‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 5)Chapitre 165 sur 231 · L. H A VIN · texte numérisé non relu

L. H A VIN

Apiès cette déclaration solennelle vient ce qu'on va lire :

-(( Le Constitutioiuicl de ce jour est monumental. M. le docteur Véron, qui avait abandonné depuis quelques mois l'article politique, et qui boudait, retiré sous sa tente parlementaire, repi'cnd la plume ce matin pour répondre à la note communiquée du Moniteur^ et venger l'honneur attaqué de M. Granier de Cassagnac. Tel Achille revêtant ses armes depuis si longtemps délaissées, lorsqu'il apprit la mort de Patrocle.

» Nous ne dirons que peu de mots de cette sortie du docteur ; nous nous bornerons à déclarer que IVL Véi'on dément le démenti du journal officiel. L'artic'.e de M. le docteur Véron est suivi de trois lignes signées : Granier de Cassagnar, et conçues en ces termes :

" On rem.irquera que le communiqué du Moniteur ne désavoue en rien la poli- II tique que nous cioyons dans rintérêt du gouveruement de suivre vis-k-vis de )' la Belgique. »

» Si le communiqué ne désavoue en rien la politique de M. Granier de Cassagnac, que désavoue-t-il doncV Eh ! mon Dieu! au dire de M. Granier de Cassagnac, il ne désavoue que la pei-sonne de M. Granier de Cassagnac. Avouons que jamais journaliste n'a tendu la joue avec plus d'humilité évangélique. Ou M. Granier n'a pas compris le sens des trois lignes qu'il a écrites, ou il a poussé l'abnégation de sa personne jusqu'à l'héroïsme. — E. Texier. »

Ou il ne fallitit i)as imprimer la déclaration signée Ilavin, ou il fallait relranchcr les railleries signées Texier. Cellesci jurent avec celle-là; le tout rappelle ces mois de juillet à décembre 1848, où régnait aussi une politique à deux visages et où le Siècle était tout-puissant.

13 juin 1852.

A la bonne heure ! le Siècle détend la Liberté en des termes dignes d'elle :

(I La liberté, dit-on, n"a t-elle pas son vice elle-même dans la licence? Qii'appelez-vous licence? Probablement l'oppression d'un parti sur un autre parti. Or, l'essence de la liberté est d'être la liberté partout. Elle ne peut exister pour celui-là sans exister pour celui-ci également. Tontes les t'ois qu'il y a licence, c'est-à-dire oppression, la liberté a cessé d'être la liberté. Elle a précisément cédé la place à son implacable adversaire, la tyr;innie; car par elle-même et sous son nom, elle ne peut jamais faillir. Faites que la liberté soit tellement passée, par l'éducation et par la pratique, dans le sang et dans le cœur de chacun, que personne ne soit tenté de toucher au droit d'autrui, et vous verrez que la liberté ne deviendra jamais ce que vous appelez la licence et ce que j'appelle l'oppression. Car, enfin, une chose ne peut être à elle-même son propre contraire et une affirmation son propre démenti. »

Ces lignes sont une abjuration publique de tout le passé du Siècle.

Nous le félicitons d'avoir ainsi reconnu et confessé son erreur.

Maintenant, espérons-le, il ne mettra plus la Nécessité au dessus de la Liberté, et quand le Siècle parlera désormais (lèses principes nous saurons ce que cela voudra dire.

Mais il faut qu'il le sache : liberté oblige.

On ne saurait admettre la liberté sur un point et l'exclure sur un autre point.

La liberté, c'est l'homme.

C'est l'esclavage de la force aboli pai" Tintelligence.

C'est la souveraineté nationale réduite à n'être plus que l'administration publique.

C'est l'administration publique réduite elle-même h n'être plus que l'administration des choses indivises.

C'est l'abolition du gouvernement de l'homme par l'homme.

C'est l'idée païenne de domination remplacée par l'idée chrétienne de fraternité, qui exclut tout maître et n'admet qu'un SERVITEUR de tous.

xvni.

22 juin 1852.

Le Siècle prend partie contre V Uni vers pour M. l'évoque d'Orléans. Le Siècle esl toujours le même journal donnant le pas aux considérations sur les principes! En matière de hiérarchie ecclésiastique, nous ne sommes pas moins absolu qu'en matière de discipline militaire, oii nous n'avons jamais admis que l'obéissance passive, contrairement à Tabsurde illusion des baïonnettes intelligentes ; nous comprenons donc parfaitement qu'un évêque retire ses pouvoirs à un prêtre de son diocèse ; c'est son droit et ce peut être son devoir; mais est-ce que M. Veuillot est ecclésiastique? Est-ce qu'il est ecclésiastique dans le diocèse d'Orléans? Est-ce que ce qu'il a écrit dans le journal qu'il dirige, il n'avait pas le droit de l'écrire ? Aussi, dans ce débat, faut-il le reconnaître, l'avantage est resté au rédacteur en chef de VUnivers. et quand nous nous exprimons ainsi, nous ne devons pas être suspect de partialité; car, si nous n'écoutions que la voix de nos sympathies, elh^ n'hésiterait pas entre le frénétique ap!»logisle de rin(iuisilii)n et N^ ])ieu\ auteui- de la Pacification relijiicKsc.

Xl\.

12 juillet 1HÔ2.

