executive, et les interlocuteurs auxquels nous en devons* la communication.

M. Arago, MM. Garnier-Pagès, Duclerc, Pagnerre et Barthélémy Saint-Hilaire regretteront d'avoir difïéré par un scrupule excessif la publication d'un ti-avail qui, à en croire ce qu'ils disent eux-mêmes, ne laisse subsister aucun doute sur la duplicité qui, du même coup, a abattu la Commission executive et élevé à la dictature le ministre de la guerre du National , le général Cavaignac. Nous ne doutons pas que M. Louis Bonaparte n'ait à la fois et la majorité absolue des sufl'rages exprimés et les deux millions de voix nécessaires; mais enfin il faut tout prévoir, même le cas où l'Assemblée nationale serait appelée à exercer la faculté qu'elle s'est réservée de choisir entre les cinq candidats qui auront eu lo plus grand nombre de suffrages.

Eh bien! dans ce cas^, MM. Garnier-Pagès, Duclerc, Pagnerre et Barthélémy Saint-Hilaire ne pensent-ils pas qu'achever l'œuvre que nous avons entreprise, qu'achever de lever le rideau derrière lequel s'est jouée la sanglante comédie de l'insurrection et de la dictature de juin, ce serait apporter à la candidature de M. de Lamartine un concours peut-être décisif, en y ralliant tous les électeurs qui ne veulent pas de M. Louis Bonaparte, et qui ne voudraient

plus de M. Eugène Cavaignac. le jour où ils le connaîtraient mieux encore?

Nous l'avouons ; nous ne comprenons pas l'hésitation de MM. Arago, Garnier-Pagès, Duclerc, Pagnerre et Barthélémy Saint-Hilaire. car ou M. Cavaignac sera élu ou il ne le sera pas.

S'il est élu, leurs révélatiuns tardives paraîtront avoir été dictées par un sentiment mélangé de vengeance et d'envie ;

S'il n'est pas élu , ces révélations ressembleront au coup de pied donné à un vaincu.

Le suflrage universel a ses droits: il a ses exigences! Quiconque tient dans ses mains une vérité utile se drit à lui-même de les ouvrir et d'éclairer son pays.

20 novembre 1848.

La biographie du général Cavaignac s'expédie par la poste franc de port.

A quel titre?

23 novembre 1848.

Nous avons dit que la fameuse biographie du général Cavaignac s'expédiait franche de port., c'est en franchise que nous aurions dû dire, car elle est transportée et distribuée gratis.

Voilà à quoi sert d'être à la fois :

Président du conseil,

Et candidat à la présidence de la République.

C'est précisément ce que l'article io de la Constitution avait eu pour objet d'empêcher !

Mais, au fait, pourquoi la biographie de M. Cavaignac ne jouirait-elle pas de la même faveur qui était accordée à la Commune de Paris ? M. Cavaignac n'est-il pas un personnage aussi important que Pétait M. Cahaigne?

30 novembre 1848.

Nous recommandons au National le passage suivant de VAkhbar :

« La biographie du général Cavaignac en est à sa quinzième édition. Il ne serait pas juste d'attribner un succès aussi formidable à l'enthousiasme des populations, qui ne s'arrachent pas le moins du monde ce chef-d'œu- \re. Mais on en a fait des distributions officielles si abondantes que nou5 nous étonnons, pour notre compte, qu'elle ne soit pas encore arrivée à la trentième édtion.

» Les^autorités militaires, ^i nous sommes bien informés, ont reçu le cadeau avec assez (rindifférenee. Cela se comprend snns peine. Les glorieux exploits de M. Cavaignac sont profondément gravés dans la mémoire de tous les soldats. Pourquoi leur imposer l'ennui de lire cette biographie*^ Le ministre de la gnene aurait pu faire une économie de papier et de tirage ; nous ne parlons pas des frais de poste ; ces choses-là continuent à voyager gratis dans les bureaux de M. Etienne Arago.

» Dans cette distribution mystérieuse qui a été faite à toute la gent officiel e, la magistrature algérierne ne pouvait pas être oubliée. Le dernier courrier lui a apporté son ballot, et samedi dernier les présidents du conseil de l'ordre des avocats, des défenseurs, des notaires, des huissiers, es commissaires-priseurs, ont reçu l'ordre de se rendre an palais pour y ecevoir une communication. Cette communication, c'était la biographie de M. Cavaignac. Il valait bien la peine de déranger de braves gens pour si peu. Toujours est-il que la répartition a été faite avec la plus grande impartialité, et qu'aucun des ordres précités ne peut se plaindre qu'on y ait mis de la parcimonie.

