‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 5)Chapitre 196 sur 231 · LA LIBERTÉ ET LES BONAPARTE · texte numérisé non relu

LA LIBERTÉ ET LES BONAPARTE

29 octobre 1852.

Aux doctes partisans de la liberté légalement limitée qui me raillent sur la liberté ?irt^ure//cme/)l limitée, je demande : Avez- vous la liberté que vous appelez : Liberté sagement limitée.

Si vous ne l'avez pas, qu'est-ce donc qui vous empêche de l'avoir? A qui ou à quoi devez- vous vous en prendre? Cependant, quel temps plus propice pour l'instituer un gouvernement peut-il espérer qu'il aura jamais? Matériellement, la paix et Tordre ne règnent-ils pas partout en Europe? Si la liberté légalement limitée est possible, pourquoi donc n'existe-l-elle pas maintenant qu'il devrait être si facile de rétablir en France ?

Répondez, doctes partisans de la liberté légalement limitée, qui trouviez si simple et parfaitement juste, sous le règne de Louis-Philippe, d'emprisonner M. le vicomte de Conny et M. de Lamennais, M. le duc de la Rochefoucault- Doudcauville et M. Dupoty, pour s'être rendus coupables du tort, érigé en délit, de vous avoir contrariés ou alarmés ; répondez, doctes partisans de la liberté limitée, qui trouviez non moins simple et non moins juste d'écraser la Tri-

bune sous le poids des amendes et d'intenter a la Gazette de France vingt-deux procès ! Répondez !

La « liberté absolue, » messieurs, est un mol qui vous paraît ridicule et risihh? ; j'en suis fâché pour vous, mais ce n'est pas moi qu'il l'ai employé le premier, ainsi que vous pourrez vous en convaincre en lisant la lettre suivante, adressée, en 1832, à M. de Gormenin, par un ancien souverain, par Joseph Bonaparte, à l'occasion de VAssociation pour la liberté de la presse :

A M. de Cormenin.

« Londres, 29 octobre 1832.

y J'admire depuis longtemps la vérité de vos opinions, le courage avec lequel vous n'avez cessé de les exprimer; je me suis dit depuis longtemps que la France serait forte et heureuse si elle avait eu beaucoup de représentants comme vous. Il faut avoir habité comme moi les Etats-Unis, pendant tant d'années, pour être convaincu, plus qxie personne, que vos théories ne sont pas de stériles abstractions.

» Oui, monsieur, le bonheur des nations est possible comme celui des individus, avec de la justice; la justice, pour les nations, repose sur la liberté religieuse, politique, civile -, sur l'égalité des charges et des avantages, en proportion des forces de chaque citoyen; mais les citoyens seuls en sont juges, et point de justice sans le vote universel, seul fondement de l'impartialité de tous les délégués du pouvoir et de leur nationalité. Nulle garantie pour la rectitude des jugements s'ils ne sont éclairés; nulle lumière persévérante, égale, éclairant tous les recoins d'un vaste empire, sans la liberté absolue, sans limite, de la presse.

» Vous avez parfaitement senti et deviné ce que je n'ai eu que le mérite de voir matériellement dans le pays où j'ai passé dix-sept années d'exil. Non, monsieur, vos théories ne sont pas de stériles abstractions; je les ai vues en action, et le bonheur public est le fruit de leur application. La liberté ABSOLUE de la presse est le seul souffle qui puisse répandre partout la vraie lumière de l'esprit ; ce ne sera que lorsque son empire sera étendu en France comme en Amérique que vous pourrez être logiques et justes impunément; ce ne sera qu'alors qu'on pourra dire : u Vertu, bonheur pii- » blic, vous n"ètc? pas des chimères! »

Signé : josErii-NAPOi.iiox bonai'arti;.

Cette Icllre ne faisait d'ailleurs qu'exprimer les mêmes convictions que celles déjà dépo.sées dans la lettre suivanle, adressée, le 18 seplembre 18:30. h MM. les membres de la Chambre des députés :

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