‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 5)Chapitre 40 sur 231 · RÉSIDENCE · texte numérisé non relu

RÉSIDENCE

« Pour être inscrit comme électeur dans une commune, il faut y avoir une résidence de six mois. Toutes dispositions antérieures relatives au domicile politique séparé du domicile réel sont abrogées. Les citoyens qui, depuis moins de six mois, ont changé de résidence, seront admis à se faire inscrire dans la commune où ils résidaient précédemment.

» Néanmoins, si, à raison de l'éloignement, un citoyen ne pouvait, sans dommage ou sans inconvénient pour sa santé, ses affaires, ses moyens d'existence, se rendre dans uu autre département qu'il a quitté depuis peu de temps, il pourra, d'après sa demande, être inscrit sur la liste des électeurs de la commune où il vient de s'établir. >j

Par la disparition de ces facilités données à l'électeur s'explique principalement comment le chiflFre des citoyens majeurs étant, en 1848, de 11,023,189, a été réduit, en 1849, de 1,087,185, et n'a plus été que de 9,936,004 électeurs incrits. L'inscription électorale a eu lieu d'une manière plus stricte en 1849 qu'en 1848, mais aucune atteinte n'a été portée par la loi du 15 mars 1849 au droit consacré par le décret du 5 mars 1848. Voilà ce qu'il est bon que sache mon collègue et confrère M. Chambolle , qui m'accuse de « m'êtrevoué à la recherche de l'absolu. »

Oui, cela est vrai, et c'est là une accusation que je m'honore d'avoir méritée.

Est-ce que la vérité qui n'est pas absolue est la vérité?

Est-ce que l'arithmétique qui n'est pas absolue est l'arithmétique ?

Est-ce que la justice qui n'est pas absolue est la justice?

Est-ce que la balance dont la précision n'est pas absolue est véritablement une balance ?

98 tS51.

Est-ce que M. Chambolle, si je lui rendais 4 fr. 50 c. en monnaie, lorsqu'il me prie de lui changer une pièce de 5 francs, trouverait que je lui rends son compte ?

Chercher l'absolu est le moyen de trouver la vérité.

Je le cherche donc sans relâche.

Oui, il est encore vrai que j'ai dit qu'on ne connaîtrait avec certitude l'opinion de la France qu'après que le système électoral aurait été ramené à l'unité de collège. Mais de ce que j'ai cette conviction profonde, s'ensuit-il qu'il dépende de moi de faire que le passé ne soit pas le passé ? Est-ce que je puis empêcher la monarchie constitutionnelle de 1830 d'avoir été instituée par 219 députés dépourvus de toute qualité, sur 252 votants n'ayant aucun mandat? Estce que je puis empêcher la monarchie traditionnelle de 987 d'avoir été acclamée par 450 barons, dans un petit bourg de Picardie qui se nomme encore Noyon? Est-ce que je puis empêcher que beaucoup de batailles aient eu lieu à l'arme blanche, avant l'invention de l'arme à feu? Est-ce que je puis empêcher que le rouet ait été imaginé avant le métier à filer? Est-ce que je puis empêcher que les relais de poste aient précédé les chemins de fer?

En vérité, M. Glrambolle, lorsqu'il discute, devrait s'appliciuer h le faire moins faiblement. Le temps des lieuxcommuns, dont on se contentait il y a dix ans, est passé. Il faut maintenant aller au fond des questions; il y faut aller sans crainte, car c'est la vérité qui nous mettra tous d'accord. Nul ne conteste que 2 multipliés par 2 ne fassent 4.

Je cherche la vérité, sans préoccupation de parti, sans me demander préalablement si elle sera contraire ou favorable à mes opinions, à mes sympathies, à mes intérêts ; faites tous comme moi : prenez pour devise cette parole de Dante : Cercando il vero.

Lorsque tous cherchent, il y en a toujours un qui trouve.

Le suffrage universel est-il ce qu'il doit et ce qu'il peut être? Telle est la première de toutes les questions.

Discutez ce que je propose ; si vos critiques sont fondées, elles m'éclaireront ; si elles sont vaines, elles m'affermiront.

18 juin 1851.

M. Laurenlie publie, contre le socialisme, un article qui nous a remis en mémoire ces lignes du même écrivain :

<f La foi avait pu s'affaiblir en France, au milieu du mouvement donné aux esprits par le siècle de François I'"', et des brillantes préoccupations où les avait jetés la renaissance des arts.

» Joignez à cette considération, digne d'être appréciée parle vrai philosophe, la connaissance depuis longtemps acquise qui le porte si aisément vers les nouveautés, et ensuite quelques circonstances particulières de cette époque, où l'on vit les ambitions personnelles et les inimitiés politiques déterminer le changement de croyance parmi quelques grands personnages dont l'exemple fut bientôt un entraînement pour le peuple.

)) Enfin, comme l'a remarqué Bossuet, la Réforme, retenue par la vigueur des l'ègnes de François I"" et de Henri II, dut trouver bientôt plus de facilité sous les règnes de François II et de Charles IX. Ces raisons diverses durent accréditer quelque temps les opinions nouvelles dans le royaume de France, et nul doute qu'elles ne s'y fussent établies, si, à défaut de l'autorité religieuse, qui ne leur opposait pas toujours une résistance suffisante, Vautorité civile, suppléant à la faiblesse des consciences, n'eût sauvé la foi de nos pères par la sévérité des lois et par des BIGUEURS que je ne crains pas d'appeler SALUTAIRES (1). »

L'écrivain qui a trouvé de telles paroles pour justifier le

(1) L.v JUSTICE AU xixe SIÈCLE, par M. Laurentie.

100 tS5t.

massacre de 70,000 Français ne peut pas rendre an socialisme un service plus grand que de l'attaquer.

Le socialisme le remercie donc.

Mais le catholicisme ne lui devra pas les mêmes remercînients, car jamais injure plus grande lui fut-elle adressée que celle qui consiste à prétendre que c'est le terrorisme quia sauvé, en France, le catholicisme?

20 juin 1851.

M. Laurentie ne pouvait pas nier qu'il eût écrit ce qu'il avait imprimé et signé ; aussi ne lenie-t-il pas ; seulement, il proteste contre les dix lignes de réflexions dont j'ai fait suivre la citation que j'ai empruntée à son livre intitulé :

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