‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 5)Chapitre 150 sur 231 · X. • Si · texte numérisé non relu

X. • Si

journaux? S'ils ne paraissaient plus, quel vide leur disparition laisserait-elle? Leurs nouvelles sont-elles plus sûres ou plus rapides que celles du Moniteur universel? Donnentils plus de garanties que lui ? Non, non !

Pourquoi donc des journaux où il n'y a pas une ligne ii citer, pas une ligne à relever?

Encore une fois, sous le régime actuel, il n'y avait de logique que la publication exclusive du Moniteur universel, et ce qui le démontre clairement, c'est que les journaux qui ont prétendu que nous avions tort prouvent chaque matin (pie nous avions raison.

Ce sera bien plus évident encore lorsque le Paijs^ qui est dans les douleurs d'enfantement de la montagne accouchant d'une souris, sera venu à bout de ressusciter VÉpoque, qui, après avoir dévoré plus de 600,000 fr. pour acquérir moins de 0,000 abonnés, les fit servir par la Presse.

21 août 1852.

Le Times est, de la part du Moniteur, l'objet de la déclaration suivante :

« Plusieurs fois déjà nous avons eu l'occasion de signaler la malveillance de certains articles des journaux anglais pour le gouvernement français : tant qu'elle ne frappait que les personnes, nous avons gardé le silence ; mais aujourd'hui elle s'attaque à la nation tout entière, et la réponse est un devoir.

» Le Times a consacré un long article d'un de ses derniers mnnéros à accumuler les outrages contre la France ; il la compare au Bas-Empire, et la condamne à une enfance éternelle.

» Si le Times était l'organe d'un peuple, le nôtre pourrait s'émouvoir de ses attaques ; mais, depuis le 2 décembre, interprète passionné des liartis hostiles, cette feuille ne représente plus qu'une opposition intéressée ; alors quelle créance donner à ses jugements? quelle raison do les subir ?

» Qui croirait, en effet, comme ose le prétendre le Times, que nous sommes déshérités de tous nos droits et que la vie politique n'existe plus pour nous? Le suffrage universel en France est l'exercice le plus illimité pour un peuple de la faculté d'élire.

L'unith: de presse. 4yy

» Nous l'uvon? ilit, le Timps n'est pas pour nous lorganc ilo hi nation au nom de laquelle il prétemlrait parler. Loin tle nous donc la pensée de récriminer contre les institutions anglaises. Mais d'autres moins bien intentionnés ne poiirraient-ils le faire ? Ne pourraient-ils demander au Timea si l'Angleterre peut opposer au calme et à Tordre de notre suffrage universel son suffrage restreint et ses élections s'accomplissant au milieu des scandales d'un honteux agiotage ?

» Ne pourrait-on dire au Times qu'en Angleterre, presque toujours, les sièges du Parlement appartiennent aux plus riches ; qu'en France, ils sont à tous indistinctement ; que là la fortune décide ; qu'ici le peuple choisit ; que chez nous tout est l'expression de la volonté nationale ; que chef de l'Etat, Corps législatif, conseils généraux des départements, conseils d'arrondissement, conseils municipaux, tout est élu par l'universalité des citoyens ; que, de l'autre côté du détroit, au contraire, tout se rossent de l'inégalité des fortunes comme de la restriction des droits?

» Le Times peut appeler enfance, ^i bon hii semble, ce premier essai (le la liberté la plus large ; mais prenJ-il bien son temps pour tirer vanité d'un système qui amène à redouter le vote au grand jour et à demander la substitution du vote secret à l'élection publique ?

» Sous la monarchie de 1830, le Times applaudissait aux journées de juillet; après le 24 février, il approuvait les ovations républicaines; étaitce à cause des conquêtes faites par le peuple ? Non, c'était à cause du sang qu'il avait perdu. Ses glorifications d'alors étaient aussi suspectes que ses dénigrements d'aujourd'hui sont odieux.

» Le sarcasme contre le 15 août était donc l'effet naturel de l'antipathie et du calcul.

» Vainement a-t-on fait au chef de l'État les propositions de fètev les anniversaires du 10 décembre 1848, des 2 et 20 décembre 1851. Il n'a voulu ni de l'une, parce qu'il s'agissait de lui seul et de son triomphe ; ni de l'autre, parce qu'il s'y mêlait une pensée douloureuse, et qu'avant tout il voudrait ensevelir dans l'oubli jusqu'au dernier souvenir de nos discordes civiles. L'anniversaire du 15 août a été seul consacré, et, par un heureux rapprochement, il s'est trouvé que la fête de la Vierge, patronne de la France, se célébrait le même jour que celle de l'empereur. Le pays a compris cette noble pensée et s'y est associé partout avec enthousiasme.

