‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 4)Chapitre 94 sur 116 · U LIBERTÉ DU CRAYON · texte numérisé non relu

U LIBERTÉ DU CRAYON

27 décembre 1848.

La liberté du crayon, assujettie pendant treize années au visa des censeurs, s'en donne pour tout le temps où elle n'a pu s'exercer. Les caricatures pullulent; elles n'épargnent personne, pas même ceux que la générosité et le bon goût prescriraient de respecter le lendemain de leur défaite et de leur chute. Les artistes que cette considération ne retient pas ne font tort qu'à leur nom quand ils signent leurs outrages, et qu'à leur art quand ils ont la pudeur de ne pas les signer. La preuve la plus convaincante que les caricatures les plus ignobles ne font aucun tort à celui qui en est l'objet, c'est le scrutin qui a donné cinq millions et demi de voix à Louis-Napoléon Bjnapartc. Le mieux à faire est donc de n'attacher aucune importance à toutes ces basses-œuvres du crayon contre lesquelles on se récrie. Laissez venir l'indifférence publique ; elle ne tardera pas à en faire bonne justice. Le propre de tout excès, c'est de n'être pas durable ; tout abus s'use vite, mais encore fautil lui laisser le temps de s'user. Plus il est grand, plus il sera court.

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