‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 5)Chapitre 222 sur 231 · LE MONITEUR DE LA LIBERTÉ ABSOLUE · texte numérisé non relu

LE MONITEUR DE LA LIBERTÉ ABSOLUE

25 mars 1853.

Moniteur de la liberté absolue, c'est le litre donné à la Presse^arle Constitutionnel etpm'M. Granier de Cassagnac.

Ce titre, la Presse l'accepte, et sa plus belle récompense sera de l'avoir mérité.

Avant le 24 février 1848, la Presse sous le régime du cens électoral, avait-elle jamais revendiqué la liberté absolue ? Non, elle s'était contentée, en toute occasion, de plaider la cause et les droits de la liberté progressive. La Presse n'a élevé la liberté absolue à la hauteur d'une nécessité inexorable que le lendemain d'une révolution qu'elle avait prévue, prédite, et qu'elle s'était efforcée de prévenir.

Qui niait alors la liberté et ses droits ? — Le parti victorieux.— Qui les revendiquait? — Les partis déchus. C'est la liberté qui les a sauvés, cette même liberté qui les sauvera encore, caria liberté absolue jamais ne se venge et jamais ne se dément. C'est ce qui la caractérise et ne permet pas qu'on la confonde avec l'arbitraire, qui trop souvent emprunte le nom de la liberté. Comment les partis déchus, dès qu'ils ont été rassurés et qu'ils ont pu relever la tête, ont-ils reconnu le service qu'ils devaient à la liberté ? — En la calomniant, en la maudissant, en la frappant, en la mutilant, en l'enchaînant, en la bâillonnant. Hélas ! tous les partis qui se succèdent se ressemblent.

La Presse^ qui, après le 24 février, aux applaudissements (le la France entière, avait déployé contre tous le drapeau de la liberté pour tous, devait-elle, après le 20 décembre, imiter cette lâche ingratitude des partis, et renier ce qui avait fait sa force, j'oserais presque dire sa gloire?

C'est là une question que la Presse ne s'est pas même posée; il n'y que les malhonnêtes gens qui délibèrent s'ils rempliront un devoir ou acquitteront une dette. Mettre en question si l'on trahira son drapeau, c'est déjà le trahir

Et pourquoi la Presse, après avoir passé de la liberté progressive à la liberté définitive, serait-elle retournée de la liberté définitive à la liberté progressive ? L'homme passe de l'adolescence à la maturité; mais passe-t-il de la maturité à l'adolescence ? De même qu'il y a des impossibilités contre nature, il y a des impossibilités contre raison. Le peuple qui retourne de la liberté définitive à la liberté progressive tombe en enfance. Le palais qu'il mérite alors d'habiter est un hôpital d'aliénés.

M. Granier de Cassagnac propose-t-il de replacer les noirs des colonies françaises sous le régime d'esclavage antérieur à février 1848?

La liberté progressive qui succède à la liberté définitive ne peut plus être que la liberté tolérée.

Or, qu'est-ce que la liberté tolérée ?— C'est l'autorité tolérante ; mais si l'autorité tolérante fait place à l'autorité intolérante, que deviendra la liberté tolérée? Quand la liberté est un fait et qu'elle n'est pas un droit, où est la garantie de son existence ?

La liberté que le geôlier mesure à son prisonnier, est-ce la liberté? La liberté que le fort accorde au faible et conséquemment qu'il peut toujours lui retirer, est-ce la liberté? La liberté dont jouissent les victorieux, pour qui elle est une superfluité, et qui est refusée aux vaincus, pour qui elle serait une nécessité, est-ce la liberté? La liberté qui, sous la Restauration de 1815, existait pour la Quotidienne. existait-elle pour le Courrier français? La liberté qui, sous la Monarchie de 1830, existait pour le Journal des Débats.

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