» Voil.à le secret de cette polémique envenimée du Times. Loin de nous la prétention de l'arrêter ; notre prospérité, espérons-le, lui en fournira longtemps la matière. Mais, pour les hommes sérieux, la vérité manifestée par les faits l'emportera toujours sur le pamphlet anonyme inspiré par l'intérêt ou la passion. >;

Cotte déclaration du Moniteur soulèvo une grave question dont le Times ne manquera sans doute pas de s'emparer : celle de savoir si la liberté individuelle, dans l'exercice de chacune de ses adrihutions, jouit de garanties plus

grandes et plus réelles avec la presse libre et le suffrage restreint qu'avec le suffrage universel et la presse restreinte ?

Il y aurait eu une manière de répondre victorieusement au Times, et mieux encore de prévenir ses attaques : c'eût été d'asseoir la liberté de la presse sur l'universalité des suffrages.

Alors la France aurait pu dire à l'Angleterre, sa superbe rivale : Quelle liberté possédez-vous que je ne possède pas? Plus que vous j'ai l'égalité de droits, j'ai l'unité de nation qui vous manque. Il y a chez vous deux nations, la nation qui vole et la nation qui ne vole pas; la nation qui concourt h la loi et la nation qui n"y concourt pas; chez nous, il n'y a qu'une nation, car quiconque est majeur y possède le droit de voler. Donc la France passe avant vous.

Le. Moniteur n'aura pleinement raison contre le Times qu'alors que la liberté de la presse n'aura, en France, rien à envier à la liberté de la presse en Angleterre.

Le pouvoir issu du suffrage universel serait-il donc plus vulnérable et plus faible que le pouvoir issu de l'hérédité monarchique? — Non. Eh bien ! pour l'honneur et l'affermissement du suffrage universel, que la presse soit donc libre en France !

Sous le régime actuel, il ne saurait y avoir d'autre presse que la j))-esse officielle. Nous avions annoncé que le Moniteur universel à 40 francs serait une combinaison qui avorterait. En effet, elle a avorté. II n'y avait de rationnel que le Moniteur universelh cinq centimes par jour, soit 18 francs par an, et l'expropriation des autres journaux pour cause d'utilité publique. Ce qui se passe nous donne raison sur toute la ligne.

11 faut être conséquent, car si les hommes ne sont pas logiques, qu'arrivc-t-il? Il ariive ({ue les choses le sont pour eux.

Donc, ou la presse recouvrera sa liberté entière, ou elle jichèvera de la perdre entièrement; ou tous les journaux

seront libres, ou il ne restera qu'un seul journal, le journal officiel à 5 centimes par jour, 18 francs par an.

Qui est-ce qui répond au Times ? — N'est-ce pas le Moniteur universel ? — Que font les autres journaux ? — Us gardent le silence. Est-ce donc pour se taire que les journaux existent, et pourquoi existent-ils s'ils ne peuvent parler ?

4 septembre 1852.

Les journaux réalisent l'idéal de la liberté de la presse telle que l'ont voulue VAssemblée nationale, le Constitu tionnel, le Journal des Débats, la Patrie, le Pays, le Siècle, VUnion, tous les journaux enlin, hormis un seul journal parmi les survivants; ce journal, est-il besoin de le nommer ?

Les lecteurs peuvent donc se faire une juste idée de la liberté de la presse limitée et réglementée, de l'intérêt qu'elle offre et des services qu'elle rend.

Repoussant loin de nous le pessimisme, qui est à l'optimisme ce que l'ornière de gauche est à l'ornière de droite, nous avions fait un effort pour espérer que la presse quotidienne, ne pouvant plus passer les actes à son crible, y passerait les idées. Vain effort ! espoir déçu ! Jamais la jjresse française n'a été plus superficielle. A peine si elle effleure les questions ! Il n'en est pas une seule qu'elle ait creusée 1 Ne pouvant plus exhumer le passé, il y avait lieu de croire qu'elle allait défiù-her l'avenir ! Non ; elle se croise les bras et s'accroupit, n'osant regarder ni l'avenir ni le passé.

