DU 14 DÉCEMBRE
Qu'est-ce qu'avait cherché l'auteur de cette note? Il avait cherché comment le banni de 1815 et de 1832, comment le prisonnier de Ham, élu président de la République française, pourrait s'entourer d'un prestige qui empêchât son avènement de ressembler à un simple changement de cabinet, qui donnât du relief à son caractère, de la noblesse à son passé, de la grandeur à son avenir !
Sans doute, c'est un avantage précieux que Théritage d'un nom glorieux ; mais encore faut-il que les actes répondent aux espérances qu'il fait naître. Une étincelle suffit pour allumer l'enthousiasme, mais pour l'entretenir et l'empêcher de s'éteindre, il faut un aliment.
Cet aliment, quel sera-t-il ?
A défaut des victoires de Lodi, d'Arcole, de Rivoli, de Marengo, nous avions pensé qu'il fallait élever la générosité à la hauteur de la gloire, qu'il fallait ne pas craindre de pousser la magnanimité jusqu'à l'audace ; que cinq millions
et demi de suffrages étaient une base assez large pour y asseoir un édifice qui. si haut qu'il fût, ne serait jamais trop haut, qui fît paraître petits tous les monuments élevés sous le nom « d'auguste clémence, » par les mains d'une défiance mal déguisée. Nous l'avouons, *la hardiesse de notre esprit nous a égarés ; elle nous a fait tomber dans un anachronisme, nous nous sommes trompés d'hommes et d'époque; nous reconnaissons qu'il n'y a rien de plus et de mieux à faire que de ne pas sortir de l'ornière creusée par les deux régimes qui ont succédé à l'Empire et préludé à la République. Cette prudence vulgaire, en effet, leur a si bien réussi !
Mais après cet aveu qui nous contriste, nous demanderons à la Liberté de vouloir bien nous expliquer comment ce qui serait imprudent en 1848 deviendrait prudent en 1849 ou 1850; comment les exilés de 1832 et de 1848 seraient moins redoutables l'année prochaine que cette année ; au printemps qu'en hiver , ou en automne qu'en été ? A notre avis, plus on tardera et plus ils le deviendront ; plus on tardera et plus on donnera de temps aux faits de s'accumuler, aux illusions de se dissiper, aux rivalités de se grandir. Quand une pente conduit à un abîme, qu'est-ce qu'il y a à faire pour éviter l'abîme ? Prendre la direction qui lui est opposée. Eh bien! que fait-on? Au lieu de profiter de l'expérience accjuise pour faire le contraire de ce qui a été démontré périlleux, au lieu de prendre le contrepied qui sauverait, on reprend la même route fatale qui mène a la même fin toutes les présomptions.
Profonde est l'erreur de la Liberté^ si ce journal croit que c'est dans l'intérêt de M. le vice-amiral de Joinville et de M, le lieutenant-général d'Aumaleque nous avons demandé que le premier fût mis à la tète du conseil d'amirauté, et le second rendu au gouvernement général de l'Algérie. Non : cette pensée ne nous a été suggérée que par le désir que nous avions de montrer à l'Europe quelle force renfermait en lui le principe de l'élection universelle, puisqu'il permettait d'accomplir ce que n'avait pas osé entreprendre leprin-
ipe de l'Iiérédité monarchique. C'est, dit-oii, de la ^^ folie ! » Soit! Eh bien! alors indiquez donc quelque chose qui soit sensé, selon vous, et qui ne soit pas usé, quelque chose qui réponde à ce qu'on attend du président élu par l'acclamation presque unanime.
Quoi ?
Depuis quinze jours nous n'entendons que ces mots : « 11 faut faire du nouveau ! Il faut sortir de l'ornière ! 11 fautrendre à la France son élan ! H faut rendre au pouvoir son prestige! » Qu'on ne fasse pas ce que nous disons; aucune objection, aucune susceptibilité de notre part ; mais alors qu'on dise ce que l'on fera, ce que l'on compte l'aire.
L'ajournement, sous prétexte de prudence, est un mensonge auquel personne ne se laissera plus prendre. Tout le monde sait parfaitement que l'ajournement qui s'éternise n'est que l'impuissance qui se déguise.
Mais pourquoi donc les deux nominations mentionnées dans la NOTE DU 14 DÉCEMBRE 1848 auraicnt-elIcs été une folie? En présence de l'élection du 10 décembre, en présence du suffrage universel, est-ce qu'aucune prétention est à redouter? Est-ce qu'aucune rivalité est à craindre? Si Ton se sent faible, alors que l'on se hâte de bannir : — le général Cavaignac, qui a été investi de la dictature; M. Ledru-Rollin, qui a proclamé la République le 24 lévrier; M. de Lamar'ine qui, en avril 18i8, a été élu dix fois par deux millions de voix; M. Raspail, qui a failli donner à la France une seconde édition du 24 février! etc., etc. Avec le suffrage universel, nous ne comprenons pas le juste-milieu : il faut appliquer l'ostracisme à tous les citoyens que dénoncent un grand mérite, un grand caractère, une grande situation, de grands services rendus, ou il ne faut appliquer l'ostracisme à qui que ce soit. Faire une exception h l'égard des royautés déchues, c'est faire une injure au suffrage universel, c'est paraître douter de la force qu'il donne. Quand un pont vient d'être jeté sur un fleuve, que fait-on ? — On l'éprouve. — Comment? — En le chargeant beaucoup au-delà du poids qu'il est appelé à porter. Ce n'est qu'après cette épreuve
décisive que s'établit la confiance, mais alors la confiance est telle que la pensée qu'il y ait à le traverser le plus léger péril ne vient à l'esprit de personne. Après le scrutin du 10 décembre, qu'y avait-il à faire? — Exactement la même chose. II y avait à soumettre à une épreuve analogue le suffrage universel. Il y avait à montrer qu'il était plus fort que le pi'incipe monarcliique, lequel avait été obligé de se protéger par des lois de proscription; il y awnit à montrer qu'il était si fort, qu'il pouvait tout porter sans fléchir, qu'il pouvait défier la défiance. Plus cette épreuve, en apparence, eût été audacieuse, sans l'être en réalité, et plus elle eût été féconde en sécurité.
Ramener la sécurité par le prestige de la grandeur, tel était le but que s'était proposé la note du 14 décembre 1848, en demandant trois choses :