S lUS ce litre : LKs siiRVicEs oi: i.a presse, le Siècle l'ail un article jissiircnicnl diclc \):v: les plus louabh's inleniious.

mais auquel il ne manque que de n'èli'e pas le plus usé des lieux communs.

La Presse', qu'est-ce que cela veut dire? — Rien. Cela est tout aussi vide de sens que les mats : la France, le Pays, le Peuple, l'Opinion publique, la Volonté nationale, tour à tour employés par le légitimiste, l'orléaniste, le bonapartiste ou le républicain, chacun d'eux croyant fermement que la France, c'est lui, ou tout au moins son parti.

Il y a la presse qui est dans la vérité : celle-ci rend un service, le service de dire la vérité ; mais il y aussi la presse «pii est dans l'erreur : celle-là rend-elle un service ?

Que le Siècle réponde !

Ce qu'Esope disait de la langue : C'est la pire et la meilleure chose, » est aussi vrai de la presse que de la langue.

Donc, parler des services que rend la presse sans déliniices services, c'est ne rien diie absolument, et c'est ne i-ien faire de plus que noircir du papiei' blanc.

Est-ce que les services rendus par la Patrie sont de môme nature que ceux rendus par le Siècle'^ Est-ce que M. Adrien de La Valette et M. Granier de Cassagnac ne sont pas profondément convaincus qu'eux aussi rendaient des services par la voie de la presse, lorsqu'ils variaient sous toutes les formes, en 1849, 1850 et 1851, à l'envi l'un de l'autre, ce thème commun a La faux ne discute pas avec Vi vraie? » Est-ce que le Siècle, lui-môme, ne croyait pas qu'il rendait des services par la voie de la presse lorsqu'il exaltait le 4 septembre 1848, en ces termes enthousiastes, le régime de l'état de siège et de la suspension des journaux ;

« Ab! nous n'avons pas besoin qu'on nous rappelle tout ce qui a été écrit depuis dix-sept ans, depuis trente, pour savoir combien les droits de la liberté sont sacrés ! Nous n'avons pas besoin qu'on fasse étalage de grandes maximes pour saAoir qu'une assemblée doit être libre lorsqu'elle délibère sur la Constitution ! — Mais cette assemblée serait-elle libre au milieu des débordements de l'anarchie? Etait-elle donc libre le 15 mai? — L'était-elle le 28 juin et les jours suivants? Répondez! — Vous dites qu'à présent l'état de siège peut être levé sans inconvénient. C'est possible ; mais qui le garantit ? C'est vous, c'est votre sagesse. Eh bien! nous aimons mieux nous en rapporter aux déelnrations du gi^ui'-ral Caviiignac,

dont la loyauté iioixs est connue, et aux lumières des 529 représentants qui ont approuvé les conclusions du comité de la justice. C'est une fantaisie étrange, n'est-ce pas ? mais nous y cédons. Il n'est pas, selon nous, un seul de ces honorables représentants qui n'eût été heureux de pouvoir voter immédiatement la levée de l'état de siège, s'ils avaient été complètement rassurés sur la situation du pays. Sont-ils donc des ennemis de la liberté parce que des factions impitoyables les ont placés sous le joug d'une nécessité cruelle ? Et leur persuaderez- vous aisément qu'ils soient moins libres pour discuter sur les bases delà Constitution, parce que létat de siège se maintient par leur volonté, par leur ordre, pour leur protection et pour le salut du pays tout entier, que si des bandes désordonnées pouvaient venir encore leur apporter des pétitions menaçantes ou envahir en armes l'enceinte législative ? Nous ne condamnons pas, nous, les scrupules dos quelques hommes appartenant aux opinions modérées ou au parti légitimiste qui se sont joints aux montagnards dans le vote de samedi ; mais nous disons que le Peiqde français insulte à la vérité et au bon sens quand il cite les cent quarante représentants qui ont voté avec M.Ledru-Rollin comme les seuls amis de la liberté, et nous répétons très lihrcvieiU, quoique sous l'empire de l'état de siège, que les affirmations, les dénonciations, les incriminations de la Presse n'ont pas à nos yeux la moindre valeur devant la simple parole du général Cavaignac. »

En 1848, le Siècle pliirnit la Nécessité au-dessus de la Liberté; en 18-)2, il place la Liberté au dessus delà Nécessité. A laquelle de ces tleux époques était-il dans la vérité, à laquelle de ces deux épof|ues rendaii-il des services?

18 juillet 1852.

Le Siècle enlre|)reiid une série d'articles sous ce litre : lf. PROBLÈME DE LA MisÈKE ; UKiis CCS articles il les relègue h la tin de sa feuille. Quel plus important sujet peut cependant occuper plus dignement la première page d'un journal?

Constater la misère est-aisé; le difficile c'est de l'abolir. Dans une série de lettres adressées à M. Tlu'ers, et publiées en 1850, nous avons indicpié comment la misère pouvait être abolie par l'élévation du salaire, et comment Vassistance impuissante pouvail être l'cmplacée par rcmsiirance efficace.

LA IM{I-:SSI<: SA.NS LA LIBKKTK. ;i<)7

Nuiis e'speruiis que sur la question de la Misère le Siècle sera moins pusillanime que sur la ([uestiun de l'Impôt, autour de laquelle il eonlinue toujours de tourner. Mille sabords! montez donc une bonne fois à Tabordagc! Uassielte de hmpôt csl mauvaise; dites donc comment elle serait bonne! Si elle est une des causes de la misère, dites donc comment celle cause peut disparaître !

