NI PROSCRIPTIONS NI CONJURATIONS. (J
pi'-Uiitii du tenitoive frano.'iis. Or, si hs princes iléohus sont hors du droit commun pour leur liberté individuelle, comment ne seraient-ils pas dans la même position p:ir rMpprrt à leurs biens? (Mouvements divers.) » [Moniteur du 25 mars 1831, p. 6lô.)
Lorscpie M. Thi(M-s s'exprimait ainsi, en 1831, assurénienl il ne prévoyait pas que. vingt années après, en 18-il. M. Berryer aurait ii défendre les biens de la branche cadette des B.)url)()ns conlre l'application des principes (pii paraissaient alors, à M. Tliiers. les ]ilus conformes ;i la liberté et à la justice.
Cet enseij^nemenl mutuel des réNolutions ne formera-l-il donc jamais à son école un seul liomme d'Etal qui mette lin à l'existence des ])artis en les faisant tous* passer sous le niveau inflexible de la justice absolue !
28 avril 1852.
Nous avons rappelé les paroles de M. Thiers appuyant la proposition de M. Baude, qui avait p;:,ur but et pour effet de dénational liier tous les membres de la branche ahiée de la maison de Bourbon, le roi Charles X, son fils le duc d'Angoulème, Madame duchesse d'Angouléme, le duc de Bordeaux, et sa mère la duchesse de Berry; qu'il nous soit permis, pour efïjicer la douloureuse impression causée par ces paroles, d'en citer d'autres marquées au double coin de la justice et de la liberté, telles que nous les avons toujours comprises, honorées et défendues.
Aujourd'hui, ce n'est pas M. Thiers qui va parler, c'est M. Pages (de l'Ariège), combattant en ces termes la proposition de M. de Briqueville, d'appliquer à la branche aînée des Bourbons la peine du bannissement c[u'i1s avaient prononcée contre la famille Bonaparte :
M. PAGES « : Pans la route de l'arbitraire, il faut prendre p;Mrde au premier pas; c'est le seul qui coûte : lui seul est volontaire ; les autres «ont ensuite de nécessité. Qu'un note il'oppvi^ .-ion frnjpe un palai- ou lUC
chaumière, un monarque ou un citoyen, cet acte ne saurait être solitaire; et lorsqu'on pense sauver le pouvoir par l'injustice, on perd la liberté. Pour s'opposer à leur retour, la République aussi proscrivit les Bourbons, et bientôt, sous l'empire de la même terreur, il fallut proscrire ceux qui les aimaient : le clergé, la noblesse, les émigrés et leurs familles; et bientôt, la terreur croissant encore, il fallut proscriie ceux qui ne les haïssaient pas : les fayettistes, les fédéralites, les girondins. Danton fat suspect de pitié et Carnot de royalisme. Lorsque la tyrannie entre dans la politique, c'est l'Océan qui déborde, et il n'est pas de voix assez puissante pour lui dire : « Tu n'iras pas plus loin. » (Sensation.)
[Moniteur du 16 novembre 1831.)
Tout le discours de M. Pages (de l'Ariége), est à cette hauteur. Eh bien ! maintenant que les situations ont changé, maintenant que la branche cadette partage l'exil de la branche aînée, que l'on compare, en avril 1852, les paroles de M. Pages prononcées le 15 novembre 1831, à celles de M.Thiers prononcées le 23 mars de cette même année 1831. et que l'on dise de quel côté étaient la prévoyance et la véritable politique.
La véritable politique, ce n'est pas la petite, c/est la grande, ce n'est pas celle qui est défiante, c'est celle qui est généreuse.
Les Bourbons de la branche aînée ont mérité leur chute et le bannissement parce qu'ils ont proscrit la famille Bonaparte ; les Bourbons de la branche cadette ont mérité leur sort et leur exil parce qu'ils ont banni à la fois et la famille Bonaparte et la branche aînée des Bourbons; le Gouvernement provisoire de 1848, continué parla Commission executive, a mérité l'expiation qu'il subit parce que, sans]droit et sans justice, il a ajouté, le 25 mai 1848, à la proscription de la branche aînée des Bourbons et de la famille Bonaparte, le l)annissement de la famille d Orléans.
On récolte ce qu'on sème; senuv. de la proscription, il pousseivi de la proscription.
