II. Le rappel des exilés
III. Les nominations du vice-amiral de Joinville et du général de division d'Aumale.
De telles mesures, nous le savons, s'exécutent et ne se discutent point. L'héroïsme se révèle et ne s'enseigne pas.
Nous allons traduire notre pensée par un exemple. Un brave général est nommé commandant d'une école militaire. Un jour de révolte, il entend siffler à ses oreilles une balle à son adresse. Au lieu de donner l'ordre de visiter immédiatement tous les fusils pour découvrir le coupable, il donne l'ordre de les décharger tous sur-le-champ, afin qu'on ne puisse jamais savoir qui a tiré sur lui. Ce trait d'héroïsme lui ramène toute l'école et lui conquiert tous les cœurs. Sans doute un pareil trait est admirable, et mérite d'être cité ; mais aurait-on pu mettre dans une instruction ministérielle : « Si l'un de vos élèves, dans un moment d'égare- » ment, tire sur vous, au lieu de le faire arrêter, vous ferez » en sorte qu'il échappe à la punition de son crime? » Assurément non. Une telle instruction encourrait justement le blâme le plus sévère. Qu'est-ce que cela prouve ? Cela prouve que les victoires sur l'opinion se gagnent comme
LA NOTE DU 14 DECE.^IBRE 1848. 367
les victoires sur le champ de bataille , par l'éclair de l'inspiration, la rapidité de la résolution, la justesse du coup d'œil, la présence d'esprit, la fermeté du caractère, la connaissance des hommes.
— Mais si l'on eût nommé le vice-amiral de Joinville et le général de division d'Aumale, pourquoi ne pas donner également à leurs frères des commandements pareils ? — Si cette objection était fondée pour une famille, elle serait fondée pour toutes les familles à tous les degrés de la hiérarchie sociale. Écartons donc cette objecti3n,qui ne mérite pas de nous arrêter. Il y avait une raison toute particulière pour que le vice-amiral de Joinville et le général de division d'Aumale fussent, de la part de la République, l'objet de ce témoignage éclatant de confiance : c'est qu'ils l'avaient mérité; oui, ils l'avaient mérité par leur admirable conduite à Alger, en refusant de faire servir à la défense d'une cause qui leur était personnelle le dév^ouement de l'armée et l'enthousiasme de la population. Après un tel acte d'abnégation de la part de deux jeunes prini-es braves et populaires, nous ne craignons pas de dire que le décret qui les a bannis est une de ces taches qu'un pouvoir national et fort ne saurait trop tôt se hâter d'efTacer. Nous n'avons à répondre qu'à une dernière objection, c'est celle relative à M. le duc de Bordeaux.
La Liberté prétend que sïl profitait de l'abrogation de la loi qui le bannit pour rentrer en France, ce retour équivaudrait à un acte d'abdication. On ne saurait donner indirectement à la -NOTE DU 14 DÉCEMBRE 1848 une approbation plus formelle. Eh bien ! oui, de deux choses l'une : Ou M. le duc de Bardeaux se condamnerait lui-même à vivre loin de son pays, ou il en accepterait les lois et les institutions. Dans l'un comme dans l'autre cas, il aurait perdu le prestige de l'exil ; la Royauté s'abaisserait de toute la hauteur dont la République s'élèverait.
Nous finirons par croire que nous sommes les seuls républicains de France.