On chsait autrefois : la j)resse périodique ; maintenant, c'est la presse pneumatique qu^'û faut dire, car elle excelle à faire le vide.

Rien, absolument rien dans les journaux, pas même un mot à relev^er, à interpréter, à commenter.

Partout se fait le vide ! 0 [,ui.ssance du vide ! que réussiras-tu cl créer?

L'ASSEMBLÉE NATIOyALE.

3 it\ril 1B52.

L'Assemblée nationale, journal ('atholi(jue dirige par des hérétiques, journal légitimiste rédigé par des révolutionnaires, VAssemblée nationale, qui ne sert pas mieux les causes dont elle entreprend le triomphe qu'elle ne protège les institutions dont elle [»orte le titre, VAssemblée nationale, qui aspire à une Restauration, veut de l'Empire et ne veut pas de la République. Pourquoi VAssemblée nationale ne veutelle pas de la République et pourquoi veut-elle de l'Empire ? C'est que l'Empire ramène logiquement la Royauté, tandis que la République l'exclut rationnellement; c'est que l'hérédité d'origine séculaire ne peut revenir que par l'hérédité d'origine populaire, c'est ([ue celle-ci serait le chemin de celle-là. Quoi de j)lus clair ? Aussi VAssemblée nationale ne pardonnc-t-elle pas a la Presse de s'être mise en travers des deux rails nionarchicpies, en répétant ces mots du discours du ^9 mars 18-32 : conservoxs la nÉPUBLiQLK.

1 avril 1852.

VAssemblée nationale, qui conliiuie toujours à s'api)cler VAssemblée nationale, comme si le 2 décembre 18ljl n'avait pas eu Heu, commence à craindre que la République actuelle, en se m'ideranl. cesse de jtuer le jeu de la royauté

LA PRESSE SAiNS LA LIBERTÉ. 503

à venir. En effet, si la République n'emprisonnait pas, n'internait pas, n'éloignait pas, n'expulsait pas, ne bannissait pas, ne transportait pas, les uns à Lanibessa et les autres h Cayenne, elle ne se ferait pas détester, elle ne provoquerait pas contre elle la réaction qu'il est dans la nature de toute terreur et de tout arbitraire de provoquer, un peu plus tôt, lui peu plus tard ; aussi V Assemblée nationale appelle-t-elle, en ces termes, un redoublement ou une reprise de rigueurs ; « Nous ne pouvons nous empêcher de remarquer que le gouvernement semble avoir modifié sa politique et sa conduite vis-à-vis du parti révolutionnaire et socialiste. Aussitôt après le 2 décembre, il avait déployé une rigueur extrême et qui certainement avait dépassé le but à atteindre. En faisant des arrestations en masse; en ordonnant la trausportation, sans jugement, de tous les individus arrêtés; en éloignant de leurs départements et même du territoire français des hommes, les uns fort obscurs, d'autres très considérables, uniquement parce qu'ils étaient soupçonnés de professer des opinions contraires au nouvel ordre de choses, le gouvernement usait, et peut-êti-e même eût-on pu dire, en certains cas, qu'il abusait de la dictature dont il avait été investi. — Mais, peu à peu, cet excès de rigueurs, du moins envers les révolutionnaires et les socialistes, a fait place à un excès de clémence qui nous semble n'être pas sans péril. »

Appeler ce qui se passe un EXCÈS DE CLÉMENCE ! Quel nom donner à cet excès d'impatience? 0 légitimistes, vous trouvez donc que vos affaires ne se font pas assez vite, et que les passions contenues tardent trop à éclater? Vous avez appris conmicnt les pouvoirs tombent ! aussi poussezvous le pouvoii' qui vous fait obstacle vers l'abîme où trois fois en soixante ans vous avez roulé. Puisse-t-il le Noir comme nous le vovons!

10 avril 1852.