Ce n'est pas moi qui parle ainsi, c'est l'histoire.
C'est l'histoire, cet enseignement mutuel, qui dit à tout parti, à toute cause f|ui triomphe : —Point de proscriptions !
NI PROSCRIPTIONS NI CONJURATIONS. G2o
Nous venons d'écrire : point de proscriptions.
Maintenant écrivons : point de conjurations.
S'il était vrai qu'il y eût encore des insensés ou des traîtres qui méditassent une échauffourée qui serait plus qu'une folie, qui serait un crime, car elle étendrait la solidarité de sa tentative jusqu'à ceux qui y seraient restés le plus complètement étrangers et qui l'auraient le plus sévèrement blâmée, que ces insensés. ou ces traîtres le sachent, la démocratie, qui représente la liberté dont ils ont déjà tant de fois compromis la cause, les désavoue et les flétrit !
Elle les appelle, non ses soldats, mais ses ennemis; elle ne verrait en eux que les agents soldés des partis déchus !
\sm.
P"- mai 1852.
LiT présidence de la Uépul)lique pour dix ans, voilà ce que l'on se eontenlait de demander, il y a peu de mois ; maintenant l'on demande que le titre de Président de la HépuljJiipie disparaisse, pour faire place au titre d'Emjtereur des Français. Dans cette voie on ne s'arrête pas, on ne pourra pas s'arrêter; dès qu'on aura l'ombre, on voudra, on devra vouloir la proie.
2 mai 1P52.
Constatons le silence al)Solu que gardent le Constititlio)inel, le Pays, le Siècle, le Journal des Débats, l'Assendilcc nationale, VUnion et la Gazette de France sur les ])rovocations réitérées et passionnées de journaux auxiiuiMs il ne suffit pas d'une prorogation de la présidence de la riépvd)!i(|ue de mai 1852 iv mai 18G2, et d'une dotation annuelle de 1,800,000 fr. élevée à 12 millions.
Ces journaux demandent l'Kmpire; ils le veulent! Si l'on attend (jue l'i^^mpire ail pris rang parmi les faits acc(.mplis.
il sera Irop tard pour présenior aucune observation, et toute observation tardive aurait le caractère d'une agression personnelle. C'est donc maintenant qu'il faut que chacun dise franchement ce qu'il en pense. Se taire, c'est acquiescer par son silence, car c'est laisser monter sans opposition, sans protestation les voix bruyantes qui s'élèvent en faveur de l'Empire. Si ce n'est pas pour dire, à leurs risques et périls, ce qu'ils pensent, si ce n'est pas pour avertir, lorsqu'il en est temps encore, pourquoi donc les journaux continuent-ils de paraître? Où les postes sont vides on relève les sentinelles. Le lendemain du jour où l'Empire serait un fait accompli, si la France l'avait accepté, nous le considérerions comme tel et nous nous y soumettrions sans résistance ; mais, jusque-là, nous regarderons comme un devoir impérieux de conscience et de prévoyance de jeter le cri d'avertissement de la sentinelle qui veille. Utile remarque à faire : ceux qui conspirent ne discutent pas ; ceux qui discutent ne conspirent pas.
La discussion est la seule arme que nous ayons jamais employée; nous l'appelons se battre à l'arme franche.
— Comment, après avoir tout dit pour empêcher qu'on ne proclame l'Empire, le lendemain du jour où l'Empire serait un fait accompli, un gouvernement de fait, vous l'accepteriez passivement! quelle inconséquence! Nous reprenons et nous répondons : C'est précisément parce que nou^ aurions dit en vain tout ce qu'il était possible de dire avant., qn^après nous accepterions ce que nous n'aurions pu empêcher. Contre un gouvernement qui a succédé à un autre plus ou moins légitimement, plus ou moins glorieusement, avec l'assentiment plus ou moins tacite ou plus ou moins formel d'une nation, qu'y a-t-il à faire? — Trois choses, toutes trois parfaitement connues ; or, de ces trois choses, il n'en est aucune à notre usage. Quand la discussion est close, notre droit est épuisé. Nous ne le poussons pas audelà. La violence nous paraît moins sûre que la patience.
Patience et longueur de temps Font plus qiae force ni que rage.
11 mai 1852.
