LE CATHOLICISME ET LA LIBERTE
Alors j'ouvre l"oreilIe à ceux qui déclarent et aflirniont que le culte catholique et le triomphe de la lii)eité s'excluent réciproquement, cl qu'il faut absolument choisir.
Je ne sais que leur répondre. Je cherche, et je ne trouve pas.
Cependant, je veux encore en douter; mais dès que la vérité de cette affirmation me sera pleinement démontrée, toute incertitude disparaîtra de mon esprit : je choisirai, sans hésiter, la liberté. Quant à présent, je me borme à demander le plus tôt possible l'entière séparation de l'Eglise et de FÉtat.
Vous pouvez, monsieur, continuer de dire que je ne suis pas catholique ; oui, cela est vrai, je ne le suis pas comme vous.
ligny faisait visiblement incliner vers la réforme, se défaire des principaux chefs liuguenots. La tentative d'assassinat sur la personne de l'amiral, qui avait eu lieu quelques jours auparavant, avait exaspéré les protestants, au point qu'un conflit armé était devenu imminent. C'est alors que Catherine de Médicis, indifférente en matière religieuse, et, par conséquent, disposée à accueillir le calvinisme si aucun danger pour elle ne l'eût accompagné, convoqua le conseil du roi et fit prendre à ce dernier la résolution à laquelle d'abord il s'était refusé.
» Le massacre fut donc arrêté. Les chefs et les religionnaires les plus compromis étaient seuls désignés à la vindicte publique. Mais le peuple, une fois lâché, ne voulut plus écouter la cour, qui cherchait à l'apaiser, et il assouvit pleinement sa vengeance envers les hérétiques qu'il détestait et contre lesquels il avait amassé une longue haine. En ce sens, la Saint— Barthélémy- a été populaire ; de plus, son résultat a été national. Quant au moyen employé, il a été une inspiration du génie italien. »
m MOT DE STANISLAS DE GIRARDIX,
22 septembre 1*^51.
Il y a deux manières de provufiucr les révolutions :
En refusant tout absolument ;
En demandant tout simultanément.
.Or, ce que je voudrais prévenir, c'est une révolution.
J'agis en conséquence.
On disait un jour deN... devant M. Stanislas de Girardin, qui avait l'esprit juste cl la répartie vive : — « C'est un mauvais joueur, »
— Ne dites pas de mal des mauvais joueurs; je les aime.
— Comment cela?
— Oui, parce que leur humeur prouve qu'ils ont l'intention de payer.
Je dis la même chose de ceux qui ont sincèrement peur des révolutions : leur peur prouve qu'ils n'ont pas lïntention de s'enfuir.
Mais de ceux qui poussent aux révolutions, je m'en défie toujours, et l'on ne saurait trop s'en délier. Ce sont les plus prompts à se sauver.
11 n'est qu'un moyen de prévenir les révolutions et de les clore, c'est d'en avoir peur la veille, et de n'en avoir pas pcMU" le Icntieuiain.
21 septembre 1851.
Le Journal des Débats me représente un lamentable passager à bord d'un navire dont tout l'équipage, capitaine, pilote, matelots, auraient malheureusement péri. Tantôt courant de la poupe à la proue; le plus souvent immobile, les mains jointes, ne sachant comment s'orienter et quelle manœuvre l'aire ; craignant de jeter l'ancre, et n'osant pas loucher la barre du gouvernail; invoquant tous les vents contraires et redoutant chacun d'eux !
Pauvre Journal des Débats !
Aujourd'hui, c'est à l'Opinion publiqiie qu'il s'en prend, très timidement, je dois me hâter d'ajouter. C'est elle qu'il rend responsable de toutes les condamnations encourues par les journaux qui s'efforcent d'affermir la République.
Je viens défendre l'Opinion publique contre cette injuste accusation, contre cette accusation irréfléchie, inconsidérée, qui prouve que le Journal des Débats, s'il n'a pas perdu la boussole, ne sait point s'en servir.
