‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 5)Chapitre 14 sur 231 · VIGILANCE · texte numérisé non relu

VIGILANCE

3 mai 1851.

Le Peuple est calme autant qu'il est résolu ; lui recommander le calme, ce serait donc lui faire injure et se rendre ridicule.

Mais dans une ville qui compte plus d'un million d'habitants qui tourbillonnent, nul ne peut répondre qu'il ne se trouvera pas quelques poignées de fous ou de traîtres, et c'est assez pour provoquer une collision funeste.

Il ne suffit donc pas que le Peuple soit calme, il faut encore qu'il soit vigilant.

Qu'il ait l'œil et l'oreille à tout.

Qu'il soit son propre préfet de police, et, au besoin, qu'il se serve à lui-même de sergent de ville et de gendarme.

Ce sera une manière de prouver encore une fois que le Souverain n'a plus besoin de tuteur, et qu'il suffit à régler ses propres affaires.

Si, comme il n'y a pas lieu d'en douter, la journée du 4 mai 1851 se passe aussi tranquillement que s'est passée l'an dernier la journée du 4 mai 1850, on peut être assuré que toute proposition de révision de la Constitution sera ajournée à la fin de janvier 1852.

Cet ajournement aurait cet avantage qu'il empêcherait le cours des transactions et des travaux de se ralentir et de s'interrompre.

Tout ce qui travaille et veut travailler, a donc le plus grand intérêt à ce que l'ordre remporte demain, sans bataille, une nouvelle victoire.

Chacune de ces victoires pacifiques est un échec pour les réactionnaires et une humihation pour les peureux.

Peut-être un jour finiront-ils par comprendre qu'il est par trop ridicule de prendre ses remords pour des dangers.

En effet, la peur d'une foule « iVhonnêtes gens, » c'est ainsi qu'entre eux ils se désignent, ressemble fort à celle des voleurs novices, qui n'entendent pas faire le plus léger mouvement autour d'eux sans croire qu'ils ont été reconnus et qu'on vient les arrêter.

Se créer des dangers imaginaires est le propre de toute conscience troublée. Raison de plus pour redoubler demain de vigilance, et se venger des fi-ayeurs coupables par la gaîté la plus franche mêlée au calme le plus dédaigneux.

Ce n'est pas en donnant raison à ses calomniateurs qu'on les aplatit, c'est en leur donnant tort.

Encore une bonne leçon que recevront demain les calomniateurs du Peuple.

Encore une bonne journée qu(> compteronl demain les défenseurs de la République.

Ce seul mot partout répété aura suffi :

Vigilance !

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