Le Siècle est rédigé en 1852 comme la France était gouvernée en juillet 1848 sous M. le général Cavaignac Toutes les questions posées, aucune question résolue.

lit août 1852.

Si ce n'était la date mise en tôle de chaque feuille, on risquerait souvent de prendre le Siècle pour le Pays, et le Pays pour le Siècle: ils se ressemblent à prendre l'un pour la contrefaçon de Fautre. Le Pays d'août 1852 est exactement décalqué sur le Siècle d'août 1848. Il n'y a qu'un nom de changé : le nom de Louis-Napoléon à la place de celui d'Eugène Cavaignac. Même absence de doctrine, même usage dos mêmes arguments : Le salut du peuple et la nécessité ! C'est là ce qui explique pourquoi la Presse d'août 1852, combattant le Pays, ressemble si parfaitement à la Presse d'août 1848, combattant le Siècle.

On pourrait appeler le Siècle le journal intermittent île la liberté : un jour il l'affirme, un jour il la nie.

Le Siècle, qui l'a si bien servie, dénonce M. Proudhou comme l'un des plus redoutables ennemis de celle révolution. En efî'et , M. Proudhon couibat pour la Liberté, qu'il place au dessus de la Nécessité, tandis que le Siècle tient toujours pour la Nécessité, qu'il place au dessus de la Liberté. Dans cet article du 19 août 1852, nous avons reconnu le Siècledu 21 août 1848, qui approuvaitla suppression du Picprèsentant du Peuple. C'est à qui sera pape et aura sa congrégation de Vlndex. Ce n'est pas la Liberté qu'on vise; c'est rinfaillibililé. M. Proudhon à tort; c'est le Siècle qui a

l'aisun. C'est ce qui resuite ineontestablemeul de la bulle signée Léon Piée. Que les lecteurs du Siècle se le tiennent pour dit, et surtout qu'ils ne se hasardent pas à lire Pécrit de M. Proudhon ; ils encourraient la même peine que tel ecclésiastique dans tel diocèse s'il s'avisait de s'abonner à VUnivers.

Nous comprenons que le Siècle n'aime pas la liberté; car si le généi'al Cavaignac Teût emporté en décembre 1848. celui-ci n'eût laissé subsister en France que deux journaux : \e Siècle et le Xational. Tous les autres journaux eussent successivement disparu : Presse, Constitutionnel. Journal des Débats, Assemblée Nationale. Union. Gazette de France, etc., etc.

La Gazette de France le reconnaît implicitement en ces

termes :

a Lîi Presse rappelle que, daus ce même mois d'août où nous sommes, lu Gazette fut suspendue en 1848 par le général Cavaignac. Le fait étaitbou à noter, et nous remercions la Presse d'en avoir gardé souvenir. Nous non plus, nous n'avons pas oublié la sympathie que nous i-encontrâmes alors dans toute la presse indépendante, et l'initiative que prit alors M. de Girardin contribua beaucoup, nous sommes heureux de le dire ici , à sau\er la liberté. »

Supprimer tous les journaux et ne laisserque le Siècle et le National, c^élail en effet, le moyen d'assurer l'élection du général Cavaignac. Sans la chute de l'état de siège et sans le rétablissement de la lil)erté de la presse, grâce aux efforts opiniâtres de trois hommes, Crespel de la Touche qui est mort, Xavier Durrieu qui est à Londres, Victor Hugo qui est à Jersey, efforts couronnés de succès le 13 octobre 1848, qui eût oser voter le 10 décembre pour Louis-Napoléon Bonaparte ?

Si la France est saucée, c'est donc la Liberté qui Ta sauvée !

Liberté, sois donc rendue à tous ceux ((uionl coniballu en ton nom, et ne sois jamais ùtée mémo à tes plus implacables ennemis! Ta plus grande force est dans le respect de toi-même ; dès que tu n'es pas la liberté pour tous, lu n'es plus la Liberté, lu es la l'oliti([ue, tu es l'Arbili-airc 1

\:UMON.

H avril 1852.

VUnion relève cette phrase de lu Presse :

<( La République, c'est le droit; la Royauté, c'e.st le fait. »

VUnion reproche à la Presse d'avoir affirmé sans prouver. Que VUtiion prouve donc que la Monarchie, c'est le droit ! Que VUnion prouve donc que quelques vassaux et quelques suzerains ont eu le droit, en 987, de lier la France jusqu'à l'extinction de la maison de Bourbon ou la consommation des siècles! Que VUnion prouve donc que le droit des héritiers de Hugues Capct a survécu à la Révolution de 1789 et à la Révolution de 1830!

VUnion déclare « qu'il y a et qu'il y aura toujoui's une maison de Bourbon. » Est-ce que la maison des Stuarts, qui, elle aussi, a monta sur les échafauds et fut précipitée dans l'exil, » n'est pas morte et n'est i)as finie, malgré le magnifique accueil fait à Jacques II par Louis XIV, malgré la bataille de la Boyne, malgié la France qui reconnut, en 1701, roi d'Angleteri'e le fils de Jacques II, malgré trois tentatives : l'une en 1715, l'autre en 1716, la troisième en 1745, et enfin, malgré la victoire de Falkirk, où Charles Edouard, petil-fils de Jacques II, s'avança triomphalement jusqu'à trente lieues de Londres ?

600 fS5«.

