‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 5)Chapitre 112 sur 231 · LE CATHOLICISME ET LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

LE CATHOLICISME ET LA LIBERTÉ

elle avait donné si longtemps l'exemple ? La réponse à celle queslion sera simple parce qu'elle est vraie. Jusqu'en \H-iH. j'ai cru sincèrement que lorsque le clergé revendiquait la liberté de l'enseignement, c'était réellement la liberté qu'il réclamait, et non le monopole, ainsi que le prélendaienl le National, le Constitutionnel et le Jo^imal des Débats. Je soupçonnais ces journaux d'èlre égarés par l'excès de l'esprit universitaire, et je les accusais de calomnier le clergé catholique, VUnivers et ses rédacteurs. Mais depuis 1849, j'ai vu le clergé à l'œuvre, je l'ai vu partout, sauf de très rares exceplions, prendre le parti du monopole contre la liberté, des gouvernements contre les peuples, de l'oppresseur contre l'opprimé, du riche contre le pauvre; j'ai lu ce que vous écriviez ; avant 1848, je n'avais vu votre face qu'inclinée humblement vers la terre et dans l'ombre ; depuis 1849, j'ai vu votre lôle arrogamment relevée et radieuse d'intolérance ; c'est alors que je me suis mûrement demandé si le clergé catholique, qui avait été si longtemps, aux mains des gouvernements, un instrument de dominalion des peuples, ne devait pas être considéré et traité comme un implacable ennemi de la liberté? D'abord le doute commença par se glisser timidement dans mon esprit, puis il y entra plus profondément. Est-ce ma faute, à moi, si le clergé, si empressé, en mars 1848 (1), de bénir partout les arbres de la liberté, a changé tout-à-coup d'attitude et de langage dès que M. de Falloux fut nommé ministre de l'instruction publique, et que M. de Montalcmbeit eut acquis l'influence qu'il exerce dans les conseils de l'Elysée?

(1) Ouvrez le journal V Union du 29 février 1848, et vous y trouverez ce qui suit ;

« Lorsque j'ai été au sommet de cette barricade, une voix s'est fait entendre au milieu du groupe, criant : Vive M. l'abbé ! Beaucoup de voix ont répété ; Vive M. l'abbé ! J'ai remercié ces braves gens, ces ouvriers chrétiens, et je les remercie de nouveau. Je ne saurais mieux leur exprimer ma reconnaissance et ma confiance qu'en faisant connaître les sentiments généreux dont ils sont animés. Vans l ère nouvelle qui se prépare, les prêtres ne leur feront pas défaut. »

(L'abbé rouGUET. 29 février. — VUnion.)

Je n'aimais pas el je ne cunipienais pas Voltaire, vous me l'avez fait comprendre; aussi, tandis que le Constitutionnel, qui avait toujours attaqué les jésuites et le parti clérical, se mettait à les défendre, la Presse, qui les avait abrités sous le manteau de la liberté, reconnut-elle la nécessité de les abandonner, et les abandonna-t-elle.

C'est alors que de pieux et vénérables ecclésiastiques vinrent me dire : Ne confondez pas le dogme avec l'abus ; attaquez l'abus, n'attaquez pas le dogme. Mais où finit le dogme, où commence l'abus? Où commence l'autorilé temporelle du pape , où finit son infaillibilité spirituelle ? Qu'est-ce qui doit être reliié du compte de l'Église et de la foi pour être exciusivenienl reporté au compte du Clergé el de l'intolérance ? Je leur demandai de me tracer la ligne de démarcation, et j'attends qu'ils l'aient fait.

Je l'avoue : lorsque la religion catholique parle le langage des mandements de M. l'archevêque de Paris, j'en suis profondément ému et troublé, et je me dis que si la société et la loi étaient à l'image d'une telle religion, l'homme n'aurait plus de vœux à former; il n'aurait plus que des actions de grâces à rendre ; mais lorsque le lendemain, monsieur, je lis vos articles, vos diatribes, vos injures, vos hideuses apologies d'exécrables massacres (1), je sens renaître aussitôt mes doutes et mes défiances; je me demande ce qu'il faut penser, espérer et attendre d'une religion qui inspire de la sorte des dévots aussi exemplaires que vous, et des journaux aussi orthodoxes que V Uni vers ?

Alors je m'explique tout l'efîort du dix-huitième siècle, et l'immense influence acquise et exercée par les écrivains qui combattirent, à cette époque, le jésuitisme et la domination cléricale, teints du sang versé à flots par les massacres de la Saint-Barthélémy, par le rappel de TÉdit de Nantes, par les Dragonnades, par rinquisition.

(\) Voici en quels termes V Univers célèbre la Saiiit-Harllu-lemy : « Oui, lu Saiut-Bartholemy a été un événement politique! En cfîct, la nuit du 24 août 157J a été une iniproviàation. Ou voulait depuis long U'mp'5, il est vrai, à l'exception de Charles IX, que »on uffcction pour Co-

Page 1