C'est ce qui résulte des citations suivantes de l'article du Journal des Débats :
« Les procès de presse sont jugés pnr le jury. L'in'stitution du jiirs' est
regardée comme une des plus grandes garanties de la liberté des citoyens et de l'indépendance de la justice; et si on voulait demain le supprimer ou y soustraire les procès politiques, cette tentative serait regardée comme un attentat par les journaux condamnés aujourd'hui. Et cependant nous serions très disposés à croire que, daus l'état actuel de l'opinion publique, si les procès de presse étaient portés devant les tribunaux ordinaires, ils y rencontreraient plus d'indulgence que devant le jury. Pourquoi? parce que l'essence, le caractère, le principe même de l'institution du jury, c'est d'être la représentation, l'écho des sentiments, des passions, nous dirions même des préjugés et des rancunes du public. Nous n'attaquons pas plus ici le jury que nous ne voulons attaquer la nature humaine. Cette mobilité, et, pour ainsi dire, cette sensibilité du jury, qui fait que toutes les variations de l'esprit public se communiquent à lui comme celles de l'atmosphère agissent sur le thermomètre, sont précisément la raison de son institution. Il a été créé pour accommoder l'invariabilité absolue de la loi aux changements inévitables de l'esprit du temps et des mœurs.
» Quand donc les journaux condamnés accusent la loi ou les juges qui sont tenus de l'appliquer, ils se trompent. Les tribunaux ordinaires ont, pour tout le monde, cet avantage qu'ils ont une jurisprudence. On a fait contre nous certaines lois, soit de fiscalité, soit de réglementation, qui peuvent nous gêner; mais du moins, avec elles, nou.s savons jusqu'où nous pouvons aller. Le jury n'a pas de jurisprudence ; et voilà ce que les journaux oublient ou ne veulent pas voir. Quand ils ont affaire au jury, ils ont affaire à l'opinion du pays dans sa représentation la plus exacte, la plus immédiate, la plus journalière, la plus prise sur le vif; et quand ils sont frappés, c'est l'opinion qui les frappe, c'est le sentiment public. Que prouvent donc les condamnations rigoureuses qui frappent aujourd'hui la presse? Elles prouvent, ce que nous savions du reste, que les journaux, et nous n'en exceptons aucun, ne sont point pour le moment dans les bonnes grâces du public. Il est inutile de se le dissimuler, nous ne sommes pas populaires. L'opinion est dans une de ces périodes de réaction qui succèdent toujours aux commotions irrégulières ; le spectacle et la crainte du désordre la jettent à l'autre extrémité de l'ordre. Nous n'avons pas le moindre doute que, sous le dernier régime monarchique, des articles de journaux comme ceux qui viennent d'être si rudement condamnés n'eussent été acquittés par le jury.
» Ce n'est pas un réquisitoire qui fera condamner un article de journal ; c'est l'esprit qui est dans l'air. Cet esprit est en ce moment contre nous, nous le savons ; mais qu'il nous soit permis de le dire en dehors de tout esprit de parti, nous ne craignons pas qu'il soit le plus fort. Il suit aujourd'hui le mauvais exemple que lui a donné la presse elle même : il abuse de sa force, et à son tour il engendrera la réaction. »
Il sor.'iil flifflcil(N nu\ yeux de qui sait un pou co qu'il lit.
LOPINION PUBLIQUE F/f LR JURY. :Î03
(J'ontasser dans un article plus d'erreurs et de se monli'or moins instruit des clioses qu'on écrit.
Mais cela s'explique par ce que je viens de dire. Le Jou)-naldes Débats n'a plus de direction ; il n'est plus qu'une ombre errante dans le cimetière des monarchies inhumées.
Les procès de presse sont jugés par le jury ; cela est vrai. Mais ces procès, qui l'en saisit, qui l'en fait juge? Est-ce que le jury qui condamne ou qui acquitte poursuit d'office ? Est-ce que ce n'est pas la magistrature amovible, c'est-àdire le ministère, qui saisit, qui instruit, poursuit, requiert et réplique ?
Si le ministère public ne poursuivait pas, le jury ne condamnerait pas.
Si le ministère public n'avait pas poursuivi, en 1840, M. Lamennais, le jury ne l'eût pas condamné, et il n'eût pas subi une année de prison.
Si le ministère public n'avait pas poursuivi, dans les premières années de la monarchie de 1830, MM. de Conny, de la Rochefoucault-Doudeauville, etc., MM. de la Rochefoucault-Doudcauville et de Conny n'eussent pas été condamnés par le jury.
Si la Gazette de France n'avait pas été saisie et poursuivie dix-huit ou vingt fois au moins par les procureurs généraux de MM. Persil, Barthe, Martin (du Nord) et Hébert, la Gazette de France n'aurait pas eu à subir les innombrables condamnations qu'elle a encourues.