La Patrie calme V Assemblée nationale en ces termes :

« Si nos informations sont exactes, le nombre des condamnés à l'expulsion s'élèvera à près de six mille. UAsacmblée nationale ■peut donc se calmer. »

L'Assemblée nationale, calmée par ia Patrie, lui répond :

»! Notre but principal était de venir en aide au gouvernement. Nous le

504 tSâ9.

louons, nous le félicitons en toute sincérité de s'être donné la mission d'en finir avec le socialisme. Il s'est montré disposé à remplir cette mission avec rigueur et avec justice. Nous regi-etterions pour lui, pour la France, qu'il se désistât de cette rigueur. Il perdrait son premier, son meilleur titre à l'appui des honnêtes gens. Tous les pouvoirs établis sont exposés à des sollicitations importunes, dangereuses. Dans les conditions de confusion morale qne les révolutions ont faites à notre pays, il n'y a pas d'homme, si justement accablé qu'il soit par la réprobation publique, qui ne puisse trouver quelque personne honorable pour réclamer en sa faveur. Nous n'avons voulu demander au gouvernement que de remplir la mission qu'il s'est imposée, et de ne pas céder à des sollicitations absolument inadmissibles, quand il s'agit de criminels condamnés par des tribunaux réguliers. »

Des hommes condamnés les uns à la transportation, les autres à l'expulsion, sans avoir été interrogés, sans avoir été entendus, en tous cas sans avoir été assistés par aucun défenseur, sans avoir été protégés par la première des garanties de la justice, par la publicité, voilà ce que V Assemblée nationale appelle des « ci'iminels condamnés par des » tribunaux réguliers ! »

Le langage que tiennent les rédacteurs de V Assemblée nationale est exactement le même que tenaient Vergniaud et Isnard contre les prêtres qui avaient refusé le serment à la Constitution civile du clergé.

Vergniaud s'écriait, aux applaudissements des tribunes :

« Contre ces prêtres faclieujr, il n'y a qu'une loi efficace : c'est l'exil hors du royaume. Il faut renvoyer ces pestiférés dans les lazarets de l'Italie et de Rome. »

Isnard reprenait en ces termes :

« Vous avez déjà frappé les émigrés, encore un décret contre les prêtres perturbateurs, et vous aurez conquis dix millions de bras... Qu'est-il besoin de preuves contre le prêtre? s'il y a plainte seulement contre lui de la part des citoyens avec lesquels il demeure , qu'il soit à l'instant chassé ! Quant à ceux contre lesquels le Code pénal prononcerait des peines plus sévères que l'exil, il n'y a qu'une mesure à leur appliquer : la mort.»

Proscription m u t uelle :c''csl Jii Iciiouvoir rév()lulionn;iirc; c'est là le pn)cétlé(|ue nous avons toujours réprouvé et que, plus que jamais, nous réprouvons. Oii les excès de la première révolution ront-cllc conduite? —Ils Pont conduite au

9 thermidor, ils l'ont conduite au tombeau ouvert et fermé par Tallien sur les têtes de Robespierre et de Saint-Just.

Sur le drapeau de VAssembléc nationale est écrit : Intolérance. Sur le drapeau de la Presse est écrit : Tolérance.

VAssemblée nationale est de Técole de Calvin, qui, trouvant tout simple et parfaitement légitime, quant à lui, de se séparer de l'Eglise orthodoxe, accusait d'hérésie Michel Servetetle faisait brûler en I008. Sommes-nous de trois siècles en arrière, ou VAssemblée nationale est-elle de six ans en avance ? Rien n'est moins certain qu'en 1858 on ne recommence pas à brûler les hérétiques.

VAssemblée nationale demeure impitoyable; ce sont toujours les mêmes hommes qui firent condamner par la cour des pairs M. Laity à vingt ans de détention, pour avoir publié une petite brochure intitulée: relation de l'expédition DE STRASBOURG. Ah ! si la France retombait entre les mains de ces inexorables flétrisseurs de Belgrave-Square, devenus les ministres d'une nouvelle restauration, devant quelles rigueurs s'arrèteraient-ils ?

13 avril 1852.

VAssemblée nationale nie carrément la souveraineté du peuple.

A la bonne heure ; mais c'était en août 1830 et non en avril 1852 qu'il eût été bien à M. Guizot de nier la souveraineté du peuple.

