‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 5)Chapitre 179 sur 231 · CII.\RITÉ · texte numérisé non relu

CII.\RITÉ

(1) S.TIIOM. 3 p. q. 17, art. 2 ad primum.

LAMOUli FnATtKNEL. Uo

» Bacon, nvant Domat, l'avait ('j^alt ment compris : w I,a Religion chré- » tienne, d'un seul trait, d't ce célèbre philosophe (Ij, forme les hommes » à toutes les vertus, en imprimant dans leur ame la charité, qui est » appelée convenablement le lien de la perfection, Vincuhnn perl'ectionis[2], n parce que, effectivement, cette vertu rassemble et enchaîne toutes les >> autres. Il n'est pas douteux que si l'âme d'un homme brûle du feu de » la véritable charité, cet homme np soit dans un degré de perfection au- » quel il ne pourrait jamais parvenir avec tous les préceptes et toutes les " ressources de la pliilosophie morale...

" Toutes les qualités^ humaines que nous admirons le plus, continue Ba- >•• con, et qui donnent le plus de dignité à notre nature, sont sujettes à » des excès; la charité seule n'en est point susceptible. » Les anges, en ambitionnant une puissance égale à celle de Dieu , ont prévariqué et sont tombés. « Je monterai, dit Satan, et je serai semblable au Très » Haut (3). » L'homme, en aspirant à une science égale à celle de Dieu, est aussi tombé. » Vous serez comme des dieux, sachant le bien et le > mal (4). » Mais en aspirant à une bonté semblable à la bonté ou à la charité de Dieu, ni l'ange ni l'homme n'ont couru et ne courront jamais aucun danger. Nous sommes même formellement invités à l'imitation de cette charité infinie : « Aimez vos ennemis ; faites du bien à ceux qui )' vous haïssent ; priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient, i> afin que vous soyez les enfants de votre Père céleste, qui fait lever son » soleil sur les bons et sur les méchants, et fait pleuvoir indistinctement )i pour les justes et pour les injustes (5). »

n Kc'outez enfin le témoignage de l'illustre autour du Génie du Christianisme : « Quant à la charité, fille de Jésus-Christ, dit le philosophe » poète, elle signifie, au sens propre, grâce et joie. La Religion, voulant » réformer le cœur humain et tourner au profit des vertus nos affections » et nos tendresses, a inventé »une nouvelle passion; elle ne s'est servie, n pour l'exprimer, ni du mot d'amour qui n'est pas assez sévère, ni du » mot d'amitié qui se perd au tombeau, ni du mot de pitié trop voisin ds » l'orgueil ; mais elle a trouvé l'expression dti charitas, charité, qui ren- » ferme les trois premiers, et qui tient en même temps à quelque chose de » céleste. Par là, elle dirige nos penchants vers le Ciel, en les épurant et » en les reportant au Créateur ; par là, elle nous enseigne cette vérité » merveilleuse que les hommes doivent, pour ainsi dire, s'aimer à travers » Dieu, qui spiritualise leur amour, et ne laisse que l'immortelle essence, » en lui servant de passage.

(1) De avgm. Scient., 1. vu, vers. fin.

(2) COLOSS. m, 14.

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