I/ECOLE DU PASSE. C
signer une lettre où il lui rend, ô force suprême des choses ! le plus éclatant hommage. A propos de quoi donc ?— A propos de la représentation du Juif-Errant. Eh! qui le croirait? c'est le Constitutionnel qui a inséré cette lettre piquante où se trouve cet arrêt du passé :
« Il y a environ vingt-cinq ou trente ans , les étalages des marchands de gravures contenaient une lithographie représentant un gros monsieur portant sur le ventre et battant une grosse caisse, agitant avec les mouvements de la tête plusieurs drapeaux chinois, et par le choc de ses genoux un appareil compliqué de cymbales et de timbres. Ce monsieur, c'était Rossini; on disait de Rossini, parce qu'il avait tisé plus largement des instruments éclatants, que sa musique faisait trop de bruit, comme on l'avait dit dans le dernier siècle de toutes les musiques qui avaient remplacé les dix- huit violons de la chambre de Louis XIV. Il n'y a pas de règles fixes pour l'intensité des sons. Cela me paraît être une question de goût et de temps : il faut bien remarquer que, dans chaque époque, tous les détails de mœurs arrivent à s'équilibrer, à prendre un niveau commun. Est-C3 que l'éclairage de nos maisons et de nos lieux publics n'est pas vingt fois plus brillant qu'il y a soixante ans? On a dû dire de la première lampe Carcel : Cela éclaire trop ! On a dû le dire du premier bec de gaz. On a dit certainement en Egypte, en voyant la première pyramide : C'est trop haut !
» L'agrandissement est une des formes du progrès. Nous avons vu s aloiiger les journaux, s'élargir nos trottoirs, le gaz égaler le soleil, les chemins de fer centupler la vitesse, les télégraphes lutter avec la parole ; nous avons des magasins plus grands que des casernes, nos armées sont nombreuses comme des peuples : c'est un paroxysme général qui aveuglerait, étourdirait, tuerait raide un ancien bourgeois qu'on ressusciterait pour le régaler des bienfaits de la civilisation moderne. Qu'on en revienne au format du Journal des Débats en 1^12, aux petites rues de la Cité, à la chandelle, aux pataches et aux coucous, aux boutiques des piliers des halles, que les armées soient réduites à l'effectif de la campagne du maréchal de Saxe, qu'on modère tous les paroxysmes, alors je conviendrai que tous les instruments de Sax font trop de bruit. »
L'éloge du progrès dans la bouche de Nestor Roqueplan ! quelle dissonnance ! 0 Romieu ! pardonnez-lui! L'éloge du progrès dans le Constitutionnel, quelle autre dissonnance ! 0 Romieu! pardonnez-leur! C'est la faute de M. Sax. Mais que va devenir VEcole du passé? Que fera-t-on du sofa des réfiactaires de 1848, qui avait rcrnpiacé le canapé des doctrinaires de 1828? C'est ce qu'on se demande avec anxiété.
L\\MOrR FRATERNEL.
8 mai 1852.
M. l'arehevê(]ue de Paris vient fie faiie paraître un seeond mandement. L'objet de ce second mandement est de développer et confirmer le décret du concile de Paris contre les erreurs qui renrersent les fondements de la justice et de la charité.
La charité y est rappelée, définie et célébrée en ces termes :
« Cette unique loi de l'amour, avec son double objet, Dieu et l'homme, est la source de toutes les obligations morales, le fondement de tous les préceptes, dit saint Thomas. Moralia in prœcepHs Charitatis fundanlur (1).
» Qui ne connaît le magnifique traité de Domat, où ce savant jurisconsulte montre d'une manière si éminemment philosophique, par des déductions si simples et si claires, si logiques en même temps, comment de l'amour de Dieu, souverain bien et dernière fin de notre existence, découle l'amour du prochain, c'est-à-dire de toute créature semblable à nous, et destinée à la même béatitude ; et comment, ensuite, de l'amour de Dieu et du prochain, cette première et double loi de notre nature, découlent toutes les lois naturelles et civiles sur lesquelles repose toute société humaine, et l'ordre de la religion, et la police des Etats, les devoirs et les droits de chacun,- les obligations de l'individu et de la famille, la sainteté des serments, l'inviolabilité des contrats. Tout le monde moral, selon notre grand jurisconsulte , roule donc sur ce pivot unique, lu