‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 5)Chapitre 38 sur 231 · LAUREAU · texte numérisé non relu

LAUREAU

Cette décision solennellenienl signée, nrest envoyée par M. MICHEL GOLDCHALX, oncicn ministre, dont les doubles rapports avec le National et le Siècle ne sont un secret pour personne ; quoique j'eusse quelque sujet de m'étonner de ce revirement subit d'ojjinion et de cette façon un peu brusque de me le notifier, je nie dis : la décision émane de TÉtal-major, il importe d'éviter toute scission. J'insère donc le Manifeste de ces messieurs.

L'insertion a lieu le même jour dans le Siècle, le National, la République et V Événement.

Je devais donc croire qu'il ne serait j)lus désormais question de contre-pétilionncment.

Mais j'avais compté sans le National et la République.

Trois jours après avoir inséré le manifeste Goudchaux, la République et le National font paraître on tête de leurs colonnes un modèle de pétition, et organisent le ccntre-pétitionnement.

Le surlendemain, des membres du dernier conclave électoral, et le représentant, nvapportent une lettre dans le sens de la décision du 22 mai, signée Goudchaux.

Ayant inséré l'une, je ne pouvais ni ne devais écarter l'autre. Je l'admis donc.

Finalement je lis dans la République :

« Une lettre, insérée dans la Presse par sGj)t citoyens, a surpris et affligé tous ceux qui combattent légalement et énergiquenient pour l'abrogation de la loi du 31 mai. Ces sept citoyens prétendent que l'on doit s'abstenir de pétitionner pour le rappel de la loi du suffrage restreint, et ils invoquent à ce sujet une note publiée, il y a déjà quelque temps, dans les journaux, à la suite d'une réunion où assistaient des personnes appartenant, dit-on, aux diverses nuances de l'opinion démocratique. Il peut se faire que la décision dont on parle ait été prise (car nous n'assistions pas à cette réunion) ; mais la situation a change depuis lors,

et d'ailleurs le Peiqile a prononcé, et il est en cette matière beaucoup plus compétent que qui que ce soit. Le Peuple a lu la note adressée naguère à tous les journaux républicains ; mais il paraît qu'il n'a pas voulu s'y associer, puisqu'il a fait faire des pétitions qu'il couvre en ce moment de milliers de signatures. »

Est-il vrfiicpie In siliiiilion ;iil changédii 22 iimi ;ui 16 juin?

En quoi ?

Si la République ivélail pas de l'avis de MM. David (d'Angers), Forestier, Michel Goudchaux, etc., pourquoi publiaitelle leur décision, le 22 mai, en tête de ses colonnes, avec la plus grande solennité ?

C'était ce jour-là que, si on n'approuv^ait pas la décision, on devait la combattre, ou tout au moins la repousser.

Or, c'est ce que n'a pas fait la République ; et, de si prés que j'y regarde, je ne vois de changé dans la situation que le langage du National et de la République.

Ce n'est pas à moi qu'il faut dire : « Le Peuple a pronon- » ce... le Peuple a lu... ^^ Je ne tiens pas cette expression pour plus juste dans les colonnes de la République que dans les colonnes du Constitutionnel.

Ces expressions, que nous avons tous contracté la mauvaise habitude d'employer : « Le Peuple... la France... » n'auront de sens vrai qu'après que le suffrage universel aura acquis le degré de simplification et de certitude qui permettra de consulter le Peuple, la France, dans toutes les circonstances où il importera de connaître la pensée du Peuple, l'opinion de la France.

Aussi le perfectionnement du suffrage universel n'a-t-il cessé d'être, depuis trois ans , Tolijet constant de mes études et de mes travaux.

Jusqu'à ce que ce progrès ait été accompli, il arrivera ce qui arrive en toutes circonstances graves où l'unité serait nécessaire : — les uns conseilleront au peuple la patience, et d'autres la résistance ; ceux-ci l'engageront, ainsi que cela a lieu, au contre-pélitionnement, et ceux-là au nonpétitionnement.

État-major du parti républicain, entendez-vous donc, et

quand vous avez pris une décision, ne prenez pas le surlendemain une décision contraiiv.

C'est le Babélisme 1

30 juin 1851.

M. CliamboUe est l'un des plus énergiques partisans de la loi du 31 mai, de cette loi qui a privé de leur droit de suffrage plus de trois millions d'électeurs ; il demande que « la France >' rétablisse la monarchie . et il ajoute : « Si la France en a la volonté, elle en aura la puissance. »

Je le prie de m'expliquer comment le mantlat donné à 900 représentants par six millions sept cent onze mille électeurs serait plus positif que le mandat qui fut donné, en avril 1848, à 900 représentants par onze millions d'électeurs"? Si la Fra/îcc peut être engagée par ses représentants, qui aura jamais plus de droit de l'engager que l'Assemblée constituante de 1848 ? Le cercle dans lequel M. Chambolle s'est enfermé est un cercle sans issue. Il pourra tourner autour, mais non pas en sortir.

.Te dis à M. Chambolle :

Qu'appelez-vous " la France ? »

Moi j'appelle la France, l'universalité des Français civilement majeurs, aux termes de l'article ^88 du Code civil.

Si on le voulait, rien ne serait plus facile que de consulter la France avec certitude, mais on ne le voudra pas.

Rien ne serait plus facile que de découvrir une issue dans cette impasse, d'oii il semble ;i tous les yeux qu'il n'y ait aucun moyen de sortir.

Mais on veut trouver sans chercher ! On veut voir en fermant les yeux! On veut peser sans balance ! On veut naviguer sans rames, sans voiles, sans vapeur, sans force motrice, sans gouvernail, sans boussole, sans pilote ! Essayez donc seulement d'aller ainsi de Calais à Douvres.

ler juillet 1S31.

Ce que M. A. Chambolle, rédacteur en chef de VOrdre, appelle ida France, y> M. A. de Lavalette, rédacteur en chef (le ['Assemblée nationale, l'appelle a la grande voix du pays.»

Je demande à V Assemblée nationale de définir ce qu'elle entend par « la grande voix du pays. »

Je défie M. Adrien de Lavalette de faire à cette question catégorique une réponse catégorique.

La grande voix du pays, c'est la majorité de l'universalité des Français âgés de vingt-un ans.

Toute autre définition est vide de sens et ne veut absolument rien dire.

Or, M. Guizot s'est déclai'é l'ennemi personnel du suffrage universel. Il n'en veut pas.

Le premier acte de la Fusion . si la Fusion pouvait prendre la place de la République, ce serait de retirer aux 0,711,000 privilégiés de la loi du 31 mai leur privilège, c'està-dire leur droit de suffrage. Le jour où Henri V reviendrait en France avec le concours de M. Guizot, il n'y aurait plus d'électeurs, par cette raison souveraine qu'il ne serait plus possible qu'il y en eûl.

2 juillet 1851.

La lumière se fait autour de celle question : — Que fautil entendre par ces mots :

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