Le jury n'a condamné tant de fois la Gazette de France que parce que le ministère public la lui avait dénoncée comme coupable, comme criminelle.
Criminelle d'être restée fidèle à sa foi monarchique !
Condamnée pour ce qui aurait dû la faire honorer!
0 singulière contradiction des temps de troubles où nous vivons !
Ou c'était la Gazette de France qui, de 1830 h 1847, avait raison contre le jury qui la condamnait, ou aujourd'hui c'est le parquet qui a tort d'encour?sei' indii'ectement la
presse monarchique en poursuivant exclusivement la presse démocratique.
Ou la légitimité est l'erreur, ou elle est la vérité ; si elle est la vérité, comment jurés et magistrats l'ont-ils, pendant dix-sept ans, condamnée à la prison et à l'amende ? Si elle est l'erreur, comment, depuis deux ans, la glorifient-ils par l'impunité dont ils la laissent jouir?
Mais lorsqu'on moins de vingt années, on a vu trois régimes se succéder : — la Monarchie d'expédient détrôner la Monarchie de principe, puis la République de nom détrôner à son tour la Royauté de fait, cette royauté mixte, qui n'était ni le droit divin ni le droit populaire, qui pourrait dire avec certitude de quel côté est l'erreur et de quel côté est la vérité ?
C'est surtout dans ces temps de troubles, où toutes les questions sont agitées, que la prudence la plus vulgaire devrait conseiller de s'abstenir de toutes poursuites et de tous procès pour cause d'opinions politiques.
C'est compromettre imprudemment la magistrature et le jury !
Ne voit-on pas MM. Guizot et Duchàtel marchant à la remorque de MM. Berryer et de Larcy, les flétrisseurs faisant cause commune avec les flétris, soutenir dans le journal l'Assemblée nationale, comme les seules vraies, les doctrines légitimistes qu'ils faisaient, il y a quatre ans, poursuivre et condamner impitoyablement ?
Ce fait lumineux est un phare qui devrait montrer recueil.
Maintenant, je demande incidemment laquelle des deux conduites est la plus glorieuse, de la conduite de M. de Genoude, sacrifiant tout à sa foi monarchique, fortune et liberté, ou de la conduite de M. Guizot, adorant le principe qu'il avait renié et reniant le fait qu'il avait adoré ?
Je le demande à messieurs les jurés qui auront à prononcer sur l'adverbe criminel qui a suffi pour motiver la saisie du numéro de la Presse du vendredi 19 septembre 1851, et qiK' je relire dès qn"il a pu prèl(>r à Téquivoque.
car je ne veux pas donner à l'accusation, encore moins à la condamnalion, si elle pouvait avoir lieu, le plus frivole prétexte ?
Cet adverbe criminel, c'est le mot glorieusement. Le ministère public y a vu le délit d'apologie d'un fait qualifié crime ou délit par la loi pénale.
Je le déclare hautement et spontanément, afin de faire crouler l'accusation par sa base : aucune pensée de pareille apologie n'est entrée dans mon esprit, et quand j'ai parlé de « drapeau de la jeune République, glorieusement troué » par les balles de deux condamnations et de quatre » amendes, » je n'ai entendu louer que l'intrépidité d'une conviction profonde, que l'abnégation qui s'immole à ce qu'elle croit être la vérité.
Oui ou non, est-il vrai que M. de Genoude ait glorieusement défendu pendant dix-huit années, au prix de sa liberté et de sa fortune, malgré le parquet et le jury, le principe monarchique et le suffrage universel ? Se fût-il plus glorieusement conduit en les désertant ?
Même en défendant une cause qui ne serait pas juste, une doctrine qui ne serait pas vraie, ne peut-on pas combattre et succomber glorieusement ? Le Français qui, obéissant à la voix impériale, tombait percé d'une balle espagnole à Burgos, et l'Espagnol qui, défendant l'indépendance nationale, tombait frappé d'une balle française, également à Burgos, ne périssaient-ils pas l'un et l'autre glorieusement ? Les journées de juillet, tant de fois qualifiées de glorieuses, dans un si grand nombre d'adresses et de discours, n'auraient-elles donc été ^/or/ewses que parce qu'elles auraient été victorieuses ?
Mais je m'aperçois que cette digression est déjà trop longue; je me hâte donc de revenir au Journal des Débats. Je crois avoir pleinement démontré que si le ministère public ne poursuivait pas, le jury ne condamnerait pas ; qu'en conséquence, la responsabilité tout entière du régime de la compression des idées retombe directement sur le pouvoir exécutif.
