‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 4)Chapitre 9 sur 116 · M. LEDRU-KOLLIN · texte numérisé non relu

M. LEDRU-KOLLIN

« Pour les événements du 23 juin, on a dit que la Commission executive avait été imprévoyante; je repousse ce reproche, et je déclare que toutes les mesures avaient été prises. Nos ordres étaient formels, mais ils nont pas été erécutés. Ainsi, nous avions voulu que la garnison de Paris et de la banlieue, en yconipenant la garde mobile, la garde républicaine réinstallée et les gardiens de Paris, fût portée h 60,000 hommes. Comme ou fit des difïicultés, on réduisit ce nombre d'ahonl à 55,000, puis à 50,000, enfin à 45,000 hommes, f.amarthir disu i ijn' il iic j)^)uruit pas dégarnir le reste du pays. On convint enfin de 20,000 honnnes ])our Paris et de 5,000 jiour Versailles, Saint-Donis, etc., en tout 25,000 hommes effectifs. En outre, Lamartine proposa de faire venir vingt mille hommes de Varméc des Alpes.^ ce qui fut adopté.

n Je me rappelle que la préoccupation de Lamartine, sur Peffectif des troupes, était telle, qu'il demandait souvent où en était l'exécution de nos ordres à cet égard. Il s'agira de savoir si, oui ou non, il y avait bien vingtcinq mille hommes au mois de juin. Quant à moi je ne puis pas le croire; de tous les points de Paris, on se plaignait, dans la journée du 2.3 juin, de ne pas avoir de troupes.

» Nous différions essentiellement sur les moyeus de défense à adopter au 23 juin. Il y avait deux systèmes en présence. Le général Cavaignac

Eh bien! ouvrons le premier volume de la Commission d'enquête sur les événements de juin, el arrêtons-nous au premier document qui s"offre à nos regards : au rapport du citoyen bauchart.

Puge38, onlit.tt Avant le 23 juin, les moim clairvoyanls et les moins habiles n'avaient aucun doute sur une explosion 'pko<;haine : outre les indices que nous

exigeait que l'armée fût sous sa main, qu'elle fût massée et lancée ensuite surles points attaqués. La Commission pensait, au contraire, qu"il fallait attaquer chaque barricade aus-itôt qu'elle serait élevée ou seulement commencée. Elle persista longtemps dans son opinion et ne céda qu'à regret, en ahandonuant au général Cavaignac la suite des opérations militaires, et en se retir.ut à la Présidence, où elle pouvait s'entendre avec lui.

» Vers trois heures et demie, le général Cavaignac s'absenta pour voir comment allaient les choses; il ne devait être absent qu'une heure au plus, [t ne revint que vers neuf heures du soir, et je ne saur:iis jamais rendre les tortures que j'ai éprouvées pendant son absence. Tous les maires de Paris m'envoyaient demander du renfort ; tous se plaignaient de ne pas voir de troupe-; la qnrde nalionale criait à ta trahison, et moi, j'étais là, seul, seul à la Présidence, dans une inquiétude mortelle et indicible. En l'absence de mes collègues, je pris sur moi d'écrire aux préfets pour leur demander toutes les forces, sans distinction, qui se trouvaient dans le voisinage de Paris. J'exiédiai des ordres à l'amiral Casy pour qu'il demandât sur-le-champ des troupes à Brestet a Cherbourg. Au retour du général Cavaignac, j'avoue que je montrai une grande vivacité.

» Ue tout ce que je viens dédire, je crois pouvoir conclure qu'il n'y avait pas plus de huit à dix mille hommes engagés dans Paris, le premier jour de 1 insurrection. 11 est au moins certain qu ayant demandé, vers deux heures du matin, au géne'ral Cavainnac, combien il y avait de troupes dans Paris, il me répondit qu'il ne le savait pas. J'étais d'avis de recommencer l'attaque au point du jour, et d'envoyer deux bataillons au général Damesme. Cette opinion ne fut pas celle du général Cavaignac. Ou commença à tirailler v rs trois heures du matin.

» Les accusations portées contre nous, par suite de l'absence de troupes, étaient telles, qu'un officier vint nous dire qu'on accusait hautement la Commission de trahison, et qu'il fallait la fusiller.

)i Les événements me paraissaient si graves, que je dus songer à l'emploi du canon. J'engageai à faire prendre des pièces à Vincennes. La cavalerie partit à onze heures du soir pour aller les chercher Par quelle fatalité n'arrivèrentellei que h lendemain, que vers dix heures? En vérité, il est difficile de comprendre qu'il faille onze heures jmur aller à Vincennes et en revenir. Le colonel ]\Iartinprey était chargé de cette expédition, et devait ramener deux régiments d'infanterie qui se trouvaient à Vincennes. Le général Cavaignac disait : L'I onneur de l'armée exige que je persiste dans mon système. Si une seule de mes compagnies était dés.-irmée. je me brûlerais là cervelle; que la garde nationale attaque les barricades ; si elle est battue, j'aime mieux me retirer dans la plaine Saint-Denis, et y livrer bataille à l'émeute.

)! D. A quelle cause attribuez-vous l'absence supposée des 20,000 hommes sur lesquels la Commission executive croyait pouvoir compter ?

» K. Je ne sais. Je vivais dans la conviction que les 20,000 hommes ataient à Paris. »

DOCUMENTS POl'R L'HISTOIRE. :)7

avons déjà signalés, le 14 juin il avait été intercepté une lettre écrite à BInnqni, à Vincennei-, dans laquelle on le prévenait qu'un complot allait ÉCLATER, qu'on aurait recours, au besoin, au meurtre, à l'incendie, et qu'il serait rendu à la liberté. »

Vous le voyez ! Dès le quatorze juin, on avait été prévenu ! « Un complot allait éclater ! une explosion était prochaine! »

Suivons l'ordre alphal)étique des noms :

M. d'adelsward, représentant du peuple, s'olfre le premier :

» Pendant les quatre jours de combat, un soir le témoin fut accosté par des gens embarrassés ne sachant aller ni à droite ni à gauche ; ils ont déclaré venir de Saint-Quentin, n'ayant aucune nouvelle. Il les mena à le présidence; chemin faisant, ils lui dirent que la garde nationale marchait sur Paris, mais que la troupe ne marchait pas^ CE qui étonnait

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