L'Union dcinjinde à la Presse la recette pour conserver la République ; la recette est fort simple : il suffit de demeurer dans les termes de la Constitution du 14 janvier 1852, qui a pour base le suffrage universel, et pour faîte le gouvernement élu et temporaire. A son tour, la Presse a le droit, et elle en use, de demander à VUnion sa recette pour rétablir la Royauté.

Allons, dites-nous donc comment la Royauté se rétablira, surtout s'il est vrai, ainsi que l'affirme M. Laurenlie dans VUnioti. qu'il n'y ait plus de partis, et qu'il n'y ait plus ifuc des opinions! Comment la Monarchie de 1830 a-l-clle succédé à la Monarchie de 987? — Par une révolu lion. Comment, à son tour, la Monarchie de 1830 est-elle allée, en 1848, rejoindre dans l'exil la Monarchie de 987? — Par une révolution. Ce n'est pas volontairement que CharlesX s'est embarqué pour l'aire place à Louis-Philippe: ce n'est pas volontairement que Louis-Philippe, à son tour, s'est embarqué pour faire place à la République.

Ce ne sera pas volonfaii'cment, n'y comptez pas, que le président de la République s'embarquera pour faire place à S. M. le roi de France. Expliquez-vous. Souhaitez-vous donc une nouvelle l'évolution? Espérez-M)us une conspiration? Comptez-vous sur un attentat? Il faudrait cependant bien en finir avec des phrases creuses telles que C(>lles-ci : « Nous avons voulu l'union des partis, en ce (ju'ilsonlde '> vrai, et nous voulons \àpai-v des opinions, en ce qu'elles « ont déraisonnable: voilii la fusion i)()lili(|ue! voila le « salut! »

La paix des opinions! Qu'est-ce que cela veut dire sous la plume d'un rédacteur de journal? C'est une naïveté de la force de colle recommandation d'uncMuèi'e ;i son fils: « Mon enfant, J!»ue du tambour, mais ne lais pas de, bruit. » Si VUnion veut si fermement la ci paix des opinions, » pour-

LA PRliSSIi SANS LA LIBKRTÉ. (iOl

f|uoi donc ['Union cunliiuic-t-elle à paraître? Ne pai-lel-elle donc que pour ne rien dire? Eli bien! alors, (ju'ellc ail la rrancliise de le déclarer à ses abonnés.

13 avril lH.52.

Les journaux légitimistes n'admettent la liberté et l'impunité que pour eux. C'est ce qui résulte de la distinction suivante établie pai" VUnion :

(! Les journaux qui sèmenl la discorde, les journaux de passion et de haine, de révolte et de scepticisme , ceux-là ne méritent point le regret ; qu'ils s'en aillent et qu'ils laissent eu paix la conscience et l'opinion des peuples. Mais en est-il ainsi des journaux qui appellent les hommes au respect des lois? Les journaux légitimistes ont pu, comme les autres, participer aux passions de la politique ; mais ils ont eu ce grand effet de sauver les principes de société. »

Ces grandes phrases, absolument vides, sont signées Laurenlie.

Il faudrait cependaiit bien en linir avec les phrases creuses.

S'il y a des journaux qui « sèment la discorde, » ce sont ceux-là surtout qui, au lieu (l'accepter franchement le suffrage universel, nient ses droits, persistent à placer le régime héréditaire au-dessus du régime électif, et continuent a rêver la restauration d'un passé condamné trois fois |)ar trois révolutions.

Ou la foi monarchique n'existe que dans le langage, ou elle existe dans le cœur ; si elle existe dans le cœur, elle ol)lige à tenir la conduite (jue ['Univers déclarait un jour qu'il tiendrait si une loi civile se trouvait en opposition manifeste avec sa foi religieuse.

Il n'y a que deux conduites possibles à l'égard des gouvernements de fait : ou s'y soustraire, ou s'y soumettre.

S'y soumettre, sans réserves ou sous bénéfice d'améliorations, c'est les reconnaître ; les reconnaître, c'est abandonner et désavouer la théorie erronée des gouvernements de droit.

mi i85«.

26 avril 1852.

L'Union pousse un de ces sons plaintifs el inaiticulcsque l'on appelle, dans les bureaux de ce journal, une Laiirenfiade. Point n'est besoin d'ajouter que laurentiade vieni de Laurentie, comme jérémiade vient de Jérémie.

L'i//i/o/i demande un peu de parlement, un peu de liberté, un peu d'autorité. Elle demande ce qu'elle a. Quelle autorité lui faut-il donc de plus? Quelle liberté avait-on en avril 1789 qui nous manque en avril 1855? Esl-ce qu'un Corps législatif qui se réunit tous les ans pour voter le budget ne vaut pas des États-Généraux qui se réunissaient de cent soixante-quinze ans en cent soixante-quinze ans? Allons donc, monsieur Laurentie, vous reniez le bienheureux passé que vous adoi'ez ! Soyez conséquent !

27 avril 1852.

L'Union conteste aux préfets Pusage qu'ils font du droit d'avertissement aux journaux. Cette observation a lieud'etonner de la part de M. Laurentie, cjui doit savoir que, sous le régime d'autorité, il n'y a pas d'observations à faire. Il n'y a qu'à obéir; «il n'y a qu'à se taire sans murmurer.» Est-ce qu'un soldat réprimandé par son chef, celui-ci eùl-il tort el celui-là eût-il raison, peut hasarder la plus simple justification? N'en est-il pas ainsi du matelot, de l'écolier et du prêtre? Inconséquents défenseurs du régime d'autorité, sera-ce donc à nous à vous en apprendre les lois ? Comment! voilà quatre années que vous implorez, les mains jointes, le rétablissement de ce régime; on le rétablit, et vous ne vous y soumettez qu'en murmuranl.

