‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 5)Chapitre 175 sur 231 · NATION EMPOISONNÉE · texte numérisé non relu

NATION EMPOISONNÉE

Si l'Angleterre, sous Jacques II, était une nation empoisonnée, comment, depuis, a-t-elle cessé de l'être ?

Lisez l'ouvrage intitulé : les hommes d'état sous la restauration D'ANGLETERRE, OU le xMiRoiR, par T.-B. Macaulcy, traduit par M. Maurice Mervoyer, et vous y trouverez, chapitre 11, page 72, ce qui suit :

« Il n'y eut guère de rang ou de profession qui échappât à la contagion de l'immoralité dominante ; mais les hommes qui faisaient leur métier de la politique étaient peut-être la partie la plus corrompue de cette société dégradée ; car ils étaient exposés non seulement aux influences délétères qui minaient la société en général, mais encore à une influence particulière de la plus maligne espèce. Leur caractère s'était formé au fréquent spectacle de révolutions et de contre-révolutions violentes. Dans le cours d'un petit nombre d'années, ils avaient vu le régime ecclésiastique de leur pays changer coup sur coup; ils avaient vu une Église épiscopale persécuter les Puritains, une Église puritaine per.sécuter les Épiscopaux, puis une Église épiscopnle persécuter de nouveau les Puritains. Ils avaient vu la monarchie héréditaire abolie et restaurée. Ils avaient vu le Long- Parlement trois fois tout-puissant dans l'État, et trois fois dissous au milieu des imprécations et des huées de la multitude. Ils avaient vu une nouvelle dynastie élevée rapidement au fait de la puissance et de la gloire, puis précipitée du trône sans résistance. Ils avaient vu un système repré-

sentatif de nouvelle invention mis à l'essai, puis abandonné. Ils avaient vu une nouvelle chambre des lords créée et dispersée. Ils avaient vu des propriétés en quantité immense transférées violemment des Cavaliers aux Roundheads et des Roundhcads aux Cavaliers. Durant le cours de ces événements, l'homme qui n'était point prêt à changer avec la fortune de chaque matin ne pouvait se promettre aucun succès de ses efforts dans l'arène politique. Ce n'était que dans la retraite qu'on pouvait conserver longtemps le caractère de républicain ou de royaliste constant. Quiconque, dans de pareils temps, veut absolument arriver aux hauts emplois de l'Etat, doit renoncer à toute idée de principe. Au lieu de se poser comme invariable au milieu d'interminables changements, il doit toujours être à l'affût des indices précurseurs de la réaction. Il lui faut saisir le moment précis de délerter le parti qui va tomber. Après s'être montré le champion ardent d'une faction au moment de sa toute-puissance, il faut qu'il s'en dégage tout à coup aux premières difficultés naissantes, puis qu'il l'attaque, qu'il la persécute, et qu'il entre dans une nouvelle carrière de pouvoir en compagnie de ses nouveaux associés. Sa position développe naturellement en lui au plus haut degré un genre particulier de talents et de vices. Il devient prompt observateur et fécond en stratagèmes. Il prend sans effort le ton de toute secte ou de tout parti qu'il rencontre sur sa route. Il dis • cerne les indices des temps avec une sagacité qui paraît merveilleuse à la multitude, sagacité assez semblable à celle qui met un vieux agent de police sur la piste des plus faibles indications du crime, ou à celle qui guide le guerrier Moliawk à travers les bois sur la trace de son ennemi. Mais nous ne rencontrerons que bien rarement chez un homme d'Etat élevé à une telle école l'intégrité, la constance, ou aucune autre des nobles vertus qui ont la vérité pour mère. Il n'a foi en aucune doctrine ; il n'a de zèle pour aucune cause. Il a vu tant d'anciennes institutions emportées par l'orage, qu'il n'a pas de respect pour la prescription. Il a vu tant de nouvelles institutions dont on s'était promis merveille, ne produire que déception et désappointement, qu'il n'a nul espoir d'un avenir meilleur. Il prend également à dédain la résistance des conservateurs et les efforts des réformateurs. Il n'est rien dans l'État qu'il ne soit prêt à défendre ou à attaquer sans scrupule comme sans honte. La fidélité aux principes et aux amitiés n'est, à ses yeux, qu'absurdité, que travers. La politique est pour lui, non une science qui a pour objet le bonheur de l'humanité, mais un jeu fiévreux de chance et d'adresse, où im joueur nerveux peut gagner un domaine, un duché, un royaume même, et où un seul mouvement téméraire peut conduire à la perte delà fortune et de la vie. L'ambition, qui, dans des temps et chez des hommes meilleurs, est presque une vertu, dénuée chez lui de tout sentiment élevé et philanthropique, n'est plus qu'une cupidité égo'iste aussi dégradante que l'avarice. Parmi les hommes d'Etat qui, depuis la Restauration jusqu'à l'avènement de la maison de Hanovre, se trouvèrent à la tête des grands partis de l'Etat, on en rencontre bien peu qui ne se soient pas souillés parce que nous qualifuM-ions aujonrd'liui

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