LA RÉPUBLIQUE CONSOLIDÉE
positions, l'une présentée par M. Payer, représentant des Ardennes; Pautre par M. Larahit, représentant de PYonne.
Ces trois propositions ont été examinées dans les bureaux, convoqués à Pefïét de nommer une conuiiission spéciale de quinze membres, qui aura à délibérer sur ces propositions et sur celles qui pourront suivre, puis à rédiger un rapport (jui devra être déposé dans le délai d'un mois.
Quelle débandade !
Quelle déroute !
Quelle défaite!
Quel désastre !
Quel changement d'altitude !
Quel revirement de langage !
Que sont devenus ces fiers légitimistes (|ui criaient si haut : En avant! en avant!
Que sont donc devenus ces l'ougueux bonapartistes, qui l)rétendaient que ce serait tout au plus si l'Assemblée législative aurait le temps de voter la révision, tant serait grande l'impatience populaire ?
Que sont donc devenus ces pauvres oVIéanisles, qui guettaient l'occasion de prendre leur revanche contre la révolution du 24 Février ?
Entrez dans le premier l)ureau : M. de Montalembert termine benoîtement le discours qu'il vient de débiter en faveur de la révision par ces mots :
« Si on empêche la révision, qu'une opinion de plus en plus nombreuse regarde comme un remède, réel ou imaginaire, des maux actuels du pays; si on la rend impossible, après qu'elle aura été votée par la majorité numérique de l'Assemblée, et réclamée par des millions de pétitioimaires, on n'aura fait qu'augmenter l'impopularité de la Constitution et de la République. Elles seront l'une et l'autre emportées par Hot de la réprobation universelle. A^eut on les sauver? il faut ouvrir la porte, autrement elle serait enfoncée. »
Expliquez-vous, monsieur! Vous dites que la Constitution et la République seront l'une et Pautre emportées, et que la « porte sera enfoncée.'^ Ces mots sont graves. Est-ce à dire que si l'on parvenait, à force d'argent, à organiser un 15 mai révisionniste, le i)ouvoir exécutif changé de veiller
sur l'Assemblée el de i;arder la ConsUUiUon laisserait envahir le palais législatil?
Essayez !
Vous menacez ! Menaces vaines ! Nous n'avons pas peur.
Nous sommes les dél'enseurs des droits de trois millions d'électeurs ; ce n'est pas en nous menaçant que vous nous intimiderez: nous avons contre vous le nombre et le droit, et nous vous retournons vos paroles en les appliquant à la loi du 31 mai : « il faut ouvRnt la porte. autre.>ie>t elle
SERAIT enfoncée. »
Vous dites que la Constitution el la République sont impopulaires; ce qui est impopulaire, monsieur, c'est votre œuvre : c'est la capote grise de l'empereur sous la robe noire d'un jésuite ; c'est le renversement de la République rduiaine par la République française; c'est le suffrage universel escobardé !
Sortons du premier bureau el entrons dans le quatrième: M. Creton a la parole ; il parle contre la révision ; il ne veut ni du triomphe des bonapartistes, qu'il appelle avec ironie VÈre des Césars ; ni du triomphe des légitimistes, qu'il considère coumie chimérique ; il serait pour le rétablissement d'une monarchie constitulionnelie, mais la division des partis monarchiques lui pai'ail un infranchissable obstacle; en consé(iuence. il recdunaît (|ue la Ré{)ul)liquc est. quant à présent, la seule forme de gou\ernem(nU i)nssible. M. de Rémusat, le dernier ministre de Tintérieur du roi Louis- Philippe, parle dans le même sens. La République improvisée le 24 Février, acclamée le 4 mai, votée le 7 seplend)i"e, constituée le 4 novembie 1848, n'aui'ait-elle donc pas été imposée à la France?
Du quatrième bureau, d'où nous sortons (1], arrèlons-nous
(1) Au nioment où les nieniljres <lu quatrième bureau allaient avoir à choisir entre M.Jules Favreet M. de lverJrel,qui avait fait connaître franrhemont quelle était la Monarchie dont il désirait le retour, M. Emile de Girardin demanda qu'il lui fut permis de po;cr à M. de Kerdrel cette question :
— M. de Kerdrel croit-il que la Monarchie tiaditionnclle et le sufl'rn^a unjver.-cl puissent exister ensemble '/
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au sopUèiue, où vihre une voix sonore et émue: eeoulez l'oracle du parti légitimiste ; c'est lui ([ui parle par la bouche de M. Berryer.