» Pour notre compte, nous avons été surpris et affligés de voir la magistrature descendre au rôle de distributrice de mensonges biographiques ! La magistrature est un corps qu'aucune influence politique ne devrait atteindre! Les passions de la place publique doivent s'arrêter sur le seuil du palais où se rend la justice. Sur son siège un magistrat e-t juge, l'austérité de ce titre lui impose le devoir de rester étranger à toute préoccupation politique! Dans sa maison, un magistrat est un simple citoyen comme nous, qui a comme nous le droit de s'occuper de la chose publique; mais, comme simple citoyen, il n'a pas le droit de convoquer des ordres qui sont sous sa surveillance. La personne qui a fait cette convocation l'a faite comme magistrat, et c'est ce que nous lui reprochons! Un magistrat rend des arrêts, il ne rend pas des services !

» Et maintenant, nous le demandons pour la vingtième fois, si M. le général Cavaignac n'avait pas été chef du pouvoir exécutif, aurait-il eu les honneurs de cette biographie?... Cette biographie serait- elle arrivée à quinze éditions? Aurait-elle voyagé pour rien sous le couvert du ministre

de la guerre? L'aiirait-on vendue ynilis sur les places publiques et dans les foires? Djs chefs de corps, des directeurs d'administration, des magistrats auraient ils pris la peine de la distribuer à leurs subordonnés .>'

» Evidemmpnt non ! Ce qui prouve que la plus vulgaire probité politique exigeait que i\I. Cavaiguac, candidat à la présidence, se démît d'un pouvoir qui lui donnait tous ce? moyens d'influeuce électorale 1 «

xxxvin.

\'oici un nouveau spécimen des procédés dont se sert M. Cavaignac pour inculquer sa candidature aux esprits rebelles : le Courrier du Cantal avait inséré, en faveur du vote universel et de l'espoir que la France plaçait en lui, une lettre signée par un correspondant qui jouit d'une considération méritée dans le département. Une seconde lettre de ce correspondant a été arrêtée à la poste vingt-quatre heures, et les deux imprimeurs d'Aurillac ont été mandés à la préfecture, et menacés de la création d'une troisième imprimerie s'ils accueillaient encore un mot qui indiquât directement ou indirectement la candidature de M. Louis- Napoléon Bonaparte. Ordre leur a été donné en même temps de reproduire la biographie du général Cavaignac, ce qui a été fait.

Nous avons eu sous les yeux les preuves du fait, et nous affirmons d'avance que le Moniteur du soir ne nous répondra pas plus sur ce point qu'il ne nous a répondu sur les autres questions que nous lui avons posées.

On lit dans Vlndicatenr de VHérault :

« Nous avons reçu franco, il y a plusieurs jours, unpa- « quet de Paris à notre adresse, et renfermant la 7® édition * de la biographie du général Cavaignac, et plusieurs autres ■>-> brochures parmi lesquelles se trouvait un gros libelle » contre la famille de l'empereur et un pamphlet de M. A. K.

» Nous ne savons à qui nous devons l'envoi gracieux et » gratuit de toutes ces honteuses publications. En jetant un » coup d'oeil sur le verso de chacune des brochures, nous » avons remarqué ces mots manuscrits : Propagez, s. v. p.

» 11 faut que la candidature du citoyen président du » pouvoir exécutif soil aux abois, pour que ses stipendiés, >^ d'un air piteux, viennent supplier les organes de la presse » qui leur sont hostiles de faire de la propagande en leur >> nom. C'est le cynisme poussé dans ses dernières limites. » Propagez, S. V. P. Le mot est joli ; il restera. »

Les Messageries générales ne suffisent pas au transport des imprimés Cavaignac ; dimanclie, les employés des Messageries générales ont dû rester toute la journée. — L'un d'eux nous prie de poser cette question à M. Cavaignac :

Est-ce lui qui paye le port de tant d'imprimés?

21 novembre 1948.

