‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 5)Chapitre 180 sur 231 · IS AIE, XIV · texte numérisé non relu

IS AIE, XIV

(4) GÊNES, n.

.5; 5IATTH. V. 41, 4-3.

» Mais si la charité est une vertu chrétienne directement émanée de » l'Eternel et de son Verbe, elle est aussi son éternelle alliance avec la » nature. C'est à cette harmonie continuelle du Ciel et de la terre, de » Dieu et de riiumanité, qu'on reconnaît le caractère de la vraie reli- » giou. Souvent les institutions morales et politiques de l'antiquité sont en )) contradiction avec les sentiments de l'âme. Le christianisme, au con- » traire, toujours d'accord avec les cœurs, ne commande point des vertus )) abstraites et solitaires, mais des vertus tirées de nos besoins et utiles à » tous. 11 a placé la charité comme tui puits d'abondance dans les déserts » de la vie (1). »

» Le modèle de notre charité est Jésus-Christ lui même , qui nous a aimés jusqu'à donner sa vie pour nous. En sorte que vous devez aimer votre prochain non-seulement jusqu'au sacrifice de vos biens, de votre repos, de votre santé, mais, si son salut l'exige, jusqu'au sacrifice même de votre vie, avec un total désintéressement, soit de fortune pour votre fiimille, soit de gloire pour votre nom, uniquement pour l'amour de Dieu et de votre frère.

» Votre courage se trouble! votre cœur hésite!... Voyez Jésus-Christ, votre modèle! il vous donne, avec l'exemple, la grâce de l'imiter. Dilatez donc votre âme au souffle de la sienne. Ah! son amour ne se borne pas aux Juifs, aux sages, aux hommes de bien. Il s'étend à tous les hommes, aux pécheurs comme aux justes, aux impies comme aux pieux fidèles, à ses ennemis les plus acharnés comme à ses amis et à ses disciples. Ses ennemis ! après les avoir vainement prévenus de ses plus douces paroles, comblés vainement de ses bienfaits, il inimole pour eux la plus précieuse de toutes les vies. Mais, plutôt, voyez-le sur la croix !... Avant d'expirer, il prie avec une tendresse infinie pour ses bourreaux, offrant à son père, en expiation de leurs crimes, ce même sang que versent leurs mains sacrilèges !

» Ainsi crie de toutes ses forces au monde nouveau l'apôtre saint Jean : « Nous avons reconnu l'amour de Dieu envers nous, en ce qu'il a » donné sa vie pour nous; et nous de même, nous devons donner notre vie )) pour nos frères (2). »

I) Voilà l'esprit de sacrifice, inconnu à l'ancien monde ! le voilà poussé jusqu'aux dernières limites! c'est le triomphe, c'est la perfection de la charité. »

Admirables paroles condamnées à rester stériles !

Oui, stériles, aussi longtemps que la foi et la loi, la loi di-

'1) Génie du Christianisme^ liv.ii, oh. m. .'2 Joann.. m. Ifi.

L'AMOUR FRATERNEL. 6i7

vine et la loi humaine, parleronl deux langages difTérenls et tiendront deux conduites opposées.

La loi est la seule porte par laquelle la foi sortie des cœurs pourra y rentrer. Que la loi soit donc pleine de miséricorde !

Qui doit Texeniple aux gouvernés ? Ne sont-ce pas les gouvernants?

Eh bien ! « à la rigueur des supplices, substituent-ils la douceur de la persuasion, » selon le conseil et l'expression du pieux mandement ?

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