L'Union, qui voit comme on voit quand on a le vertige, ose dire que « l'autorité sans la liberté, c'est la force brutale. » Où donc est la liberté du soldat dans un régiment, du matelot à bord d'un navire, et de l'écolier sur son banc? En vérité, en vérité-, VUnioii ferait mieux de ne plus prononcer les noms d'autorité et de liberté ; elle ne sait pas ce (jue veulent dire ces deux mots. Où le pouvoir de commander existe et doit exister, est-ce que jamais la liberté de désobéir plus ou moins a coexisté et pu coexister?

M avril 1852.

Selon {'Union et M. Laurentie :

<i L'unité ne peut se faire que par l'union. »

Selon la Gazette de France et de M. Lourdoueix :

n L'union ne peut se faire que par l'unité. »

Les deux pi'opositions sont également vraies et de la même force.

Elles rappellent la touchante complainte de M. de Lal)alisse :

a Un quart d'heure avant sa mort, » Il était encore en vie. »

Lorsque des phrases si hardies peuvent impunément s'imprimer, qu'on dise donc que la liberté de la presse, que la liberté de discussion n'existent pas!

3 juin 1852.

Ce qu'on va lire donne la mesure de la profondeur de

VUnion el du plus éiniiKMil de ses rechiclours. M. Liiurenlie :

« Voici ce qui arrive ; c'est que la preste de Paris ne pouvant tout dire, l'opinion s'inquiète et l'imagination s'égare; et il s'ensuit des rumeurs étranges peu propres à donner de la confiance aux populations et delà sécurité aux affaires. La publicité, assurément, a ses inconvénient.'!^ mais le mutisme a ses périls, ne fût-ce que de laisser du crédit aux absurdités et aux caquctages. »

El ceci s'iiiipriiiK' en France Tan de progrès 1852. le l®"" juin.

— Jean ! — Monsieur ! — Allez acheter un tamboui'; vous le porterez rue de Valois, 18; vous le renriettrez à M. Laurentie de ma j)ail, et vous lui direz d'en jouer sans faire de bruit. —Oui. monsieur.

ôjuin 1852.

L'Union exhale celle nouvelle plainte :

(( La presse, en quel'iue svrle, n'est libre ipie pour les journauc du (jouvernemenl. Il en résulte pour nous une situation qu'il nous faut subir, mais dont nous devons chaque jour faire ressortir aux yeux de nos amis toute la ditRculté. »

Cette difficulté dont vous paraissez vous [)laindi'e, n'est-ce pas vous qui l'avez créée en reniant imi)udenunent la liberté et en montant à Tassant de la tribune contre la liberté de la presse '' Ne \ ous plaignez donc pas, vous n"en avez pas le droit, ^'ous n'en avez pas le droit, premièrenieul, j)arce qu'après 1848 vous avez été les Judas de la liberté (|ui s'était confiée à vous! Vous n'en avez pas le dioit, deuxièmemenl, pai'ce que, sous la Restauration, la libci'lé fui non moins élroilenient garrottée qu'elle l'est aujoiirtriuii ! Vous n'en avez pas le droit, Iroisièmemenl, [larce (jue le jiremier ade du neveu de Iviuis XVIII, à son retour en France, serait le lélablissenienl de la censure!

Osez dire le contraire!

LA PRESSE SANS LA LIHEHTÉ. COo

7 juin 1HÔ2.

VUnion, ce j()urn;il qui, (]o juin 1848 h 1852, a déserjé une il uno loules les liherlés, el qui l'oule aujourd'hui aux pieds la Révolution du 24 lévrier, portée par lui aux nues. ose réponflre au Siècle :

« Que le Siècle ne pousse pas plus loin son blâme mérité ; qu'il ne nous reproche pas, par exemple, d'avoir tenu un autre langage sur sa chère et immaculée révolution Je Février. Ce serait faillir à la vérité, ce serait révéler une complète ignorance de nos principes, de nos doctrines, des idée~ sans lesquelles ces doctrines et ces principes ne sauraient exister. »

Ouvrez donc votre collection, et vous y lirez ce (yui suil. Le 2o février, vous disiez :

« L'épée du peuple est rentrée au Iburreau. La grande voix de Ions a cessé de gronder; la justice de Dieu a achevé soti œuvre. C'est la première halte après ti'ois jours de lutte ; c'est, après de cruelles angoisses, l'espérance de voir la France, rendue à elle-même, reprendre ses conditions nécessaires de liberté, d'ordre et de grandeur. La conduite du peuple, après la victoire, égale son héroïsme pendant le combat. Tant de modération dans les vingt-quatre heures qui suivent un triomphe complet dispense de tout éloge. La population de Paris a bien mérité de la France et de l'humanité. »

Le 26 février, vous repreniez :

« La France est le seul parti qui soit debout. Tout ce qui est artificiel est mort ! Plus de tromperie ! plus de factions ! La France va être appelée à x\n vaste comice. Tous ceux qui ont une pensée , une intelligence, une âme libre, vont pouvoir énoncer leur opinion sur la constitution politique du pays. Nous avions demandé la réforme! elle va se faire. La nation, consultée, dira son dernier mot. Tout le vœu que nous avons à exprimer, c'est que ce dernier mot soit la consécration définitive de la liberté humaine dans son acception la plus large et dans ses applications les plus vraies. »

