AUGUSTE ETIENNE
» PlUC Neuve -Coquenard, 22. »
Que pensez-vous, monsieur le secrétaire général, du respect que vos amis au pouvoir ont pour la liberté individuelle? Trouvez-vous donc tout simple que de malheureux vendeurs, de malheureux pères de familles, de malheureux enfants, uniquement parce qu'ils vendent des imprimés non favorables à la candidature de M. Cavaignac, soient conduits et retenus, deux et trois jours, au dépôt de la préfec-
lure de police, en compagnie de voleurs? Est-ce ainsi que vous comprenez el que vous pratiquez l'amélioration du peuple, de ce peuple que vous avez égaré pai' l'espérance d'un meilleur sort, et qui paye cher aujourd'hui l'illu.sion qui lui a mis un fusil à la main le 23 février, la foi qui lui a fait transporter les pavés ?
Que pensez-vous, monsieur le secrétaire général, de cette collection de feuilles imprimées chez Lacrampe, el émaillées d'autant d'illusti^ations (cela s'appelle des illustrations !) que vous en semiez dans le Diable à Paris, alors que vous étiez éditeur de pittoresques, alors que le sort de la politique de la France à l'étranger n'avait pas encore été confié à vos mains ? Comment expliquez-vous que ces feuilles s'expédient par ballots dans tous les départements, pour y être répandues, tandis que toute propagation faite dans l'intérêt de la candidature de M. Louis Bonaparte est déclarée « illicite » et qualifiée de « manœuvre? » Dites-nous donc comment ce qui n'est pas une manœuvre lorsqu'il s'agit de M. Eugène Cavaignac, devient une manœuvre lorsqu'il s'agit de M. Louis Bonaparte ; comment ce qui est illicite dans un cas devient tout à coup très licite dans l'autre? Nierezvous le fait? Il est attesté par la lettre suivante, dont nous tenons à votre disposition l'original :
sous -PRÉFECTURE DK BERNAY.
« Bernay, le 6 novembre 1848.
» Au citoyen maire de
» Citoyen,
)>JDn colporte partout dans nos marcliés, et jusque dans nos campagnes, des biographies plus ou moins apocryphes de Louis-Napoléon et des chansons en sa faveur. De l'avis de tout le monde, les chanteurs et colporteurs d'images donnent ces chefs-d'œuvre quand ils ne peuvent les vendre. // est évident qu'il y a là une propagande peu licite de candidature à la présidence. Je vous engage donc à faire exercer la phis active surveillance à Végard de ces martœuvres et des hommes qui les pratiquent. Les autorités doivent exiger la représentation des papiers de tout voyageur. On ne devra pas négliger cette formalité à l'égard des chanteurs et colporteurs. On aura soin de prendre leur» noms si leurs papiers sont en règle, sinon de les faire urrêter en se conformant aux lois et instructions.
» Vous voudrez bien me transmettre tous les renseignements que vous
aurez obtenus, et deux exemplaires de tous les papiers, portraits, statuettes qui seraient mis en vente et distribués.
»... Je n'ai pas besoin de vous dire que cette lettre est toute confidentielle, et que vovs dei-ez agir avec la plus GRANDE DISCRÉTION.
» Salut et fraternité.
B Le sous-préfet,
» CHAKLEMAGNE. »
Pourquoi donc « la plus grande discrétion, » si MM. les sous-préfets ne font qu'exécuter la loi ? Ayez donc la bonté de nous le dire, monsieur le secrétaire général, puisque les réponses vous coûtent si peu.
' La lettre du sous-préfet de Bernay ne vous suffit-elle pas; vous faut-il la circulaire du préfet? —Soit, en voici une ;
« Caen, le 4 novembre 1848.
» A tous les maires du déparlement.
» Citoyens, informé qu'il est colporté depuis quelque temps, dans les villes et les campagnes, et crié au milieu des foires et des marchés, des écrits, dessins ou emblèmes , dont le moindre inconvénient est de
SERVIR DES INTÉRÊTS QUI NE SONT PAS CEUX DE LA REPUBLIQUE, je
crois devoir vous rappeler les principales dispositions de loi qui régissent l'exercice de la profession d'afficheur et de crieur public, en vous invitant à les faire strictement exécuter.
»... J'ai donc le droit de compter, citoyens maires, sur votre vigilance et votre sévérité, pour faire exécuter la loi dans vos communes respectives, dans le but d'entraver la circulation de ces publications clandestines
QUI sont destinées a égarer l'opinion PUBLIQUE.
» Le préfet du Calvados.