Le 31 mars 1831, M. Guizot protestait en ces termes, à la tribune de la Chambre des députés, contre le joug permanent DE QUELQUES POSSESSEURS :

" Je ne Buis pas assez ignorant de ce qui se passe dans le monde pour

ne pas voir qu'il y a deux princijjes en lulte; non pas depuis quinze et qua-= rante ans, mais depuis des siècles. On les exprime mal, quand on parle delà souveraineté du peuple et du droit divin. Il s'agit, au fond, de la, civilisation pro'jressive ou de Vétat stationmure ; il s'agit, non pas de telle ou telle doctrine particulière, mais de savoir si les sociétés seront en développement, en progrès, ou bien si elles resteront immobiles au joug pek-

MANENT DE QUELQUES l'OSSESSEUKS. «

La civilisation progressive ! Quant à nous, que les révolutions n'ont jamais trouve la veille dans les rangs de leurs soldats, nous ne demandons rien de plus ; nous la demandions sous la Royauté du 9 août 1830, comme nous la demandons encore sous la Présidence du 20 décembre 18ol. Nous l'avons demandée, nous la demandons et nous la demanderons sous tous les régimes, Monarchie ouRépul)Iique. |)our et contre tous.

La civilisation progressive a deux modes de procéder :

Les réformes,

Les révolutions.

Prévenir les révolutions en accomplissant les réformes est le mode anglais ; compromettre les réformes en provoquant les révolutions est le mode français, mode qu'une ligue dont le Constitutionnel insère le programme voudrait rendre européen. La preuve que ce mode n'est pas le bon, c'est l'hospitalité et la publicité que le Constitutionnel ^'empresse de lui donnei'.

21 avril 18.5i.

VÀssemblée nationale est radieuse : elle a l'éclat d"une affiche de représentation h bénétice. On y lit :

« Les grands-ducs Micliel et Nicolas de Russie se rendent à Venise, oii ils doivent rencontrer M. le comte de Cliambord. On sait que S. A. R. le grand-duc Constantin est di'jà à Venise depuis trois mois. »

Tant mieux; nous ne regrettons (|u"une chose, c"est que l'empereur Mcolas n"acconq)agae i)as ses (ils à Venise. Les positions nettes font les bmis einicmis.

On lit dans les Mémoires de M. Fleurij de Chaboidon, publiés en 1820 :

« Napoléon disait que le gouvernement de lu Restauration n'était bon que /jour les j)rétres, les nobles, les vieilles comlesse^ d'aulrefois, mais qu'il ne valait rien pour la génération existante. »

Au risque de blesser M. Guizol, qui a renié la Révolution de 1789, nous sommes de l'avis de l'empereur. L'empereur ajoutait à Sainte-Hélëne :

« Un gouvernement ne peut vivre que de son principe ; il est évident que celui de Louis XVIII est le retour aux vieilles maximes ; les Bourbons ?ont rentrés sur les cadavres et les décombres qu'ils ont provoqués et dont ils se sont réjouis. Ils ont ruiné la nation, sa force, sa gloire, ses monuments ; ils n'ont pas craint de partager ses dépouilles avec les ennemis, et de se réserver la honte et le mépris en partage ; aux yeux de toute la nation, ils ont cessé d'être Français ; ils se sont proscrits eux-mêmes. »

Que VAssemblée nationale réponde !

27 avril 18.32.

VAssemblée nationale, qui a pour rédacteurs pseudonymes les auteurs fameux des lois de septembre 1835, contre le jury et contre la presse, commence h trouver trop étroit le décret du 17 janvier 1852. MM. Guizot et de Salvandy oublient que, sourds aux admirables paroles, aux prophétiques avertissements de Royer-Collard et de Lamartine, ils exigèrent que leur majorité, trop docile, votât une loi qu'un de leurs amis, M. Duvergier de Hauranne, définissait en ces termes dans la séance du 22 août 1835 :

M. DUVERGIER DE HAURANNE : « Un principe domine, tout le monde l'u convient, cette loi, principe franchement et hardiment posé dans les premiers articles : interdiction absolue de toute offense au roi et de toute provocation directe ou indirecte au renversement de la monarchie constitutionnelle de 1830. Voilà le but. Ruine inévitable Je tout journal qui désormais refusera de se renfermer dans le cercle de la Constitution. Voilà le moyen.

» Une fois cela bien compris, on cesse de s'étonner de la rigueur des peines et de l'énormité des amendes. En réalité, c'est, je le répète, la suppression de la presse républicaine et carliste que l'on veu t, o

Etait-ce net? Était-ce clair?