Maintennnt, il me reste à examiner s"il est vrai que les journaux inculpés, « lorsqu'ils ont affaire au jury, aient afy> faire à V opinion du i^ays dans sa représentation la plus » exacte^ la plus immédiate, la plus journalière, la plus y> prise sur le vif . » Expressions du Journal des Débats.
C'est la loi du 9 août 1848 sous les yeux que je réponds fermement : Non.
La liste des jurés, poureliaquo conunune, est dressée par le maire.
Cette liste annuelle comprend un juré par deux cents habitants; toutefois, le nombre total des jurés ne pourra excéder quinze cents que dans le département de la Seine.
Les jurés qui doivent faire partie de la liste annuelle sont désignés par une commission composée :
1° Du conseiller général du canton, qui sera président ;
2" Du juge-de-paix, vice-président, et de deux membres du conseil municipal de chaque commune du canton, désignés spécialement par ce conseil.
Dans la ville de Paris, la commission est composée pour chaque arrondissement :
1° De trois membres du conseil municipal, dont le plus âgé est le président ;
2° Du maire et des adjoints de Tarrondissement ;
3*^ Du juge de paix.
Or, Paris n'a pas de conseil municipal élu, ; le conseil mimicipal actuel continue d'exister en vei'tu du décret du 3 juillet 1818, ainsi concti :
« La ville (le Paris et le département Je la Seine seront l'objet d un décret spécial. Toutefois, une commission provisoire, municipale et départementale, instituée par le pouvoir exécutif, remplacera jusqu'à la promulgation prochaine de ce décret le conseil dissous par le gouvernement provisoire. »
De ce (|ui précède, il résulte qu'il tous les degrés les jurés sont choisis parle pouvoir exécutif.
Vraisemblablement il ne les choisit pas parmi ses advervaires politiques.
Ainsi s'explique l(»iil nalnrellemciU et très simplement
T/OPINION PlFiLIQUE KT LE JURY. 307
comment tous losjoiirnnux qui ont élo traduits devant le jui'y par le miiu'slère public, depuis un an, ont été condamnés, et conunent, au contraire, VEvénemcnt, défendu par M" Cillant, et la Presse, défendue par M" Langlais, avaient été Tun et l'autre précédemment acquittés.
Autrement, comment expliquer ce fait extraordinaire : le jury de la Seine condamnant, en 1850, tous les journaux démocratiques, et la majorité électorale de ce même département écartant, en 1850, MM. Foy, Lahitte, Bonjean et Leclaire, pour nommer MM. Carnot, Vidal, de FlotteetSue?
Si l'opinion du Journal des Débats était fondée, ce ne serait plus le suffrage universel qui représenterait l'opinion publique, ce serait le jury.
Une telle opinion, dépourvue de toute base et de toute sanction, vole en poussière dès qu'on la passe au crible de l'examen.
Les condamnations rigt)ureuses tlont.la presse démocratique est exclusivement l'objet prouvent uniquement que le jury de la Seine se recrute dans l'opinion opposée à celle de la majorité électorale.
Attribuer ces condamnations à « Vesprit qui est dans l'air, 'i c'est faire un article en l'air ; car si l'esprit qu'on suppose dans l'air existait réellement, la loi du 31 mai n'existerait pas, puisque M. Sue n'aurait pas été nommé le 2 mai 1850 et que .M. Leclaire aurait été élu.
Cela dit, et le régime de la compression des idées admis, il est parfaitement simple que les jurés qui souhaitent le rétablissement de la monarchie condamnent les écrivains qui concourent à l'affermissement de la République, de môme que, de 1830 à 1847, les jurés qui trouvaient de leur goût la Monarchie d'expédient condamnaient les écrivains qui réclamaient la Monarchie de principe.
En politique, la conscience c'est l'opinion.
Je viens de dire qu'en politique, la conscience c'est l'opinion. En veut-on une preuve ?
