LA PAIX ET LA LIBERTE
10 mai 1852.
Tant que la Paix ne sera pas troublée en Europe, nous n'aurons pas d'inquiétudes sérieuses pour la Liberté en France. Une éclipse de soleil ne fait que rendre plus vive la clarté qui succède à l'obscurité d'un moment.
La Liberté, cet astre du monde nouveau, aura eu son éclipse; c'est un rapport de plus qu'elle comptera avec le soleil qui vivifie tout ce qu'il échauffe. On dit du soleil, et c'est le plus grand éloge qu'on en puisse faire :
Il luit pour tout le monde.
Un jour, ce qu'on dit du soleil, on le dira de la Liberté ; on dira :
E.'le luit pour tout le monde.
Conservons la Paix, et la Liberi^^ nous sera donnée par dessus le marché.
Le Constitutionnel éprouve, à l'occasion de la fêle de ce jour 10 mai 1852, qui doil réunii" 50,000 hommes armés dans
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le Champ-de-Mars, le même enthousiasme qu'éprouvait le National le matin du 20 avril 1848.
Cet enthousiasme, il Texprime presque dans les mêmes termes.
Quant à nous, ee que nous écrivions le 20 avril 1848, nous n'avons pas cessé de le penser le 10 mai 1852.
Le 20 avril 1848, h la vue de ce défilé de baïonnettes qui dura d& dix heures du matin jusqu'à dix heures du soir autour de TArc-de-Triomphe de TÉtoile, une seule voix dans toute la presse parisienne s'éleva et dit : « C'en est » fait aujourd'hui de la République en France et en Europe. » La Force a reparu; donc la Liberté ne tardera pas à dis- » paraître. »
Cette voix isolée, douloureu.'e et suspecte, c'était la nôtre.
Soixante-cinq jours après le 20 avril 1848, Paris était mis en état de siège ; nous avions perdu la Liberté.
Nous avons perdu la Liberté ; puissions-nous conserver la Paix !