Le 27 février, vous ajoutiez :

M Cette obstination de Louis-Philippe, cet aveuglement, ce vertige, ces plans de stratégie savante, formés depuis dix ans, cet emprisonnement de Paris sous vingt citadelles, ce vaste camp de 70,000 hommes jetés autour de la cité, ce déploiement d'artillerie, cette défense effrayante et .uéditée,

f)OG IS.Vi.

cette conKiince dans la force matérielle, cette sécurité bravache, cette majorité inexplicable, ce ministère esclave, tout cela emporté, évanoui en deux jours, sous la volonté d'une population armée de bâtons, de bouteilles ou de balais! Quel sujet de méditation. Nul enseignement n'aura manqué aux temps présents. Les révolutions ne sont pas seulement des drames, elles doivent surtout être des levons. »

Le 28 février :

« Non, la société n'est pas constituée, et la partie de la nation qui a le plus souffert, qui souffre le plus de cet état irrégulier, injuste, impossible, ce sont les classes laborieuses, c'est le peuple. Une société est-elle constituée quand le peuple n'y vit pas même de la vie municipale ? Est-elle constituée quand tous les droits politiques s'y mesurent à la quotité de l'impôt? Quand, par la détestable assiette de ces droits, nu seul intérêt domine, celui delà médiocrité? Quand l'administration pénètre jusque dans le foyer de la famille et s'y fait l'arbitre suprême de tous les besoins ? Quand le système tinancier peut n'être réglé que d'après des conditions purement fiscales ? Quand l'impôt n'est établi ni pour favoriser le travail, ni pour développer le bien-être, ni pour contenir et ranimer le sentiment moral du peuple ? Quand la liberté de la religion est 0))primée, l'autorité du père de famille enchaînée, la puissance de la commune asservie? Quand les citoyens ne peuvent s''associer ni pour l'étude, ni pour l'en • seignoment, ni pour la charité, ni pour le travail? C'est pour nous une conviction déjà ancienne et que nous avons souvent exprimée : que le salut du pays ne peut venir que de la réconciliation des citoyens, du rappi'ochement des idées, de concessions réciproques, d'abandons volontaire.'» et mutuels ; qu'ainsi on ne constituera rien, on n'organisera rien de bon, de sage, de durable, que par la liberté. »

Le 2 mars :

« Il y a huit jours aujourd'hui que le peuple de Paris, en armes, expulsait la famille d'Orléans, et abattait du même coup toutes les conceptions intermédiaires qui avaient tenté d'arrêter l'insurrection. Cette révolution fut un miracle. La communauté, la solidarité d'intérêts qui unit tous les membres de la société franç-aise, ce sentiment ravivé et agrandi par la majesté ttei circonstances, anime les travailleurs de la commission dit Luxembourg. La commission du Luxembourg aura bien mérité de la patrie, si elle élabore à l'avance quelques-unes des questions capitales dont l'étude définitive appartient à l'Assemblée nationale. »

Le 4 mars :

<t Aujourd'hui, la Révolution a payé un juste tribut aux dépouilles des citoyens morts pour la liberté. Les hommes dévoués au bien public, que cette révolution a portés au pouvoir, ont conduit le deuil de la France à travers les flots d'nni> pojnilation enthonsiaste. C'était un noble spectacle.

c'était un grand et religieux devoir. Toutes les lettres que nous recevons témoignent de raJiniration et delà gratitude pour les hommes qui se sont chargés du gouvernement provisoire, dans les conjonctures où Paris s'est trouvé. »

Le 7 mars :

« La masse du peuple nous connaît et connaît nos amis, autrement que ne nous connaissait la race d'exploiteurs et de mangeurs qui, depuis 1814, avait dressé contre nous toutes les lois électorales sans exception. Allons donc au peuple avec confiance. Nous ne lui apporterons pas des théories, des utopies et des chimères ; nous lui apporterons la pratique de la fraternité chi'étienne, source réelle des hiens que poursuivent les hommes îîiiicères de la République . Fions-nous aux instincts de la nation ; ce n'est pas elle qui faussera la liberté. »

Cependant VUnion fait entendre ce son plaintif:

iT Le génie expansif de la France est enchaîné. Il n'exerce pins son action au delà des frontières, par l'éloquence, par la discussion de la presse, par les œuvres de la littérature, des arts, de la science. La tribune est muette et ne passionne plus les peuples par le spectacle de ses grands débats où la vérité et l'erreur, le droit et l'injustice, l'ordre et l'anarchie, se livraient ces mémorables batailles de la parole gagnées ou perdues en France pour l'Europe entière. La polémique, devenue impossible dans la presse, ne permet pas ce choc fécond d'idées qui a illustré la plume de Chateaubriand, de Lamennais, de Ronald, de Guizot, de Benjamin Constant, d'Armand Carrel. u

S'il est vrai que le génie expansif de la France soil comprimé, à qui la faute, si ce n'est à ceux qui ont voulu la liberté pour eux quand ils s'appelaient Berryer, et qui ne l'ont pas voulue contre eux quand elle s'appelait Proudhon? Mais que nous parlez-vous, en la vantant et en la regrettant, de cette liberté accordée aux uns et refusée aux autres! Est-ce que, sous la Restauration, M. Guizot, professeur d'histoire, ne fut pas destitué? Est-ce que, sous M. Guizot, M. Lamennais ne fut pas emprisonné ? La belle liberté, et comme elle vaut bien qu'on en porle le deuil !