La voici :
En même temps que la Presse est poursuivie pour un adverbe, on ne poursuit pas les journaux qui ont imprimé et reproduit cette audacieuse et criminelle provocation :
«Partageant avec M. delà Valette l'honneur de n'aimer ni la République ni la Constitution, croyant avec lui que le jour où toutes deux disparaîtront sera un beau jour pour la France, il est naturel que nous intervenions dans ce débat, et que nous disions hautement que nous sommes très résolus à conseiller à l'Assemblée de décider, 7iialgré le vélo absolu des 278, que la Constitution sera revisée. Maintenant, si nos législateurs à 25 fr. veulent faire des barricades, jouer aux conventionnels et offrir leur vie à celle qui les a si généreusement dotés, libre à eux. Seulement, on renversera leurs barricades, on les traitera en factieux; l'armée, dans les rangs de laquelle viendront prendre place tous les hommes d'ordre, balaiera tous les Montagnards qui se montrent aujourd'hui si menaçants. M. de la Valette a donc raison d'affirmer que nous iriserons les ficelles à l'aide desquelles nos adversaires prétendent nous enchaîner à la légalité. »
Cependant l'article l*"" de la loi du 7 août est formel : il punit toute attaque contre les droits et l'autorité de PAssemblée nationale, les institutions républicaines et la Constitution.
L'article 4 de cette même loi n'est pas moins formel : il punit quiconque aura excité à la haine ou au mépris de la République.
L'article 7 punit quiconque aura cherché à troubler la paix publique en excitant le mépris ou la haine des citoyens les uns contre les autres.
Or, je le demande, si la majorité de PAssemblée législative cédait aux suggestions réitérées de la presse réactionnaire, et passait outre les prescriptions formelles de l'article 111, ne serait-ce pas la Constitution violée dans sa lettre, et la gueire civile éclatant aussitôt dans la rue?
Je me borne, sans insister, \\ poser cette (lueslion.
22 septembre 1851.
Un adverbe aussement interprété suffît pour qu'on saisisse la Presse h la poste et dans ses bureaux, et pour qu'on traduise son gérant devant la cour d'assises.
Mais aucune poursuite n'a été dirigée contre la déclaration suivante, dans laquelle on se déclare prêt à fouler aux PIEDS la Constitution et la loi :
« Nous voulons le maintien de la loi du 31 mai, la réélection du président, et empêcher une Assemblée quelconque de s'ériger en Convention. Atin d'atteindre ces résultats, uous sommes résolus à marcher contre l'émeute et à fouler aux pieds les articles à l'aide desquels on croit enchaîner notre volonté ; nous ne reculerons pas même devant un 18 brumaire, et nous conseillerons à Louis -Napoléon Bonaparte d'étouffer la République le jour où elle essaiera de réaliser une seule de ses mena'ces. b
Il se peut que MM. les jurés , appelés à prononcer sur l'existence du journal la Presse, propriété qui représente un capital de deux millions quatre cent mille francs, soient du même avis que MM. du parquet, et qu'ils pensent qu'il est à la fois juste de poser des couronnes sur la tête de ceux qui proposent d'ÉTOUFFER la république et de river des fers aux pieds de ceux qui persistent à défendre la légalité. Si telle est l'opinion de MM. les jurés, nous ne ferons rien pour l'ébranler. Seulement, nous voulons pouvoir dire qu'ils ont été exactement avertis et qu'ils ont prononcé en parfaite connaissance de cause.
25 septembre 1851.
M. Léon Faucher qui se fait tirer 13 coups de canon, de minute en minute, à son entrée à Reims, escorté d'un îovl piquet de gai-de nationale à cheval, et 13 autre coups de canon à sa sortie ; M. Léon Faucher, qui a tant de scrupules lorsqu'il s'agit d'observer le décret du 24 messidor an XII, et qui en a si peu lorsqu'il s'agit d'observer les statuts delà Légion-d'IIonneur, lesquels ne permettaient pas qu'on le promût au grade d'officier avant qu'il eût été quatre années chevalier; M. Léon Faucher, qui qualifie « d'ABIME et de » DÉSASTRE IMMENSE » la Révolution de Février, est le même M. Léon Faucher qui, signant le quatorzième, demandait la mise en accusation de MM. Guizot, Duchàlel, Salvandy, Dumon,Gunin-Gridaine, Jayr, Hébert, ïrézel et Montcbello.
M. Léon Faucher a prononcé deux discours, fun à Reims, l'autre à Châlons.
A Reims il a dit .
« Monsieur le président du tribunal et de la chambre de commerce, » Je n'ai pas oublié et je n'oublierai jamais qu'après l'amour que je rte à mon pays et le dévoûment que je dois mettre à le servir, mes
préocoupations les plus chères doivent être pour la ville qui m'a ouvert la
car.ièro politique.
