‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 5)Chapitre 195 sur 231 · L'ATTENTAT DE MARSEILLE · texte numérisé non relu

L'ATTENTAT DE MARSEILLE

27 septembre 1852.

La machine infernale saisie à Marseille est un nouveau et honteux plagiat de la machine infernale du 3 nivôse an IX (24 octobre 1800), dont l'explosion eut lieu, au coin de la rue Saint- Nicaise, un instant après le passage du premier consul, et de la machine Fieschi du 28 juillet 1833, qui servit de motif ou de prétexte à la présentation des fameuses lois de septembre contre la presse et contre le jury, lois qui eurent pour promoteur le plus ardent M. Thiers, le même qui, peu d'années auparavant, avait, dnnsV Histoire de la Révolution française , porté le jugement qu'on va lire sur les tentatives d'assassinats dirigées contre CoMol-d'Herbois et Maximilien Robespierre :

« Une opinion comprimée se signale toujours par un coup de poi- » gnard; ce n'est qn'nne âme exaspérée qni a conçu l'acte; on l'impute 1) cependant h tous les partisans de la même opinion, et on s'autorise ainsi » à exercer de nouvelles vengeances et à faire un martAr. »

Celte fois, on ne pourra pas, comme en 1835, imputer l'attentat projeté au bouillonnement des mauvaises passions mises en fermentation par la liberté de la presse ! La presse est muette, et lorsqu'(»IIe parie, ce n'est plus guère que pour faciliter au gouvernement l'accomplissement de ses desseins en y préparant l'opinion publique. Non, celte fois, on ne pourra pas, comme en 183o, inventer contre la liberté

de la presse de nouvelles rigueurs ; la mesure est comble, et l'on n'y saurait plus rien ajouter. Avions-nous donc raison, et serait-il donc vrai qu"il n"y a jamais eu et qu'il n'y aura jamais rien de commun entre l'exercice légitime du droit de discussion et cette exécrable usurpation d'hommes s'arrogoant, sans mandat, le droit de vie et de mort, et s'érigeant en juges et en bourreaux d'une inquisition ténébreuse? En effet, rien de plus opposé à l'idée qui discute que la pensée qui conspire.

Maintenant que des faits eux-mêmes ressort la preuve manifeste qu'empêcher de penser tout haut n'empêche pas de conspirer tout bas, séparera-t-on ce qui n'aurait jamais dû être confondu? Eclairé par révidcncc, instruit par l'expérience, le gouvernement resliluera-t-il à la lil)erté ce qui lui appartient, afin de ne pas laisser au crime un déguisement qui lui serve à égarer les consciences? Nous ne le savons pas et nous l'espérons peu; quoi qu'il en soit, nous n'en imposerons pas moins silence à toutes les considéralions qui nous oppressent, pour laisser parler uniquement l'horreur que nous inspirent lous ces attentais renouvelés du passé et dirigés contre l'avenir qu'ils retardent au lieu de le hàler. C'est de la barbarie, et nous la repoussons, quel que soit le nom qu'elle invoque et le drapeau qu'elle arbore ! Qu'elle s'appelle Alibaud ou Haynau, Ravaillac ou Damiens, Charlotte Corday ou Geoi'ges Cadoudal, machine de la rue Saint-Nicaise, machine-Fieschi ou machine infernale de Marseille.

La liberté des peuples par le progrès de la science est la seule qui avance toujours sans reculer jamais : toute autre liberté, on l'a vu. ne dure que ce que dure Téclair qui précède la foudre.

Nous le disons haulemen! : Vn altciilal esl à la f tis uu crime et une finie.

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