Les plus slupides libelles, les moins risibles caricatures contre celui qui sera président de la République, contre Louis-Napoléon Bonaparte, continuent de s'imprimer aux

FRAIS DES COXTRIBLABLES !

Pauvres contribuables! c'est vous qui payez la calomnie, l'injure, la diffamation; c'est vous qui payez les adulations les plus plates, les bi igraphies les plus outrecuidantes.

Allez, allez donc verser vos douzièmes chez le percepteur, pour que votre argent serve à la solde de la légion de dessinateurs, de graveurs et d'imprimeurs dont M. Helzel a le commandement en chef.

Mais ce scandaleux gaspillage des deniers publics n'est pas encore l'abus le plus grave qu'on puisse reprocher à M. Cavaignac ; de quel nom assez sévère flétrir cet excès d'autorité qui consiste à empêcher la vente de tout imprimé destiné à soutenir la candidature qui lui est contraire ?

Ainsi, nous avons entre les mains, et sous les yeux, un imprimé intitulé : Lettre à M. Emile Barrault : toite la

VÉRITÉ SLR LOLIS-XAPOLÉOX, par A. LABIE.

Dans cet imprimé, il n'y a pas un mot, pas une allusion contre M. Cavaignac ; son nom n'y est seulement pas même une seule lois prononcé. Eh bien ! il a sulti que cet impiimé fût conçu dans une pensée favorable à la candidature de M. Louis Bjnaparte, pour que le Visa en ait été refusé et la vente interdite.

Le fait nous est attesté par la lettre suivante de l'auteur, M. A. Labié :

« Paris, 18 novembre.

» Il y a huit jours, j'ai fait paraître une lettre adressée à M. Emile Barrault, et ayant pour titre: Toute la vérité aur Louis- Napoléon. C'est une réponse à toutes les calomnies que l'on ne cesse de répandre sur son compte. Je l'ai puisée dans ses propres ouvrages.

» Mon éditeur, M. Alexandre I^ierre et C"-', rue des Noyers, 27, m'écrit aujourd'hui que la police iuterJil la rente de cette lettre, que stins cela il t'en rendrait en grande quantité.

» Je vous en envcjie un exemplaire. Elle ne contient pas un mot que la politique la plus ombrageuse puisse blâmer. Mais son effet pouvait ne pas être favorable aux élections de M. C'avaiguac. La défense de publication se conçoit sous le régime de ï'arbilraxre.

» A. LABIE. »

Contre de pareils excès de pouvoir, contie une telle déloyauté, il est impossible que l'opinion publique ne se soulève pas ! Il est impossible que la presse indépendante ne proteste pas !

Nous ne comprendrions pas que la presse gardât plus longtemps le siien-ce; nous ne comprendrions pas que la tribune restât muette. Se taire lorsque de tels scandales parlent si haut, c'est presque s'en rendre complice, c'est fermer les yeux à l'avenir qui nous attendrait si [e^alional et son candidat l'emportaient !

Quel avenir! Si aujourd'hui, avant l'élection, ils ne reculent devant rien, devant aucune violence, devant aucun scandale, devant aucun excès, devant aucune corruption, devant aucune intimidation, après l'élection que serait-ce donc ?

Il paraît que l'Océan est un obstacle qui ne suffit pas pour

§06 ±Hâ.H.

arrêter les manœmTes employées contre la candidature de M. Louis-Napoléon; des deux côtés du détroit rien n'est négligé, rien n"est épargné; c'est ce que constate l'article suivant du weerly-tuies :

« FSE TEXTATiVE DES pi.ns INQUALIFIABLES .1 été faite ponr transforniei- notre journal en officine d'un graxd et odieux scandale affectant le caractère personnel de l'un des candidats à la présidence de la République française. Si l'article en question, par lequel le POISOS devait être répandu, s'était borné à une simple critique de l'histoire politique de la personne dont nous parlons, nous n'y serions pas revenus, et nous aurions volontiers consenti à oublier les procédés irrégt'Lïers à l'aide desquels on a entrepris de l'introduire dans nos colonnes. Mais cet article allait bien au-delà Le caractère personnel, la conduite, l'honnêteté privée du candidat, tout cela a été attaqué dans nn esprit qui ne dévoile que trop les motifs des assaillants. Les principes qui président à la direction de ce journal sont ceux d'un combat loyal, d'une défense consciencieuse et d'une honorable contradiction. Quoi que puissent faire en cette circonstance les autres journaux pour stimuler la malignité des partis en France, le Weekly-Times ne veut pas se prêter à ces projets de scandales .

