NAPOLÉON BONAPARTE
M. Odilon Barrot repousserait-il encore, en janvier 1833, cette proposition que, président du conseil des ministres, il faisait rejeter, en octobre 1849, d'accord avec M. Piscalory, rapporteur de la commission ?
Le 3 mars 1831, nous déposions une proposition tendant A l'abrogation immédiate de toutes les lois d'exception, par suite desquelles une peine aflliclive, infamante ou autre peine qu'il appartient seul au pouvoii' judiciaire de prononcer, est directement appliquée par le pouvoir législatif.
Proposition écartée h l'unanimité par la commission, composée de MM. (le Mérode, Tirlet, Langlais. Raudol, Paulmier, Postel, Salmoii, Coquerel, Denjoy, Corne, Amable Dubois, Vésin, Dufour, Druet-Desvaux, Lopès-Dubec, de Casablanca, Riche, Victor Lefranc, de Vaujuas, Thuriot de la Rozière, Martel, Quentin-Bauchart , Janvier, Chapol, Moulin, L. Lebeuf, Chégaray, de Rességuier, Poujoulat, Léon de Maleville. Seraient-ils encore unanimes?
Proposition combattue en ces termes par M. Anathase Coquerel, rapporteur :
« Les mesures législatives que cette abrogation atteindrait sont les lois (lu 10 avril 1832 et du 26 mai 1848, qui interdisent le séjour de la France aiTX membres des deux branches de la maison de Bourbon, et le décret du 27 juin 1848, qui prononce la transportation des insurgés pris les armes à, la main... D'accord avec le gouvernement, votre commission d'initiative vous propose, à Vunanimité, de ne point prendre la pi'oposition eu considération. »
M. Anathase Coquerel concluerait-il encore ainsi?
Proposition appuyée par M. de La Guéronnière, alors rédacteur de la Presse, aujourd'hui tlirecteur du Pays.
Inutile de demander à M. de La Guéronnière s'il pense encore ce qu'il pensait le 3 mars 1851 ; non, il ne le pense plus ; mais, ce que nous pensions alors, nous le pensons encore, et nous le déclarons au risque de nous attirer les périlleux avertissements du Pays, qui certainement n'eût pas écrit l'article auquel nous répondons s'il eût connu ou s'il n'eût pas oublié ces graves et belles paroles :
« Charles P"", irrité de voir le nombre de ses sujets dimi- » nué, envoya l'ordre d'arrêter, sur la Tamise, tous les » vaisseaux en partance pour l'Amérique. Sur un de ces » vaisseaux qui rentrèrent au port se trouvaient Ludlow, « Hampden et Cromwell. Nul ne peut échapper à sa desli- » née : tout gouvernement condamné à périr périt par les » moyens mêmes qu'il emploie pour se sauver. Espartero » crut, par le bombardement de Barcelone, aftèrmir son " pouvoir; il en sapa les fondements. (1) »
(1) I..-N. BONAPARTE, t. III, p. 85.
L^ENNEMÏ DE I/EMPIRE.
29 janvier 1853.
Tout gouvernement tombe du côté où il penche.
L'expérience a confirmé cet arrêt de la tribune.
Un gouvernement qui s'établit au nom de la liberté doit chercher dans le prompt rétablissement de l'ordre le contrepoids nécessaire à la conservation de son centre de gravité.
Un gouvernement qui s'établit au nom de l'ordre doit (chercher dans le prompt rétablissement de la liberté le contrepoids nécessaire à la conservation de son centre de gravité.
De quel côté est tombé le premier essai de gouvernement républicain tenté en France? — Du côté où il penchait, du côté de la terreur.
De quel côté est tombé le premier essai de gouvernement impérial ? — Du côté où il penchait, du côté de la guerre.
De quel côté est tombé le premier essai de restauration royaliste? — Du côté où il penchait, du côté de rornière creusée par la loi d'aînesse, la loi du sacrilège et la loi d'amour.
De quel côté est tombé le premier essai de gouvernement constitutionnel? — Du côté où il penchait, du côté de la ])olili(|ue personnelle.
L'ENNEMI DE L'EMPIRE. 7o7
De quel eôlé est tombé le second essai de gouvernement républicain? — Du côté où il penchait, du côté des baïonnettes.
De quel côté court le risque de tomber le second essai de gouvernement impérial? — Du côté où il penche, du côté de l'arbitraire qui est à la centralisation ce que le vertige est à l'abîme.
Donc, si l'empire veut durer, ce n'est pas de la liberté ({u'il doit se garder, mais de l'arbitraire.
L'arbitraire est son ennemi naturel et moitel.
NE(1E8S1TË : LIBERTÉ.
5 février 1853.
Le Siècle, qui, luul-puissanl sous la dictature du général Cavaignac, mettait, sans scrupule, la Nécessité au-dessus de la Liberté, met aujourd'hui, sans mémoire, la Liberté au-dessus de la Nécessité; c'est ce que font tous les oppresseurs dès que, par suite delà réaction qu'ils ont provoquée contre eux, ils deviennent opprimés.
Mais laissons parler le Siècle, puisqu'il parle maintenant le langage vrai des principes vrais :
<t C'est au nom du salut public, pour ne pas sortir de notre nation, que le parti d'Armagnac égorgea le parti du duc de Bourgogne; que le parti ilu duc de Bourgogne reprit le sang versé dans les veines du parti d'Armagnac. C'est au nom du salut public qu'Henri III fit assassiner le duc de Guise, et qu'un moine, à son tour, assassina le dernier Valois. C'est au nom du salut public que Danton créa le tribunal révolutionnaire, et que le tribunal révolutionnaire dévora Danton. C'est au nom du salut public que Robespierre frappa la Gironde, et qu'une année après, la faction thermidorienne frappa Robespierre. C'est au uom du salut public que le Directoire appela l'armée à venger la révolution le 18 fructidor, et que Bonaparte, le 18 brumaire, appela l'armée à renverser la révolution. C'est au nom du salut public que l'Europe mit à prix la tète de Napoléon, que la Restauration fusilla le général Mouton-Duvernet, envoya au supplice les frères Fauché, ensevelit des enfants dans l'hécatombe de Grenoble, que Charles X déchira la Charte qu'il avait jurée et noya son parjure dans le sang pendant trois jours, comme pour couvrir un crime par un crime plus horrible encore : ce qui fait que la main de Dieu s'est justement appc-