QU'EST-GE QUE LA LIBERTÉ
Il Dites a mon fils qu'il donne à la nation autant de MBEKTÉ que je lui ai donné d'ÉGALiTÉ. <>
NAPOLÉOK à Sainte-Hélène.
Il Nulle lumière persévérante, éclairant tous les recoins d'un vaste empire, sans la libei:té absolue, san-^ limites, de la presse. La liberté de la presse est le triomphe de la vérité; c'est elle qui doit porter la lumi'ere dans toutes les consciences. »
JOSKrH-SAPOLÉON BONAPARTE.
'I La liberté est comme un fleuve : pour qu'elle apporte l'abondance et non la dévastation, il faut qu'on lui creuse un lit large et profond. Si, dans son cours régulier et majestueux, elle reste dans ses limites naturelles, les pays qu'elle traverse bénissent son passage; mais si elle vient comme un torrent qui déborde, on la regarde comme le plus terrible des fléaux; elle éveille toutes les haines, et l'on voit alors des hommes, dans leur prévention, repousser la liberté parce qu'elle détiuit, comme si l'on devait bannir le feu parce qu'il brûle, et l'eau parce qu'elle inonde. "
iQuis-NAPOLÉON BONAPARTE. Idées napoléoniennes.
Il janvier 1853.
Qu'osl-fc que la liberté ? — Telle est la question que le Pays effleure. Il conclut en ces termes :
o Ce n'est pas sur le terrain de la liberté dans son sens absolu, c'est sur le terrain de l'utilité sociale limitée elle-même par le droit de conservation et de défense légitime, et par les principes de la morale éternelle, qu'il faut placer le débat, et c'est là ce que ne l'ont jamais ceux qui, faute de définir le mot liberté, eu font sans cesse un drapeau et un prétexte pour les révolutions. »
Définir ainsi la liberté : « L'utilité sociale limitée elle-
» même par le droit de conservation et de défense légitime, >i c'est admettre ce que nous n'avons jamais admis, c'est admettre qu'après avoir proclamé le suffrage universel, le gouvernement provisoire, l'Assemblée constituante de 1848 avaient le droit de poser des limites à la liberté du vote des électeurs, en déclarant inéligibles le neveu de l'empereur Napoléon et les fils et les petits-fils du roi Louis-Philippe : c'est admettre que le général Cavaignac ne faisait qu'exercer le droit de conservation et de défense légitime en ordonnant d'arrêter et de conduire à la Conciergerie M. de Persigny, le même jour où l'on arrêtait et où l'on conduisait à la même prison le rédacteur en chef de la Presse, de ce journal qui, le 25 mai 1848, avait été le seul qui osât donner l'hospitalité de sa publicité à la lettre datée de Londres, 23 mai 1848 (Ij ; c'est admettre que, le 26 octobre 1848, le général Cavaignac, président du conseil, chargé du pouvoir exécutif, aurait pu, aurait dû décréter de nouveau la suppression de la Presse, de ce journal qui, le premier, devançant et entraînant le Constitutionnel , n'avait pas craint de poser la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte en concurrence de celle de son compétiteur, alors tout-puissant; c'est admettre que, voyant dans l'élection du 10 décembre 1848 un danger pour la conservation do l'existence de la République, unanimement acclamée le 4 mai par les neuf cents élus du suffrage universel, le général Cavaignac, subordonnant la liberté électorale à Viitilité sociale, et prétextant le cas de a légitime défense, » aurait pu, le 2 décembre 1848, faire décréter par l'Assemblée obéissante, ou décréter lui-même, la prorogation de sa dictature pour dix années; c'est admettre qu'après avoir fait transporter en Algérie sept mille'combattants de juin, M. le général Cavaignac aurait pu faire transporter ainsi tout Français suspect de n'être pas répuljlicain, et d'être légitimiste, orléaniste ou bonapartiste; or, c'est ce qu'en 1848 nous contredisions de la manière la plus formelle et la plus
(1^ OEucres de N.-L. Bonaparte, t. 1, p. 25.
énergique, avec l'adhésion sympathique de tout ce qui, à cette époque, était demeuré bonapartiste, orléaniste ou légitimiste sans oser l'avouer! Les circonstances changent, mais les principes ne changent pas. S'ils changeaient, ils ne seraient pas des principes, ils seraient des expédients. La proscription mutuelle des personnes ou des croyances se décorant du nom de liberté limitée est une liberté dont nous avons toujours nié la légitimité. iNous pensons en l£o3 ce que nous pensions en novembre 1848, lorsque nous écrivions : « La liberté est et doit être l'assurance mutuelle de » tous les partis contre les risques de la politique orageuse ; » aucun ne l'ayant compris, chaque parti à tour de rôle ser- » vira à détruire l'autre, jusqu'à ce qu'ils se soient tous » ainsi successivement éteints. '>
Tous les événements qui se sont succédé depuis Pépoque où nous nous exprimions ainsi, loin d'ébranler en nous cette conviction, n'ont fait que la corroborer encore.
Jamais elle ne fut plus ferme !
Il y a, nous ne Tignorons pas, bon nombre de républicains de la veille qui déplorent qu'on n'ait pas prévenu le 2 décembre 1831 par un 2 décembre 1848, mais c'est là un regret que nous ne saurions partager. Nous croyons, au contraire, qu'un pareil acte eût été la condamnation et la flétrissure de l'idée républicaine. Si l'idée républicaine a survécu dans des cœurs qui, le 24 février, n'étaient pas républicains, c'est qu'elle est restée pure d'une atteinte qui eût subordonné la liberté électorale à « l'utilité sociale. »
Il y a des questions que le Pays et le Constitutionnel. M. Cohen et M. Cauvain, feraient peut-être sagement de s'abstenir de raviver. Que pourront-ils jamais dire de plus que ce qu'a dit le Siècle en faveur de la Nécessité qui n'a qu'à parler et à se montrer pour obliger la Liberté à se taire et à disparaître ?
<i L'État peut être trouble par ce que peuvent dire les journaux ; mais il peut pe'rir par ce qu'ils ne disent pas. Il existe un rem'ede efficace contre leurs exagérations; il n'y en a point contre leur silence. »