Une feuille animée d'aussi pieux sentiments que ceux qui président à la rédaction de VAssemblée nationale, si elle aime peu la liberté, doit aimer beaucoup la vérité. Nous croyons donc acquérir des droits à la reconnaissance de VAssemblée nationale (journal) en lui apprenant qu'elle a mal cherché dans le Moniteur, si elle n'y a pas trouvé les paroles solennellement rapportées par M. le cardinal Donnet, et non moins solennellement niées par M. Guizot, leur auteur, car, nous, sans les chercher, nous les y avons trouvées. Voici ces paroles, telles que nous les transcrivons dans le Moniteur (page 476, séance de la Chambre des députés du jeudi 16 février 1832) :

M. GUIZOT : « Comme pouvoir politique, je n'iiésite pas à dire que sa défaite est complète. Le clergé n'a pas été expulsé de France avec Charles X ; mais, comme pouroir polilique, il n'a pas été moins détrôné que lui. »

Nier est facile. Aussi est-ce toujours par là que commence M. Guizot. Un peu moins de promptitude prouverait un peu plus de prudence.

1''^ mai 1852.

Examen est le nom que nous portons ; quel est celui que portent les rédacteurs de VAssemblée naiionale?Esl-ce Foi? Comment donc alors sont-ils prolcslanls? Est-ce Force? Comment donc alors se sont-ils laissé vaincre le 24 février? Est-ce Science ? Comment donc alors affirment-ils, depuis que Louis-Philippe a cessé de régner, juste le contraire de ce qu'ils affirmaient sous son règne?

C'est ici l'occasion et le lieu, puisque VAssemblée nationale ne trouve la Presse amusante et variée que lorsque celle-ci

donne place à des citations de M. Guizot, de rappeler le discours qu'il prononça le 16 novembre 1831.

Ce discours ne saurait manquer de plaire à la feuille fusionnaire, car il y est parlé de fusion, et M. Guizot y proclame un nouveau droit divin.

Lisez :

M. GUIZOT : (( Ornions parle de la fusion des partis; on nons dit que la concorde peut s'établir entre eux ; on nous demande de ne pas interrompre cette harmonie naissante, cette réconciliation qui commence. Eh ! messieurs, nous n'avons jamais fait autre chose, depuis quinze mois, qui ne tendît à amener cette réconciliation des partis, la disparition des haines qu'ils se sont vouées, à établir entre eux une harn)onie d'opinions et de sentiments, liais ce n'est pas de cela qu'il s'agit. La Chambre sait que je suis accoutumé à apporter à cette tribune l'expression pleine et franche de ma pensée, que ce n'est pas de cette réconciliation des partis, ce n'est pas de l'harmonie entre les sentiments et les opinions de tous ces partis qu'il est question, mais c'est une misérable guerre déclarée à la Révolution d» Juillet^ par des coteries^ des factions impuissantes contre elle, mais qui peuvent nuire au repos, à la prospérité publique : c'est là ce que j'attaque. (Très-bien! très-bien !^^ Messieurs, c'est une présomption grave, c'est une présomption étrange que de croire qu'on dirige de tels événements : la rROViu^ifCE en fait plus des tkois quakts. Les hommes, sans doute, y mettent la main; ils y font entrer un peu de leurs intentions, un peu de leur volonté, mais bien peu ; mais ils ne les dirigent pas ; ces événements sont dirigés par des causes générales ; il n'est au pouvoir de personne, ni de les faire, ni de les changer, et c'est les rapetisser que de venir dire qu'on aurait pu les faire plier à l'arbitraire de telle ou telle volonté ; c'est leur ôter leur grandeur, leur nationalité ; c'est parler le langage des congrès de Vérone et de Vienne, et ce langage est indigne delà Révolution de juillet. Cette révolution est un événement qui a éclaté, que personne n'a fuit, qu'il n'a été au pouvoir de personne de changer, qui était écrit lahaut, QUI h'a pas pu ke pas s'accomplik. »

M. SAKS : « C'est sans doute le droit divin qui l'a fait. (Mouvement aux extrémités.) »

Le mot sarcastique, mais caractéristique de M. Sans méritait d'être rappelé ; qu'en pense la feuille fusionnaire et impituyable? Si les révolutions sont des événements dans lesquels les hommes entrent pour si peu, si la Providence en fait plus des trois quarts, d'où vient donc que les glorificateurs enthousiastes de la Révolution de juillet soient les détracteurs passionnés de la Révolution de février? Il faut

choisir, messieurs; il faul êlie pour ou contre les révolulions; il faut êlre pour l'hérédilé ou pour rélection. pour le (Iroil (le In force ou pour la force du droit !

4 mai 1B52.