» Si le prince Louis- Napoléon est réellement indigne de la distinction que veut lui conférer un si grand nombre de se- compatriotes, ce déshonneur est leur affaire et non la nôtre. Si l'un deiitre eux a une querelle à vider avec lui concernant l'honneur ou la moralité, qu'il se batte sur le terrain convenable, comme un homme de cœur et un loyal adversaire. Quoi qu'il en soit, nous désirons qu'il soit bien constaté par les parties intéressées, que le WeeLly-Times ne saurait consentir à être le mur derrière lequel Louis-Xapoléon ou tout autre pût être frappé par derrière. »

XLIU.

22 novembre 1R4'<.

Tout le papier rose qu'avait en magasin la papeterie d'Essonne vient d'être acheté pour servir à l'impression de bulletins portant le nom de Louis-Napoléon Bjnaparte, Ces bulletins sont destinés à être répandus dans les campagnes et donnés aux paysans, qui veulent obstinément voter pour le neveu et l'héritier de l'empereur. 0", comme les bullelins de couleur sont nuls, on espère par ce moyen lui dérober un grand nombre de voix.

Et cela se fait de Taveii de M. Cavaienac !

Et cela se paye avec l'argent des contribuables!

Et c'est un secrétaire-général du ministère des affaires étrangères qui préside à toutes ces fraudes. ;i toutes ces turpitudes !

Et tous les yeux ne s'ouvriraient pas I

23 novembre 1848.

M. Armand xMarrast. rédacteur en chef de la Tribune, trouvait tout simple, en 1831, de faire jouer h Casimir Perler le rôle d'un « fripon insigne^ » en l'accusant de s'être fait donner un pot-de-vin de plus d'un million pour la conclusion d'un marché de draps et de fusils. Traduit devant les tribunaux, que dit pour se justifier M. Armand Marrast ?

Il dit:

« Quoi ! ces dépositaires du pouvoir en voudraient gotiter les douceurs sans eu supporter la responsabilité. Quoi! ils auront à leur disposition l'nrmée, l'argent, toutes les forces nationales ; d'un signe ils feront mouvoir tous les fonctionnaires ; ils agiront sur les destinées du pays par des moyens si puissants; au moindre mouvement de leur pensée ils agiront pour écraser ceux qui les combattent, et les parquets, et les huissiers, et les gendarmes, et cet immense fléau de la police! Et quand ils se présentent à nous avec tout ce cortège, nous n'aurions pas, nous , simples écrivains, le dï'At de les questionner, de nous défier d"un pouvoir si menaçant, de croire à des abus si faciles ? Nous ne pourrions pas répéter ces rumeurs de l'opinion qui a \\n instinct si droit et si sûr?... Notre devoir est plus élevé. La liberté vit de défiances. Prenez le pouvoir si vous voulez; mais sachez que, de ce moment, vous tombez sous l'empire de la publicité, vous, votre présent, votre passé, tous vos actes connus, tou^ vos actes projetés... Et Iwnle à Vécrivain timide qui déserte ses devoirs parce que quelque dajijer s'y raltache ! (1) »

Nous recevons de M. Hetzel la lettre suivante :

« I.e.'i colères des partis, leurs vengeances même, ou doit les braver et on peut les subir dans l'intérêt de la cause à laquelle on s'est consacré ; mais l'attaïue que vous pul)liez aujourd hui contre moi est de celles qu vont au-delà de ce que j'avais pu prévoir et qui ne permettent pas le si-

;1} Histoire de dir ans, par Louis Blanc, t. Il, page 442.

lence. C'est d'un faux que vous m'accusez, monsieur, c'est d'un acte mdi gne d'un Iwnnéle homme, indigne aussi, je dois le dire, de la cause que j'ai l'honneur de servir ; je donne donc ici le plus formel di'menti à l'assertion contenue contre moi dans votre numéro de ce jour. J'ai la ceiiitude que, mieux informé, vous voudrez bien reconnaître le tort, l'erreur dans laquelle vous êtes tom'oé à mon égard, et que vous m'épargnerez d'avoir à demander aux tribunaux la réparation que vous me devez.

Page 1