A QUI LA RESPONSABILITÉ
légitimée; non-seulement ils l'cuironl légitimée, mais ils auront désarmé la veille leurs défenseurs du lendemain. Je suppose que l'un des premiers actes de la Révolution victorieuse soit de se transporter dans les imprimeries du Gonstituthnnel, de la Patrie, de VAssemblée Nationale, du Journal des Débats, et d'y jeter violemment les casses par les fenêtres, comme on l'a fait le 13 juin 1849 dans les imprimeries de la Voix du Peuple, de la République, de hx Démocratie pacifique et de VEstafette, en quels termes sévères et mérités pourrai-je protester? Si on me répond : C'est représailles, que pourrai-je répliquer? Si on fait aux journaux des partis vaincus une guerre sous laquelle ils succombent tous, SI on leur interdit la vente pour en conférer plus sûrement le monopole aux journaux du parti victorieux, quelle force emprunterai-je au passé pour réclamer les droits de la liberté et de l'égalité? Si on loge M. Véron dans le cachot où moisit depuis deux ans un grand écrivain, M. Proudhon, qu'aurai-je à dire pour la défense de l'Atticus qui aura conseillé de renverser la Constitution et de voter l'empire? Si Belle-Isie troque M. Blanqui contre M. Romieu, quelles considérations pourrai-je faire valoir? Si M. Guizot succède à M. Raspail dans la prison de Doullens,de bonne foi, me sera-t-il possible de soutenir que l'auteur de la loi du 9 septembre 1835, laquelle interdisait de revendiquer la République sous la Monarchie , a respecté la loi du 11 août 1848, qui défend non moins formellement de revendiquer la Monarchie sous la République? Si MM. Giraud et Saint- Hilaire ont le sort de MM. Jacques et Michelet, qu'aurai-je à dire en faveur de la liberté d'enseignement qu'on n'ait le droit de tourner contre les destituteurs de la veille , destitués du lendemain? Si, renversant l'échelle dressée par la loi du 31 mai, tous les électeurs payant plus de 100 francs d'impôt sont dépouillés de leur droit de suffrage, quelles bonnes raisons aurai-je à donner pour qu'ils soient maintenus dans l'exercice de leur droit? Si l'impôt progressif en raison de la^ fortune succède à l'impôt progressif en raison de la misère, par quels arguments le combattrai-je ? Si Fou
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l'ait subir à tous les prêtres suspects de légitimisme le même traitement qui a été infligé à tous les instituteurs suspects de socialisme, qu'aurai-je à dire? Si tous les l'onctionnaires ne donnant pas à la démocratie victorieuse des gages suffisants sont révoqués, sur quoi m'appuierai-je pour combattre cette intolérance ?
A cette époque, pèserai-je plus en me jetant à droite que je n'ai pesé depuis le 20 décembre 1848 en me jetant à gauche? Puis-je l'espérer? De ma part, une telle espérance serait une illusion, car tous les partis qui se succèdent se ressemblent. Le culte de la Liberté compte si peu de zélateurs qui aient une foi assez vive pour affronter le martyre, et, avant le martyre, la calomnie !
Si le 20 décembre 1848, M. Odilon Bairot, se restant fidèle à lui-même , évitant de verser dans les deux ornières où, avant lui, étaient tombés à droite M. Guizot, à gauche M. Ledru-Rollin, avait compris sa mission, la liberté était à jamais fondée en France ; aucune révolution désormais n'y était plus possible, car il n'y a pas d'effet sans cause. Quelle admirable occasion manquée !
La retrouvera-t-on?
Sur la pente de la réaction, on ne s'arrête pas. M. Odilon Barrot, M. Dufaure en ont fait l'expérience ; ils n'ont pas tardé à être dépassés et conséquemment à être renversés par MM. Baroche et Rouher.
Gela devait être.
MM. Rouher, Baroche et Faucher, assistés deMM. deMontalembert, Berryer, Thiers et Mole, seront les véritables auteurs de la quatrième révolution, n'en déplaise aux membres inconnus des ténébreux comités de résistance, et aux meneurs impatients qui s'abusent sur la puissance de leurs noms.
Oui, ce sont MM. Baroche, Fauchei' et Rouher (jui nous conduisent h une nouvelle révolution, aussi vrai que c'est M. Hébert et que ce n'est pas M. Ledru-Rollin qui a fait éclater la révolution du 24 février. Sans M. Hébert, l'esprit conciliant de M. Duchàtel eût naturellement prévalu ,