VAssemblée nationale adresse à M. de Girardin le reproche de tirer la France on deux sens opposés, de la pousser vers la liberté absolue et en môme temps vers la dictature. Où donc VAssemblée nationale a-t-elle vu que nous ayons jamais poussé la France vers la dictature? Que demandons-nous? — Nous demandons, au contraire, l'abolition de tout ii:ouveruement de l'homme par Thomme : nous demandons que le gouvernement ne soit plus que l'administration de la chose publique ; nous demandons ce que demandait en ces termes le R. P. Lacordaire dans son remarquable discours sur la vocation de la nation française :

« Le second bienfait dispensé par le fils de Dieu à son héritage, lorsqu'il est venu le visiter, a été tme modification dans la nature même du pouvoir, ou plutôt le rappel de ce pouvoir à sa primitice constitution. Un jour les apôtres étant assemblés autour du Sauveur, Notre-Seigneur leur adressa ces belles et aimables paroles : « Vous savez que les princes des nations » dominent sur elles, et que les plus grands sont ceux qui exercent la V puissance à leur égard ; il n'en sera pas ainsi parmi vous : que celui » d'entre vous qui veut être grand soit votre ministre, et que celui qui » veut être le premier soit votre serriteur, h la ressemblaDce du fils de » riiomme, qui n'est pas venu pour être servi, mais pour servir. » [Evan- (/ilc.) A dater de ce moment, le pouvoir a perdu le caractère de domination pour s'élever à l'état de service public... Chez tout peuple qui ne retournera point à la barbarie, 7rt sottverainetk demeurera un service PUBLIC. »

Nous demandons ce que demandait Robespieri'o dans le discours suivant, cité et invoqué à la tril)une de l'Assemblée constituante, dans la séance du 12 septeml)re 1848, par M. de Tocqueville :

« Fu3-cz, fuyez la manie ancienne de vouloir trop gouverner ; laissez aux individus, laissez aux familles le droit de faire librement tout ce qui ne

LA PRESSE SANS LA LIBERTE. oll

nuit pus à autrui ; laissez aux conimiiues le droit de régler elles mêmes leurs propres afFaires ; en un mot, rendez à la liherlc- des individus tout ce qui lui a été illégitimement ôté. »

Nous demandons qifon n'attende pas qu'il soit tro}) lard pour invoquer de nouveau les principes lulélaires de la liberté réciproque.

Ces deux citations répondtMil aux deux opinions opposées : Légitimité et République.

ô mai 1852.

VAssemblée nationale lait ;i .\L tle Girardin un terrible reproche. Lequel? C'est d'ètie un bénédictin cl de n'être pas un journaliste ; c'est d'être plus propre à écrire l'hisloire qu'à soutenir une discussion. VAssemblée nationale ne lui pardonne pas d'avoir choisi pour collaborateur inépuisable le Moniteur universel, où se trouvent d'aussi curieux et instructifs discours que celui-ci :

M. DE SALVANDY : « On a VU des associations politiques, dans le sens restreint du mot, des associations occupées d'une question particulière, poursuivant un certain but isolé, l'abolition de la traite des noirs, par exemple, ou même l'émancipation légale des catholiques, et, dans le premier cas, la loi se tait ; dans le second, elle sévit. Mais une association politique comme nous la comprenons, une association politiqi;e comme on la voit parmi nous, formant une cité dans la cité, un Etat dan-s

l'Etat, s'appelant la République en pleine Monarchie c'est là,

messieurs , quelque chose de nouveau sous le soleil. On ne peut le nier, jamais rien de semblable n'est apparu au monde ; jamais législateurs n'ont eu à prévenir ni à comprimer un désordre de cette immensité. En le tolérant, messieurs, en principe, en établissant que dans cinq ans au plus tard, à un jour quelconque, ce sera l'état normal de la France, vous vous placeriez en dehors du droit social, en dehors du droit constitutionnel, en dehors du droit des gens. (Voix nombreuses : C'est vrai !) Permettez-moi d'ajouter un mot de plus : Vous vous placeriez en dehors du bon sens. (Oui ! oui !) Eh ! il y a un pays au monde où une fois, dans des jours d'ivresse publique, quelque chose d'analogue s'est rencontré^ d'analogue SEULEMENT ! Mais la société des Jacobins ne proclamait pas une Constitution rivale ; elle appuyait le gouvernement, seulement en le poussant toujours devant soi jusqu'aux abîmes, tradition qui n'est pas perdue. Mais la i^o-

ciété de Clichy n'avouait pas la monarchie; elle se disait républicaine; elle se. donnait la peine de mentir. (Sensation.) Elle pénétrait dans les assemblées et dans le Directoire ; elle ne constituait pas un directoire indépendant, ennemi, belligérant. Cependant, la République frappa sur elle les déportations violentes de fructidor. Et une autorité que j'invoque peu, la Convention, quand elle put frapper les Jacobins, le fit en invoquant, avec un grand bon sens, deux intérêts que je recommande à vos méditations, la sûreté du gouvernement et l'unité de la République.

