L'AN MIL HUIT CENT CINQUANTE-DEUX
millions de Français? Qui a efliicéde la loi électorale l'égalité politique, pour y rétablir l'inégalité sociale ? Qui a rompu la paix pour déclarer la guerre? Qui a changé l'urne électorale en urne fatale? Qui, de mai 1852, a fait, enfin, une date sinistre ?
Que la loi du 31 mai 1850 soit abrogée, et cette date sinistre changera aussitôt de signification; où se montre l'écueil apparaîtra le port.
Aussi tout Bulletin, quelque numéro et quelque titre qu'il porte, dès qu'il donne à la loi du 31 mai le temps d'être abrogée, me paraît pacifique. .Les mots m'importent peu ; ce qui m'importe, c'est la pensée ; quand la modération est transparente sous la violence, ce n'est pas la violence que je regarde, c'est la modération.
Où M. Armand Bertin voyait, en janvier 1848, un fantôme, je voyais une révolution; où il voit, en 1852, une révolution, je vois un fantôme. Le fantôme est dans le suffrage universel ; la révolution est dans le suffrage restreint. Qui le croira dans dix ans? — C'est en expiation de l'élection de M. Eugène Sue, à Paris, qu'on a immolé trois millions d'électeurs des 86 départements de la France.
Eh bien ! depuis que M. Eugène Sue siège à l'Assemblée législative, y a-t-il déchaîné de telles tempêtes, que, pour les apaiser, il fallût offrir aux Dieux en courroux, dont M. Baroche est le grand sacrificateur, trois millions deux cent mille victimes ?
Une ligne suffit pour peindre le Journal des Débats :
— C'est une bonne d'enfants.
A QUI LA RESPOiNSABlLITÉ?
2 mai 1851.
A l'épaisseur dos nuages et à la pesanteur de l'atmosphère, il est facile de voir que la foudre d'une quatrième révolution est suspendue sur nos tètes et n'attend qu'un choc pour éclater.
Un seul moyen reste encore de soutirer l'électricité révolutionnaire, c'est de restituer le droit de suffrage aux trois millions de citoyens qui en ont été privés par la loi du 31 mai, sans que cette loi les tînt quittes envers l'Etat de l'impôt exigé par le percepteur et les exemptât de la conscription.
Ce moyen sera-t-il opiniâtrement écarté, ou sera-t-il, au dernier moment, adopté ?
Nul, aujourd'hui, ne le sait et ne le pourrait dire, car c'est l'imprévu qui règne et l'imprévoyance qui gouverne.
Force m'est donc de raisonner dans le cercle de ce qui est et non dans le cercle de ce qui pourra être.
C'est ce que je vais faire.
Si une révolution a lieu, et que cette révolution soit aussi implacable que fut généreuse et facile à apaiser la révolution de 1848, à qui devra en échoir la responsabilité ? Ne sera-ce pas avant tout et surtout à ceux qui l'auront provoquée par le cynisme de leurs apostasies ?
Non-seulement ils l'auront provoquée, mais ils l'auront