Depuis que la remise des aigles à Tarmée était annoncée et fixée au 10 mai, il ne s'était pas écoulé un seul jour où l'on n'eût affirmé, malgré les dénégations les plus formelles, que le 10 mai l'Empire serait proclamé, et qu'ainsi disparaîtrait sous TEmpire de fait la Répiil)lique de nom.
Ces affirmations ne se sont pas vérifiées: la Répuhliiiue nominale existe encore.
Essaiera-t-on de dire que ce qui n'a pas eu lieu le 10 mai n'est que différé et ajourné au 15 août?
Pourquoi le 15 août plutôt que le 10 mai?
Est-ce vraisemblable?
Non ; le plus sage est donc de s'en tenir au discoui's du 29 mars 1852, où il était dit: Conserconsla République !
Qu'il ne soit plus question de l'Empire.
Le PayR oxpli(jue ainsi pourquoi l'empire n'est pas fait :
« L'Empire eût été proclamé il y a trois jours , qii'anrions-nous de plus? un empereur au lieu d'un président, un trône à la place d'un fauteuil ! Voilà tout. Aurions-nous un pouvoir plus fort, une autorité plus concentrée, des institutions mieux réglées? Non. Pourquoi donc l'Empire aurait -il été fait ? »
Mais comment concilier ce passage parfaitement sensé avec le passage suivant du môme article :
« L'Empire, s'il se fait un jour, ne peut sortir que du sentiment intime du pays. Il ne sera jamais un caprice ou une prétention; il sera une nécessité ou un résultat légitimé par la volonté nationale, qui légitime tout. A ce titre, il est permis de prévoir, d'annoncer, de désirer même une éventualité qui est dans tous les esprits. Mais il n'est pas permis de devancer d'une niiiinte rin'ure de la Nécessité. »
Los deux passages où se (rouvenl ainsi oui el non sonl signés : A. de La Guéronnière.
Avant M. de La Guéronnière, l'empereur avait dit : Qu'estce que le trône? — Un morceau de bois recouvert d'un morceau de velours. Il avait ajouté :
« Ce que c'est pourtant qu'un trône et ses poisons ; à peine y est-on iissis qu'on en ressent la contagion. Les Brunswick , amenés par les idées libérales, élevés parla volonté du peuple, sont à peine assis, qu'ils ne recherchent que l'arbitraire et la toute-puissance ; il leur faut absolument rouler dans l'ornière qui a fait culbuter leurs devanciers , et cela parce qu'ils sont devenus rois ! De même, cette belle tige des Nassau , les patrons, en Europe, d'une noble indépendance, eux dont le libéralisme devait être dans le sang et jusque dans la moelle de leurs os; ces Nassau, enfin, qui ne sont qu'à la queue par leur territoire, et qui pourraient se placer à la tête par leurs doctrines, on vient de les asseoir sur un trône. Eli bien ! vous les verrez infailliblement ne s'occuper que de se rendre ce qu'on appelle aujourd'hui légitimes ; en prendre les principes, la marche, les travers, etc. Et moi-même, après tout, ne m'a-t-on pas fait le même reproche ? Et peut-être n'est-ce pas sans quelque apparence de raison ; car, enfin, peut-être bien des nuances se seront dérobées à moi-même. J'ai pourtant déclaré, dans une circonstance solennelle, qu'à mes yeux la souveraineté n'était point dans le titre, ni le trône dans l'appareil. »
Quel fruit porteront ces mémorables paroles ?
27 mai 1852.
Si la Fusion se fait, l'Empire se fera; l'un sera la consé- » quence de l'autre; et si l'Empire se fait, la Fusion ne » devra l'imputer qu'à elle-même. » Ainsi raisonne le Pays, sans prendre la peine d'examiner la question de savoir si précisément ce n'est pas sur cette conséquence, sur cette probabilité que la Fusion a compté et compte encore pour sortir du cercle étroit d'une réconciliation de famille, et donner à un acte privé la valeur et l'importance d'un concert politique.
C'est toujours un mauvais calcul que de supposer l'ineptie dans ses adversaires, et rarement l'on gagne à les rapetisser aux proportions d'un petit dédain.