4 juillet 1852.

M. Laurentie a la parole. Le célèbre apologiste dt'<. a r'i-

gueurs salutaires, » compare dans VUnion^ qui lui sert de tribune, la liberté dont la Fi'ance jouit présentement, sous la République nominale et le régime électif, à la liberté dont la France jouissait autrefois sous la Monarchie féodale et le régime héi-édilaire. Si l'on en croyait le docte M. Laurentie. la liberté était moins resti'cinle sous la Monarchie dont il déplore la chute.

Croyez donc ce que vous dit M. Laurentie!

Ce qu'on va lire est un chapitre retranché, par les censeurs de Louis XIV, d'un livre de morale chrétienne, dû h M. Antoine Godeau, évèque de Vence et de Digne, l'un des fondateurs de l'Académie française, et l'un des plus illustres pi'élats du dix-septième siècle :

DE LA BESTITtlTION A LAQUELLE LES ROIS ET LES GRANDS SONT OBLIGÉS.

« Je sais bien que je vuis toucher une matière fort délicate, et quo je n'agréerai pas ni aux courtisans ni à quelques nouveaux casuistes qui ne cherchent qu'à mettre sous la tête des princes des coussinets pour les endormir, mais je crois être obligé de dire la vérité qu'ils dissimulent ; et qui la dira, si un évêque a peur de la dire ?

n II faut mettre pour un fondement certain, selon l'Evangile, qu'un roi n'est pas le maîti-e absolu des biens de son peuple, mais le conservateur et le dispensateur ; qu'il ne peut s'en servir que pour le bien et le salut de son royaume ; qu'il ne lui est pas permis de le prendre pour l'employer à des dépenses excessives et tout à fait superflues; qu'il doit garantir ses .sujets d'oppression, et que s'il la leur fait souffrir, ou s'il permet que ses officiers la leur fassent endurer, il est obligé de restituer, le mieux qu'il pourra, les dommages qu'ils ont soufferts.

» Ces maximes ne sont pas selon la politique du temps, mais elles sont conformes à la loi de nature, et aux bonne? lois de la société civile, et à rÉcriture-SaintP.

» Les rois ne sont pas de l'imitilulion de la nature; elle nom engendre tous libres; mais comme les hommes n'étaient pas capables de bien user de cette liberté, et que les uns opprimaient les autres qui ne pouvaient se défendre, il a été nécessaire de venir à l'élection d'un particulier que les autres ont chargé de cette défense et du soin public. Ain^i la royauté, dan^ son commencement, vient du choix des peuples. Or, il n'est pas raisonnable que des hommes aient voulu choisir un d'entre eux pour les opprimer et les tyranniser. Celte royauté, en plusieurs endroits de la terre, s'est continiu'c par la niêm<! élection, ou ti passé do père eu fils, ce qui est

le plus ordinaire ; mais c'a été toujours pour la même fin, qui est le salut du peuple.

» Il est vrai que peu de rois en ont été soigneux comme ils le devaient être, et que bientôt ceux qui ont eu entre les mains la puissance souveraine en ont abusé, et qu'ils se sont aisément persuadés qu'ils n'étaient sujets à aucune loi , mais que leur volonté était la règle de la justice ; et c'est ce qui a fait les tyrans, qui n'ont point d'autres règles de leurs actions que leur volonté.

» Il y a des peuples plus naturellement disposés à souffrir la tyrannie que les autres, comme ont été les Orientaux, parmi lesquels les rois ont traité leurs sujets comme des bêtes. Mais les Occidentaux, et surtout les Septentrionaux, ne se sont pas sitôt accoutumés à porter le joug , et nous en voyons encore beaucoup, comme les Anglais, les Danois, les Suédois et les Polonais, qui retiennent leur ancienne liberté, sinon tout entière, au moius pour la plus grande partie.

» Les Français, sous les deux premières races, en ont usé de la même sorte. Ils avaient la gloire d'être plus fidèles à leurs princes qu'aucune autre nation; ils les aimaient avec plus d'ardeur; mais aussi n'étaient-ils pas des esclaves dévoués à toutes leurs volontés, et qui souffrissent le joug tel qu'ils eussent voulu le leur imposer ; ils leur obéissaient, mais comme ceux qui étaient francs; aussi c'avait été leur premier nom, et celui des Français, qui en vient, signifie la même chose.

» En ces temps-là, ils ne laissaient imposer sur eux que les tributs dont ils convenaient et demeuraient d'accord; et cela se faisait dans les Etats-Généraux pour les nécessités de l'Etat, (j'est une vérité de fait dont tout le monde demeure d'accord. Philippe de Comines dit clairement que nul prince ?i'tt pouvoir de mettre sur ses sujets un denier, sans octroi et consentement de ceux qui le doivent payer ^ si ce n^est par tyrannie, et quHl est excommunié s'il le fait. (Philippe de comines, liv. 5, chap. 17.)

