INSURRECTION DU 23 JUIN
.< Cftvaignac a son plan.... >>
GAKNIER-PAGÈS, t. I, p. 344.
Nous venons prouver que nous n'avons rien avancé qui ne fût authentiquement constaté et rigoureusement exact quand nous avons affirmé ce qui suit :
M. Cavaignac est un caractère équivoque, faible, indécis, qui attend bravement, pour se ranger du côté du plus fort, que le plus faible soit déjà au moins à demi vaincu.
M. Cavaignac a pu empêcher l'insurrection du 23 juin ; s'il ne l'a pas empêchée, c'est qu'il entrait dans ses calculs qu'elle s'étendît et s'aggravât assez pour hàler la chute de la Commission executive, et faire croire à la nécessité d'une dictature.
M. Cavaignac a exposé Paris et la société ; ce n'est pas lui qui les a sauvés.
L'état de siège n'a servi absolument à rien, si ce n'est à empêcher la Presse de demander, le 26 juin, quelles mesures avaient été prises le 22 pour empêcher que le sang ne coulât le 23?
La responsabilité du sang qui a été versé et des mesures violentes qui ont été prises retombe sur celui qui, le 22 juin, était ministre de la guerre, et chargé en cette qualité de veiller à la défense du pouvoir exécutif, de l'Assemblée nationale et de l'ordre public.
M. Cavaignac a dû aux douloureuses préoccupations du moment le succès de l'habile manœuvre qui l'a élevé à la dictature sur les ruines de la Commission executive, dont il eût dû être le premier à partager le sort.
Le rapport de la Commission cVenquétesur les événements de juin est, a la yévilé de l'histoire, ce que l'aube est h la clarté du jour ; mais, si réservé qu'il soit, ce rapport suffit pour se former une opinion arrêtée sur le caractère de M. Cavaignac et sur les services qu'il a rendus à la patrie, et qui lui ont valu le titre de président du conseil, chef du pouvoir exécutif.
28 tS48.
« M. Cavaignac est un caractère équivoque, faible, indé- » cis, qui attend bravement, pour se ranger du côté du plus » fort, que le plus faible soit au moins déjà à demi vaincu.»
Il n'entre pas dans le cadre de cette réponse, provoquée par le Siècle et le National^ de remonter plus haut que le 24 février 1848 à la recherche des faits destinés à montrer M. Cavaignac sous son véritable jour.
Le premier acte par lequel il sort du cercle étroit de la vie militaire, pour entrer dans le cercle plus large delà vie politique, est un acte de faiblesse qui met à nu l'indécision de son caractère, si toutefois l'on doit donner le nom d'indécision à la crainte de s'engager témérairement clans les rangs opposés au parti appelé à triompher, quel qu'il soit.
On sait que l'un des premiers actes du gouvernement improvisé fut d'enlever à S. A. R. M. le duc d'Aumale le gouvernement général de l'Algérie, non pour le confier au heutenant-général Ghangarnier, qui était en ce moment à Alger, mais pour le donner au maréchal-de-camp Cavaignac, qui était à Oran.
Un beau jour, le 22 avril, \e National pousse ce cri : « anar- » CHiE ! » Qu'est-ce ?
Est-ce que M. Armand Marrast ne serait plus maire de Paris et membre du gouvernement provisoire ? Nous nous mettons vite à la fenêtre, et nous apprenons de la bouche du National que M. Ledru-Rollin a eu Taudace d'envoyer... — N'allez pas croire qu'il s'agit de M.Emmanuel AragoàLyon, y décrétant et y levant souverainement des impôts, etc., etc., etc.— Il s'agit bien de Lyon, vraiment! Ce qui se passe à Lyon est tout simple... à Lyon... Il s'agit d'Alger, dont le gouvernement a été donné à M. Cavaignac !— Anarchie ! anarchie ! anarchie! trois fois anarchie! M. Ledru-Rollin a envoyé à Alger « un sieur (1) » Couput.
(Il C'est le mot dédaigueusement employé par le National.
Il a plu (c à L'N siELR » Goiiput, se disant commissaire muni de pouvoirs extraordinaires^ illimités (mêmes pouvoirs que ceux donnés à tous les commissaires envoyés à Lyon, à Bordeaux, etc., etc.) ; il a plu « à un sieur » Couput de planter à Alger un arbre de la liberté, à cet arbre de la liberté d'attacher... le BONNET ROUGE, et dc faire saluer le bonnet rouge par M. Cavaignac, gouverneur général de l'Algérie.
Quelle témérité ! quelle maladresse! Un seul homme! aller ainsi s'attaquer à un officier général qui dispose d'une armée de cent mille sabres et baïonnettes ! Mais cet imprudent v^a se faire arrêter par quatre soldats et un caporal, et transportera bord pour être ramené d'où il est venu ! Le général Cavaignac ne porte pas une épée pour qu'elle salue le bonnet rouge , et obéisse à l'injonction « d'uN sieur » Couput !
Eh bien ! c'est ce qui vous trompe ; tout le monde n'a pas le courage de Guillaume Tell : le général Cavaignac humilie son front et son épée devant le bonnet rouge et l'autorité « d'uN SIEUR » Couput !
Celui qui a le courage de résister au Ciessler parisien, celui qui refuse d'humilier son front et son épée devant le bonnet rouge, ce n'est pas le général Cavaignac, gouverneur de l'Algérie, c'est un simple officier de la garde civique, c'est l'honorable citoyen Fruchier.
Mais, ce qui est pire encore que le fait à la charge du général Cavaignac, c'est la justification du fait.
Ouvrez VAkhbar^ et vous y lirez ce qui suit :
« Des explications données par le gouverneur général, il » est résulté qu'il a donné son concours à la plantation de » l'arbre de la liberté, pour se conformer à la politique delà » France entière et au sentiment public. Quant au bonnet » rouge, le général n'a pas hésité à déclarer qu'il ne s'at- » tendait pas à une pareille exhibition, mais qu'il n'y alta- » chait aucune importance. »
Ah! le général Cavaignac « n'attachait au bonnet rouge