Nous raisonnons autrement que le Pays, cl nous disons : Si la Fusion est faite, c'est qu'il est dans le jeu de l'Europe absolutiste que l'Empire se fasse ; or, s'il est dans le jeu de l'Europe absolutiste et contre-révolutionnaire que l'Empire se fasse, il est alors incontestablement dans le jeu de la France démocratique et révolutionnée que l'Empire ne se fasse pas.
Après?
Fusion dynastique, invoquercz-vous la Coalition étrangère ?
Restauration impériale, déchirerez-vous les traités de 1815?
Si la Fusion dynastique n'était que la préface d'une Coalition étrangère, si la Fusion déclarait qu'elle ne s'est faite qu'afin de rendre à la France les libertés et les garanties dont celle-ci jouissait avant le 24 février 1848, si la Coalition déclarait qu'elle ne s'est reformée qu'afin de pouvoir réduire considérablement l'effectif militaire dont le poids pèse si lourdement sur tous les peuples, réduction qui ne saurait avoir lieu qu'en rétablissant entre tous les gouvernements l'unité de principe et la communauté d'origine, quelles bonnes raisons contraires le journal le Pays aurait-il à alléguer, et derrière quels motifs et quels intérêts l'Empire menacé pourrait-il se retrancher sûrement? A quelles idées, à quelles passions, à quels mobiles, enfin, pourrait-il faire appel avec la certitude d'être entendu et soutenu? Le Pays s'est-il posé cette question ? l'a-t-il examinée ? l'a-t-il creusée ?
Ce sont les illusions qu'on accueille.
Le 20 mai 1815, le duc de Wellington écrivait à Blucher :
« L'établissement de tout autre gouvernement (que les Bourbons légitimes), soit dans la personne du duc d'Orléans, soit d'une régence au nom du jeune Napoléon ou de tout autre personnage, ou bien d'une république," doit conduire au « maintien d'un grand Etat militaire qui serait la ruine de tous les gouvernements d'Europe.» [Recueil de dépêches, W 9i0.) (1).
Si le même langage était lenu vl qu"à l'appui de ce lan- {l) Histoire de la Restauration^ par M. de Vaulabelle, t. III.
gage un fît le relevé et le compte de ce que, depuis 1830, ont coûté de milliards, à tous les peuples de l'Europe, la paix armée et la défiance internationale, qu'y aurait-il à répondre et que répondrait le journal le Pays?
Qu'il nous en croie : les ennemis le plus à redouter ne sont jamais ceux qu'on s'apprête à combattre; ce sont les illusions par lesquelles on se laisse aveugler. Ce sont elles qui égarent les gouvernements et les peuples, les partis et les hommes. Ce sont elles qui ont préparé l'élection du 10 décembre 1848 par la Constitution du 4 novembre; ce sont elles qui ont préparé l'acte du 2 décembre 1851 par la loi du 31 mai 1850.
Il ne faut donc pas s'abuser ; or, ce serait s'abuser que de croire que si la Fusion est faite ou près de l'être, elle s'est accomplie ou s'accomplira comme un acte isolé et sans le concours d'une haute pression. Comment le croire, lorsque cette haute pression ne se donne même pas la peine de se dissimuler? Ce serait encore s'abuser que de s'imaginer que la Fusion et la Coalition se donnant fraternellement la main parleraient à la France un langage qui blesserait ses susceptibilités ; non, c'est à ses intérêts qu'on s'adresserait; le langage qu'on tiendrait serait celui de la conciliation non de la menace, de la paix non de la guerre, de la liberté non de la tyrannie. Les gouvernements éviteraient de parler d'eux; ils se relégueraient dans l'ombre ; ils ne parleraient que des peuples, et ce serait sur eux qu'ils feraient habilement rayonner toute la lumière.
On doit s'y attendre, conséquemment s'y préparer.
Le plus sûr moyen de déjouer cette manœuvre, renouvelée de 1813, c'est de ne fournir à l'Europe contre-révolutionnaire aucun prétexte de se venger sur la révolution de 1848 de la révolution de 1789.
LE SUPPLICE DE LA FPxANGE.
li II est plus facile d'établir une république sans anarchie qu'une monarchie sans despotisme.
I) La nation française est la plus facile à gouverner quand on ne la prend pas a rebours. »
l'empekeur napoléon.
" L'élection et l'hérédité se sont, depuis des sibeles, disputé le pouvoir. »