» La République, je l'appelle par son 7^om , la République, interpellée par le pouvoir, se produit dans cette enceinte, à cette ti-ibi;ne,.. »

(Chambre des députés, 25 mars 1835.)

Depuis le jour où M. de Salvandy s'exprimait ainsi à la tribune, la République a succédé à la Monarchie. Eh bien ! VAssemblée nationale s'est-elle fait scrupule de soutenir la «Monarchie en pleine République? » A-t-elJe craint de donner au monde étonné le spectacle d'un « désordre de » cette immensité? » Non ; ce que les royalistes avaient reproché aux républicains d'avoir fait contre la Monarchie, ils l'ont fait, à leur tour, contre la République, sans scrupule, sans même que l'expérience leur ait appris qu'il n'y avait de garantie commune que dans la liberté mutuelle. Le jour où la Fusion rentrera triomphante dans un fourgon russe, le premier journal qu'elle supprimera, en haine des bénédictins, ce sera le Moniteur unicersel. M. Panckoucke peut s'y attendre.

La feuille impitoyable, la feuille factieuse, la feuille coupable de ce fait avoué qu'elle aspire, sous la République, au renversement du gouvernement existant et au rétablissement de la Monarchie, crie à tous les échos : non, point d'amnistie !

A celte occasion, on remarquera que les feuilles qui affichent les dehors de la plus grande piété sont celles d'où l'esprit chrétien, d'où l'esprit de fraternité est inexorablement exclu.

Si l'Evangile est un livre divin, si ses préceptes sont la

vérilé même, la loi dos lois, comment ceux qui se disent religieux liennent-ils le langage le plus opposé aux sentiments qu'ils devi'aient éprouver s'ils étaient véritablement chrétiens, le langage le plus propre à semer la haine au lieu de ramener la concorde, à entretenir la guerre au lieu de conclure la paix?

M. Guizot, président de la Société biblique protestante, n'aurait-il donc jamais lu l'Evangile, et, dans l'Evangile, les commandements de l'apôtre saint Luc?

« A vous qui m'entendez, je vous dis : Aimez roi eimemis; faites du bien à ceux qui vous haïssent.

» Et à celui qui te frappe sur une joue, présente-lui aussi l'autre.

e Et comme vous voulez que les autres vous fassent, faites-leur aussi de même,

» Mais si vous aimez seulement ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura t on? Car les gens de mauvaise vie aiment aussi ceux qui les aiment.

» Et si vous lie faites du bien qu'à ceux qui vous auront fait du bien, quel gré vous en saura-t-on? Car les gens de mauvaise vie font aussi de même.

» C'est pourquoi, aimez vos ennemis et faites du bien, et prêtez sans en rien espérer.

» Et ne jugez point et vous ne serez point jugé; ne condamnez point et vous ne serez pas condamnés. »

Est-ce là le langage de la feuille qui veut fusionner POrléanisme dans l'Henriquinquisme et le Protestantisme dans le Catholicisme, ou le Catliolicisme dans le Protestantisme et l'Henriquinquisme dans l'Orléanisme? car ce qu'elle veut sous le nom de Fusion, elle ne l'a jamais nettement articulé.

Les écrivains de cette feuille n'auraieiit-ils donc jamais lu ce que saint Mathieu dit des Scribes et des Pharisiens, auxquels il s'adresse en ces termes?

« Les Scribes et les Pharisiens disent et ne font pas; car ils lient ensemble des fardeaux pesants et insuportables et les mettent sur les épaules des hommes, mais ils ne veulent point les remuer de leur doigt.

J> Et ils font toutes leurs œuvres pour être regardés des hommes, car ils portent de larges phylactères et de longues franges à leurs vêtements.

» Et ils aiment les premières places dans les festins, et les premiers sièges dans les synagogues.

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