PLUS DE THEATRES
les poses indécentes qu'elles prennent, aux applaudissement de vieillards dentelles raniment les sens et de jeunes gens dont elles provoquent les désirs !
Non, non ; plus de théâtres ! Gela tranche d'un seul coup toutes les questions que soulèvent ces écoles de dépravation .
En effet :
Plus de représentations auxquelles il est si douloureux de voir des souverains, des ministres, de grands et graves personnages assister en premières loges !
Plus de subventions payées par l'État !
Plus de censure théâtrale !
Plus de primes-Faucher !
Plus d'auteurs dramatiques !
Plus d'acteurs ! plus d'actrices ! plus de danseuses !
Plus de costumes transparents !
Plus de travestissements répréhcnsibles !
Que l'on brûle vraiment de vraies juives sur de vrais bûchers, à la bonne heure ! mais qu'on n'en brûle plus fictivement sur de faux bûchers, comme à l'Opéra !
Il faut être conséquent !
Il ne faut pas être moral à demi !
M. Léon Faucher a mérité la censure de VUnivefs.
Elle est parfaitement juste.
Si elle est fausse, que M. Léon Faucher réponde donc à Bossuet !
7 mars 1853.
Nous ne comprenons plus rien à VUnivers. Hier, il avançait, aujourd'hui il recule devant ses conclusions. Qu'il se prononce donc nettement ! Oui ou non, veut-il qu'on ferme les théâtres ou qu'on les laisse ouverts? Dans ce dernier cas, lesquels?
DISSERTATION D:4VEUGLES.
20 mars 1853.
Le Constitutionnel, le Siècle et VUnion donnent en ce moment à la France le douloureux spectacle d'aveugles se disputant sur les couleurs. Ces trois journaux se disputent sur la liberté.
Le Siècle, ne sachant que répondre à ses contradicteurs, les persifle. Persifler, ce n'est pas répondre. Le S«èc/e a-t- 11, oui ou non, approuvé avant décembre 1848 ce qu'il a blâmé après ? Oui ou non, le Siècle a-t-il approuvé avant décembre 1848 la transportation de Français sans jugement et la suppression de journaux sans procès ?
Il n'est plus permis d'invoquer le nom de la liberté à qui ne sait pas ce que ce nom veut dire. Le Siècle le sait-il ? Si le Siècle le sait, qu'il le dise; si le Siècle ne le ^ait pas. qu'il se taise et renonce à railler la Patrie, le Pays et le Constitutionnel ses frères d'arbitraire. Ceux là qui, en tout temps et sous tous les régimes, contre leurs amis et pour leurs ennemis, ont toujours revendiqué la liberté, ont seuls conservé le droit d'en parler et de la délendre.
DISSERTATION DAVEUGLES. 779
22 mars 1853.
Le Siècle se plaint que nous le confondions avec la Patrie, le Pays et le Constitutionnel. Est-ce notre faute, à nous, s'il n'y a aucune différence entre eux?
Où donc est la différence ?
Que veulent le Constitutionnel, la Patrie et le Pays ? Ils veulent ce qu'ils appellent une « liberté sage. »
Que veut le Siècle ? Il veut ce qu'il appelle, lui aussi, une
Or, qu'est-ce qu'une liberté sage? Qui en est, qui peut en être juge ?
En tout temps, en tout pays, la liberté sage ne fut jamais que la liberté refusée au vaincu par le vainqueur, la liberté pour soi, mais non pour les autres.
Au temps où MM. Thiers et Guizot étaient ministres de S. M. le roi Louis-Philippe, « la liberté sage » consistait à faire condamner le Capitale, journal bonapartiste, \a Gazette de France, journal légitimiste, et le National, iourndil républicain.
Au temps où M. Cavaignac était président du conseil composé de MM. Marie, Senard et Bastide, « la liberté sage >' consistait à suspendre, sans procès, V Assemblée nationale, journal orléaniste, la Gazette de France, journal légitimiste, la Liberté, journal bonapartiste, et enfin la Presse, à qui le Siècle a la naïveté de demander si elle ne se contenterait pas du degré de liberté dont elle a joui jusqu'au 20 décembre 1848? L'ingrat! il oublie que la Presse, \:)ouv la plus grande gloire et le plus grand profit du Siècle, a été suspendue pendant quarante-deux jours, sans motif, sans prétexte, sans avertissement, sans explication.
Au temps où nous écrivons, « la liberté sage » consiste à laisser aux partis déchus le même degré de liberté que chacun d'eux laissait au parti bonapartiste quand il était réputé factieux, poursuivi et condamné comme tcL
C'est de cette «liberté sage» dont nous n'avons jamais voulu, en aucun temps, même alors qu'on condamnait en son nom M. Lamennais et M. Laity, M. Dupoty etM. Genoude, alors qu'on fermait en son nom les maisons des jésuites ou qu'on flétrissait, toujours en son nom, les visiteurs de Belgrave-Square ! Ce que nous blâmons le 22 mars 1853, nous le blâmions le 20 août 1848, lorsque le Sîèc^ç trouvait alors tout simple que le général Cavaignac et ses ministres, MM. Marie, Senard et Bastide, supprimassent la Gazette de France, le Représentant du Peuple et quatroou cinq autres journaux.
Et, parce qu'il plaît au Siècle de brûler, en mars 1853, ce qu'il adorait en août 1848 sous le nom et les traits de la u liberté sage, » le Siècle voudrait que nous le comptassions dans les rangs des défenseurs delà liberté égale pour tous et contre tous ! C'est ce que nous ne pouvons pas faire.
Les grands mots ne nous trompent pas.
Ce que le Siècle appelle liberté sage, la Presse l'appelle intolérance mutuelle.
Or, peu nous importe qu'elle se cache sous le drapeau de l'opposition, ou qu'elle se montre sous le drapeau du pouvoir ! C'est toujours l'intolérance mutuelle, et nous n'en voulons sous aucun drapeau, sous aucun nom, sous aucun masque.
Entre libertés sages, nous ne nous donnons pas l'embarras du choix; l'histoire atteste que toutes se valent.
Mais ce qui vaut mieux qu'un auxiliaire douteux, c'est im adversaire déclaré. Ainsi s'explique pourtjuoi nous préférons voir la liberté attaquée par le Constitutionnel que la liberté défendue parle Siècle.
Au moins le Constitutionnel, le Pays, la Patrie et VUnioJi ne parlent pas au nom de la liberté ; ils parlent au nom de l'autorité, et nous ne sommes pas responsables de ce qu'ils disent.