1) Comme les États-Généraux cessèrent de se tenir et que les rois de la troisième race les appréhendèrent, les parlements, qui s'étaient rendus fixes, d'ambulatoires qu'ils étaient, les représentèrent, et leur autorité fut nécessaire pour la véi-ification des nouvelles impositions sur le peuple, qui est censé y avoir donné son consentement quand les parlements en ont vérifié l'édit. Mais il faut que le consentement soit libre, et que le prince laisse une entière liberté d'approuver et de refuser l'édit s'il est injuste. Autrement, la vérification n'est point libre, et le peuple n'est censé y consentir, sans quoi le prince ne peut en conscience prendre le bien public.

» Il faut toutefois excepter certains cas où la nécessité de l'imposition serait si visible et si pressante qu'il n'y aurait pas lieu à ce peuple de la refuser, quoiqu'elle n'eût point été vérifiée. C'est l'opinion de tous les casuîstes qui ne sont pas de la cour : ils demeurent d'accord que le prince ne doit imposer sur ses sujets de nouvelles gabelles que pour lo bien ds l'Etat ; et que les imposant sans cette raison, il est obligé à reslilulion.

filO 1853.

)) Ler.v raison est Lien évidente : Les- }ticiu (1rs fujols 7i'iip}>nrtiennpnt pninl an jirinre ; mai^ ih sont à rharpie parlirulier nui les possède à juste litre. Le prince doit les conserver et non les prendre à sa fantaisie ; autrement il n'est plus pasteur, mais il devient un loup qui, au lieu de garder les brebis, les mange.

» On peut compter neuf causes pour lesquelles un roi peut mettre un nouveau tribut sur un peuple :

X lo Pour la défense véritable de son royaume ;

j) 2» Pour une guerre juste et raisonnable ;

» 3° Pour payer la rançon d'un prince pris dans une juste guerre; car si elle était injuste, il devrait se racheter de son patrimoine;

» 4° Pour quelques édifices publics et nécessaires, mais non pas seulement voluptueux et magnifiques ;

» 5° Quand le prince n'a point de patrimoine pour la dépense de sa maison; mais il faut qu'elle soit raisonnable, dit saint Louis dans son testament;

» 6° Pour le mariage des fils dit roi ;

» 7° Pour la rançon de ses enfants ;

» 8o Pour satisfaire aux dommages de ceux qui ont sonfVort dans une guerre injuste ;

» 9° Pour réparer les grands chemins , les ponts et fortifier les places.

n II y a un contrat réciproque entre le souverain et les sujets; ceux-ci doivent la fidélité, et celui-là la protection. Il a raison d'exiger d'eux qu'ils soient fidèles, et c'est une grande infidélité à lui, dit saint Thomas, de ne leur garder pas la foi. Comme le sujet serait un traître s'il prenait son seigneur et lui faisait quelque mal, ainsi le seigneur proditor eut [est un traître) s'il fait du mal à sou sujet qu'il n'a pas mérité par quelque faute,

» Les païens ont eu le même sentiment, et l'emperetir Julien avait une si grande horreur de ces impositions faites par violence sur les provinces, que le préfet Florentins lui ayant donné des avis pour être payé des tributs par des moyens extraordinaires, il dit qu'(7 mourrait plutôt que de le permettre.

» Je conclus donc que les rois qui mettent des tributs sur leurs peuples, sans nécessité et sans leur consentement, pèchent, et sont obligés à restitution. »

Ce bel et bon temps où un pieux et siunnt évêque ne pouvait faire imprimer les pages qu'on vient de lire, est celui que voudraient ramener l'L7r/o?i, la Gazette de France et V Assemblée nationale. Non, messieurs, non ; vos efforts seront vains ; nous ne changerons pas contre le régime que \()us regi'el!<'Z le r(''gini(> fpic nous avons, si p(Mi en rapijor;

]A PHKftSE SANS I. A [JBI'HTK. G!I

(Iiril s;)i( a\('c les espérances que nous n\ ions ToihUm's sur l'élection (lu 10 décenibrc 18'i8: devant nous, nous avons l'avenir, el nous ne lui tournerons pas le dos pour revenir au passé que \ous voudri(>z ressusciter, l'eine peidue.

XTI.

»; juillet 18ô2.

Ce n'est plus seulement « la liberté d'in)piinier » qui a été limitée, c'est aussi la « liberté de ti'anscrire, » ainsi ([ue cela résulte de rarticle suivant du journal \'ll}ion :

« La police de Valence (Drûme) savait, ilepui.s quelques jours, qvie la lettre écrite par le colonel Charras au préfet du Puy-de-Dôme, p'oiir motiver son refus de serment, était colportée dans la ville, et que les passions politiques essayaient d'en tirer parti, et qu"il en était fait des cojiies dans certains cafés et cabarets, et que même elle avait été lue à haute voix dans plusieurs réunions. Avant-hier, enfin, elle a procédé à l'arrestation de deux individus, les sieurs R... et M..., de Valence, soupçonnés d'avoir été les instruments les plus actif- de cette propagande. »

Tout cela est parfaitement logique, non moins logiciue qu(> rinterdiction du colportage -appliquée aux dis(\iurs des membres du Corps législatif. Qu'importe que l'impression d"un discours ait été autorisée par un vote! Est-ce que ce vole paralyse la loi? Non. Donc, M. de Moniale mbert est libre de faire imprimer son discours, mais il n'est pas libre de le faire distribuer. Il a provoqué et voté la loi sur le colportage, il est juste qu'il la subisse. A la condition que la même loi soit égale pour tous, ce n'est pas nous qui nous plaindrons jamais qu'elle soit trop sévère. Qu'il n'y ait aucune exception : voilà tout ce que nous demandons.

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