M. LÉO-N 1 Al eu EH. 311
» Élu pur elle, j'entrai dans la chambre comme membre de l'opposition modérée et constitutionnelle. Bientôt, je vis tomber la monarchie , à la chute de laquelle, J2 dois me rendre cette justice, je n'ai en rien contribué.
» Dans ce désastre immense, qui, après avoir englouti le trône, menaçait d'engloutir la société tout entière, je compris que les gens de bien ne devaient avoir qu'une seule pensée , le salut de la patrie. Je ne voulus plus voir dans le pays, et surtout dans cette ville qui m'avait nommé, je ne voulus plus voir d'adversaires.
» Je ne vis que des auxiliaires, des alliés, des amis dans tous les lionames d'ordre, de bien et de cœur qui, oubliant leurs anciens dissentiments, se vouaient à la défense de la société. Je n'avais pas l'ambition de gravir les degrés du pouvoir ; mais le sort et la confiance du président de la République m'appelèrent dans les conseils de l'État. Si j'acceptai, ce fut pour avoir vu des capitaines plus anciens et plus habiles que moi se retirer de la lutte, vaincus par les événements. De simple soldat, je devins général, et j'arrivai au pouvoir comme nn soldat s'élance sur la brèche, avec le ferme propos de vaincre ou de mourir.
» Les circonstances peuvent devenir difficiles, et, pour conjurer la crise qui nous menace, il faut que tous les gens de bien oublient leurs divisions, sans inten-oger les antécédents de personne et, sans regarder de quel côté leur viennent leurs auxiliaires. Grâce à cette union, grâce à la concorde des honnêtes gens, les périls ne tarderont pas à disparaître, et nous pourrons encore espérer un bel avenir pour notre chère France. »
M. Léon Faucher, prétend : « QuHl peut se rendre cette » justice qu'il n'a en l'ien contribué à la chute de la mo- » narchie. »
Je Je demande : Que pouvait donc Taire de plus M. Léon Faucher que de mettre en accusation le ministère ?
J'ajoute : Qu'est-ce que le ministère Guizot avait donc fait de plus que le miiuslère-FauchiM-?
Le jour où le ministère-Faucher serait mis en accusation, qu'y aurait-il h retrancher à l'acte de mise en accusation du ministère-Guizot dressé par M. Faucher?
M. Léon Faucher qui qualifie, en 1851, de « DÉSASTRE » IMMENSE » la révolution du 2i février, s'exprimait en des termes très différents le 20 mars 1848 ; il voyait eu elle, à cette époque le « triomphe de. la liberté. »
Sa profession de foi est là pour l'attester :
« Citoyens, » Le jour même où la %ille de Reims m'honorait de son mandat, après une lutte g'orieuse, vous l'avez élargi et élevé comme par pressentiment
prophétique des événements qui devaient s'accomplir. Le choix que venaient de faire les électeurs a été ratifié, vous le savez, par les acclamations du peuple.
» Je vous le disais alors avec un légitime orgueil et avec un entier dévoûment : « Je ne me considère pas comme le mandataire exclusif » d'une classe d'hommes, quelque honorables qu'ils soient ; je dois, je » veux être le représentant de tous les citoyens, et des plus humbles, des » plus laborieux avant tous les autres. »
» C'est à vous déjuger ma conduite, citoyens; mais je crois ponvoir dire qu'elle a été conforme à mes paroles. J'ai la conscience d'avoir fait, pendant deux ans, dans la chambre élective, ce que j'avais fait pendant quinze ans dans la presse ; d'avoir combattu sans relâche le gouvernement personnel, la corruption et le privilège; d'avoir défendu sans faiblesse la liberté, le droit, la cause de la Révolution.
» Fidèle au serment que j'avais prêté, je n'appelais pas la République; je l'accepte aujourd'hui loyalement, hautement, sans an-ière- pensée. Ce que je voulais, ce que je poursuivais de toutes mes forces, c'était le gouvernement du pays par le pays. La monai-chic nous l'a refusé, la Piépublique nous le donne : j'y apporterai, si vous m'en jugez digue, mon humble, mais énergique concours. La République vivra ; elle vivra, si nous le voulons, forte et durable : c'est à nous de prouver qu'elle est compatible, en France, avec l'ordre et avec les grands principes sur lesquels repose la société. Je travaillerai, pour ma part, avec bonheur, à démontrer à l'Europe, qui nous contemple pour nous imiter, que le meilleur gouvernement est celui auquel s'associe tout le monde.