— Que dit-il?
— Il dit : « La Constitution est la sauvegarde du poijs ; « elle est la garantie de la société. »
— 11 propose donc de la maintenir? —Non; il propose de la reviseï".
— Pounpioi '!
— Parce qu'il \eut que « la France délibère dans la ma- » jesté^ la sincérité de ses vceu.r. «
11 est donc contre la loi du 31 mai 18o0 et pour la loi du 15 mars 1849, contre le sutTrage de fait et pour le suffrage de droit, contre le sufTrage cadet et pour le suffrage aîné? Non, il veut le maintien de la loi du 31 mai, attendu que « cette loi a imposé des conditions qui ne sont pas de la 5) compétence d'une Constituante. »
Est-il possible de pousser plus loin la contradiction des paroles, l'incohérence des principes, la défiance de sa cause ?
Vous croyez (pie la France est légitimiste, — non, vous ne le croyez pas, mais vous le dites, — et votre premier acte est de vous défier de la France, de mettre à l'écart les trois dixièmes des Français majeurs ! Donc , vous savez parfaitement que la France n'est pas légitimiste.
Mais je veux supposer un instant que vous soyez pris au mot; que la révision soit adoptée, et que la loi du 31 mai soit maintenue ; je veux aller plus loin encore, je veux supposer que, sur sept millions d'électeurs domiciliés, quatre millions votent indirectement ou directement pour le rétablissement de la monarchie : de quel droit quatre millions de Français imposeraient-ils leur préférence à six millions
— Certainement, répondit M. de Kerdrel.
— Eh bieii ! reprit M. de Girardin, vous vous abusez : si vous êtes pour le suffrage universel, vous êtes contre la Monarchie traditionnelle, et si vous êtes pour la Monarchie traditionnelle, vous êtes contre le suffrage universel .
Il faut choisir.
de Français également majeurs, savoir : li'ois millions qui auraient voté en sens contraire de la monarchie, et trois millions qui n'auraient pas été consultés? Depuis quand 4 sont-ils la majorité de 10? Vous voulez, dites-vous, que la France délibère dans la majesté, dans la sincérité de ses vœux, et vous commencez par ôter à celte majesté, à cette sincérité, le moyen de se produire! Vous faites ce que ferait le faux monnayeur qui mettrait dans- la circulation des pièces d'or dont il aurait rogné les ti:ois dixièmes.
Comédie !
Comédie encoi'e quand vous avez l'air de demander la révision de la Constitution, car vous vous hâtez d'ajouter : « Je veux le maintien de la Constitution, si eUe n''est pas » LÉGALEMENT revisée. »
Or, vous savez bien qu'il y a plus de 188 voix (jue rien, absolument rien ne pourrait décidera voter la révision , tant qu'il y aura trois millions de Français privés de l'exeicice de leur droit de suffrage, réduits à la position humiliante de majeurs interdits, assujétis à la condition d'ilotes dans un pays libre.
Comédie ! Comédie ! Comédie!
Vous êtes pour la révision, parce que vous savez qu'elle est matériellement impossible; vous êtes pour la loi du 31 mai, parce que vous savez que jamais la France démocratique ne consentira h devenir la France légitimiste.
Maintenant que vous venez d'entendre M. de IVlontalembert, ce croisé de la Jérusalem bonapartiste; M. Creton, ce vaincu de la njonarchie constitutionnelle qui se résigne à la lié|)ul)li({ue (lémocrati(jue ; M. Herryer, ce tacticien consommé «jui masque, le moins mal qu'il peut, la retraite de son parti contraint de marcher en arrière, après avoir crié si haut : En avant ! en avant ! écoutez un instant l\ la porte de chacun des (piinze bureaux : dans tous vous entendrez dire à tous les défenseurs de la monarchie divisée que le moment de son retour n'est |)as encore venu ; vous les entendrez varier sous toutes les formes ce tliènu^ de M. M;)lé :
Si la République est confirmée |)ar la nouNclIe Assem-