» Vous m'avez vu à l'œuvre dans l'Assemblée dont la révolution de Février vient d'abréger la carrière. Vous savez que je déteste l'anarchie à l'égal du despotisme, que je souhaite avec passion la liberté et la grandeur de la France, que l'amélioration du sort des classes laborieuses a fait le principal objet de mes études et de mes écrits. C'est à vous maintenant d'examiner si je puis, aujourd'hui comme hier, servir les intérêts et contribuer aux destinées de la nation.
» On vous dira que des circonstances noiivelles demandent des hommes nouveaux. Je comprends que ceux qui occupaient des emplois publics ou qui faisaient partie de la majorité dans les chambres, sous la monarchie, renti'cut dans la vie privée à ravénement de la République. Quant à ceux qui, comme moi, n'ont jamais quitté les rangs de l'opposition depuis 1830, qui ont défendu pied à pied le terrain de la liberté lorsqu'il pouvait être périlleux de le défendre, ils ne croient pas que le moment où la liberté triomphe soit pour eux celui de se mettre à l'écart.
» Je viens donc, mes chers concitoyens, solliciter vos suffrages. Ce qui était déjà un honneur pour moi devient aujourd'hui un devoir. Les circonstances peuvent paraître dilliciles; j'y vois une raison de plus d'ambitionner le poste que vous m'avez confié. Si les électeurs de la Marne jugent à
propos de me continuer le mandat que j'avais reçu de Reims, je n'eu déserterai point les obligations, quoi qu'il arrive.
» Veuillez agréer, citoyens, l'assurance de mon entier dévoûment.
J> Paris, le 20 mars 1848.
Ainsi parlait M. Léon Faucher à l'époque où il voulait être le représentant de tous les citoyens et des plus humbles et des PLUS LABORIEUX AVANT tous les autres !
Il avait, disait-il, la passion de la liberté !
On vient de lire sa profession de 1848. Maintenant, qu'on lise l'incroyable discours qu'il a prononcé à Châlons :
« Messieurs,
» Je me suis dérobé à la gestion des affaires publiques pour venir m'asseoir pendant quelques instants au milieu de vous et pour assister à cette fête du travail que vous encouragez par vos récompenses et vos conseils, que vous honorez par vos exemples. Il n'est pas d'homme politique qui, dans les luttes de chaque jour, ne cherche, pour calmer son imagination et réchauffer son cœur, les épanchements de la famille; mais, la campagne terminée, c'est à la famille électorale qu'on vient demander force et appui.
» Avant les difficultés de 1852, j'ai éprouvé le besoin de m'appuj'er encore sur votre affection et sur votre estime. Je reçois avec reconnaissance, avec bonheur, et, laissez-moi le dire, avec orgueil , les témoignages qui m'en sont prodigués. Mes premiers liens avec votre département s'étaient formés dans des temps calmes. Les épreuves des mauvais jours les ont cimentés.
» Quand je songe à la confiance que vous placez en moi, sûr du dévoûment par lequel j'y réponds, je vous demande la permission de la considérer comme un lien indissoluble. Ce dévoûment, voilà ce qu'à Châlons et à Reims, dans les paroles qui m'ont été adressées, on a bien voulu louer dans votre représentant.
» Ne m'en faites pas un mérite, messieurs. Le dévoûment aujourd'hui devrait être une vertu vulgaire, car la patrie a besoin du nôtre tous les jours. 11 est pour les citoyens, dans les circonstances présentes, ce qu'est pour les soldats le courage devant l'ennemi. Vous vous rappelez de quelle hauteur la France tomba dans Yabime de Février. Vous savez comment la Providence, prenant Louis-Napoléon par la main, s'est servie de lui pour rétablir l'ordre. Une dernière barrière nous retient ; ce ne sera pas trop des efforts persévérants, désintéressés et patriotiques de tous les bons citoyens pour la détruire ou pour l'abaisser.
» J'ai dit, messieurs, que le dévoûment ne devait pas nous coûter aujourd'hui, j'ajoute que pour vous et pour vos représentants le doute s'apluuit et les voies sont faciles. L'esprit public, dans ce département, n'est
314 18ôi.
pas seulement ferme et modéré, il a de plus la hardiesse opportune et leà ressources de l'initiative. C'est de CLâlonsmème qu'est parti, dès 1849, le premier cri de révision ; ce cri qui a trouvé pour écho, eu 1851, les signatures de 1,700,000 pétitionnaires et les votes de quatre-vingts conseils généraux.
» Vous avez, messieurs, clairement indiqué le Lut, et, selon votre habitude, vous ne vous êtes pas laissé détourner. Vous avez fait cela sans vous agiter ni vous émouvoir, eu hommes qui savent que la France est majeure, et qu'aucun obstacle ue peut arrêter ni aucun lien enchaîner sa volonté. Honneur, messieurs, à votre résolution et à votre prévoyance. Vous avez placé bien haut le drapeau du département de la Marne ; nous nous efforcerons, mes honorables collègues et moi (car ils nous permettront de parler ainsi pour eux), de nous montrer dignes de le porter. »
Conimenl M. Léon Faucher, doue d'un esprit si pénétrant et d'un coup-d'œil si prompt, ne s'est-il aperçu qu'en 1851 que la révolution du 24 Février 1848 fût un ABIME ?
Le 15 février 1849, étant ministre de l'intérieur comme il l'est aujourd'hui, 25 septembre 1851, M. Léon Faucher la jugeait tout autrement, car il s'exprimait ainsi :
a Les journées du 23 et du 24 Février 1048 ont changé le principe et la forme du gouvernement en France. La monarchie a fait place à la République. Cette grande révolution s'e.it accomplie presque sans résistance et en quelques heures. Jamais la Providence n'avait révélé avec plus d'éclat des desseins longtemps méconnus par les hommes.
» La révolution de Février a ét.-ibli en France la suffrage universel; elle a appelé, et ce sera son éternel honneur, à la vie politique, sans troubles ni diiUcultés, la nation tout entière ; l'égalité politique est venue compléter et fortifier l'égalité civile. La nation s'appartient désormais, et tous les citoyens concourent au gouvernement.
» Une révolution qui a fait d'aussi grandes choses mérite de rester dans la mémoire et de prendre place dans la reconnaissance du peuple. »
Avant qu'il ne fût ministre de l'intérieur et même reprélanl du peuple, M. Léon Faucher avait expliqué et justifié en ces termes la révolution du 24 Février :
a Je considère ce qui se passe aujourd'hui comme la juste ]iunition des fautes que la bourgeoisie a commises. Je reconnais que les classes laborieascj, jusque dans leurs colères, sont les instruments de la Providence, qui veut transférer le pouvoir en d'autres mains, b
Qu'a-t-on fait pour ces classes laborieuses, instruments de la Providence?
M. LEON FALCllKR. 31:3
Je le demande à M. Léon Faucher lui-même.
Le droit universel de suflrage avait élé consacré par trois élections : élection du 28 avril 1848, élection du 10 décembre 1848, élection du 13 mai 1849. Ce droit, on le leur a enlevé !
3,^00,000 électeurs ont élé exclus des collèges électoraux et assimilés aux vagabonds dans ces termes dédaigneux dont se servait à la tribune, le 2o mai 1850, M. Léon Faucher :
tt Ou dit que lu coiisolatiou des iudividusqui ne possèdent pas, qui ne sont pas chefs d'industrie ou qui n'ont pas été favorisés par la fortune, c'est de participer à l'exercice du gouvernement. Eh bien! je répète, avec l'honorable M. Thiers, que la société leur doit, à ceux là, tout, excepté le gouvernement; elle ne leur doit leur part de gouvernement que s'ils sont dans les conditions naturelles pour y prétendre, et, s'ils ne sont pas dans ces conditions, elle ne leur doit rien. »
Qu'appelez-vous, monsieur, les conditions natuixlles? N'est-ce donc pas une condition naturelle que d'avoir été soumis, aussitôt l'âge de vingt ans accomplis, à l'obligation du tirage au sort et à l'éventualité de sept années de service sous les drapeaux? Vous trouvez les Français de vingt ans excellents pour donner le cinquième de leur vie, et vous ne les trouvez pas bons à vingt-un ans pour donner leur voix à un représentant !
Vous dites, dans votre discours de Châlons, que la France esf MAJEURE? Qu'est-ce que cela veut dire, si cela ne veut pas dire que tous les Français majeurs ont le droit de voter ?
Lorsqu'un minisire parle solennellement, il devrait parler clairement. Que signifient ces mots : une DERNIÈRE barrière NOUS RETIENT ; AUCUN OBSTACLE ne peut arrêter, AUCUN LIEN ne peut enchaîner la volonté de la frange