‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 5)Chapitre 49 sur 231 · LA REACTION DANS LA CREUSE · texte numérisé non relu

LA REACTION DANS LA CREUSE

23 juin 1851.

La garde nationale de Bourganeuf, elle aussi, vient d'être désarmée.

Désarmée par qui ?

Par un ancien ami tout dévoué de M. Ledru-Rollin, par M. Durand Saint-Amand, ancien maire du 1®"" arrondissement de Paris après le 24 février, ancien préfet du Nord, aujourd'hui préfet de la Creuse,

Désarmée pour quoi ?

C'est ce que nul ne saurait dire, à moins cependant que ce ne soit parce que le commandant Doumy, ayant donné sa démission, ce commandement était revenu au plus ancien capitaine, le capitaine Laurent.

Qu'avait donc fait cet officier pour être ainsi frappé de suspicion? — En juin 1848, lors de la malheureuse affaire de Guéret, où il y eut 20 morts et environ 30 blessés, une estafette de Guéret accourut à Bourganeuf pour y demander du secours. Il était minuit moins un quart. A minuit, un détachement partait de Bourganeuf, parcourait 33 kilomètres, et entrait à six heures du matin dans la cour de la préfecture, où il recevait les félicitations les plus chaleureuses de M. Bureau-Destivaud, alors préfet. Ce détachement, exclusivement composé de républicains dévoués, qui allaient maintenir l'ordre pendant que les réactionnaires restaient

couchés dans leur lit, ce détachement, qui le commandait? — Le capitaine Laurent.

Mais ce n'est pas seulement la garde nationale de Bourganeuf qui a été désarmée : la garde nationale d'Aubusson a eu le même sort, en attendant que le tour vienne de désarmer la garde nationale de Guéret.

Ce n'est pas tout encore : la réaction ne se borne pas à désarmer les gardes nationales inoflensives, elle dissout les conseils municipaux coupables de républicanisme ; c'est ce qui vient d"avoir lieu pour le conseil municipal de Sardent, qui, ayant eu à procéder à l'élection de 18 de ses membres, a nommé tous républicains à une immense majorité.

Ce que fait M. Durand Saint-Amand en 1851, sous la présidence de M. L.-N. Bonaparte, c'est ce que firent, sous le gouvernement provisoire, plusieurs commissaires de la même trempe. En mars 1848, je m'élevai contre ces commissaires ; c'est la continuation du même arbitraire que je continue de flétrir en dénonçant à la conscience publique l'intimidation exercée parM. Durand Saint-Amand.

" En arrêtant sa pensée sur la société et sur ses rapports, on est frappé d'une idée générale qui mérite bien d'être ajiprofondie : c'est que presque toutes les institutions civiles ont été faites pour les propriétaires. On est effrayé, en ouvrant le code des lois, de n'y découvrir partout que le témoignage de cette vérité. On dirait qu'un petit nomt)re d'hommes, après s'être partagé la terre, ont fait des lois d'union et de garantie contre la multitude, comme ils auraient mis des abris dans les bois pour se défendre des bêtes sauvages. Cependant, on ose le dire, après avoir établi les lois de propriété, de justice, de liberté, on n'a presque rien fait encore pour la classe la plus nombreuse des citoyens. — Que nous importent vos lois de propriété, pourraient-ils dire; nous ne possédons rien! — vos lois de justice! nous n'avons rien îi défendre ! — vos lois de liberté ! si nous ne travaillons pas demain, nous mourons! »

'neoker. Notes aux Mémoires de Sully.

23 juin 18.31.

En consacrant dans son pieux et évangélique mandement une page entière au soci.\lisme, à ce nom que tous lesjournaux emploient cliaque jour sans savoir ce qu'il signifie, M. l'archevêque de Paris vient de créer la nécessité de définir ce mot avec précision.

SOCIALISME est un mot qui ne se trouve encore dans aucun dictionnaire de la langue française.

Quel mot cependant est plus usité et revient plus souvent

dans toutes les discussions, discussion de salon, discussion d'ateliers, discussion de tribune, discussion de presse.

Un mot qui dit tout est un mot qui ne dit rien.

Il importe donc de faire enfin sortir du vague le mot socialisme , et de lui assigner le véritable sens qui lui appartient.

Socialisme dérive incontestablement de société, comme patriotisme de patrie, libéralisme de liberté, royalisme de royauté, légitimisme de légitimité, rationalisme de raison, républicanisme de république, christianisme de Christ, etc.

Par christianisme, qu'entend-on? — On entend l'observation des préceptes que Jésus-Christ et ses apôtres ont légués aux populations de l'univers et aux générations de l'avenir.

Par socialisme, que doit-on entendre? — On doit entendre l'accord des lois de la société avec les lois de l'humanité, trop souvent en opposition celles-ci avec celles-là.

Si le christianisme est divisé en cathohcisme et en protestantisme, lequel protestantisme se divise à son tour en luthéranisme et en calvinisme, ce qui prouve qu'en toutes choses l'erreur se mêle à la vérité, et qu'il n'est région si élevée où l'autorité et la liberté ne se retrouvent en présence et en lutte, doit-on s'étonnerque les mêmes divisions, que le môme mélange d'erreur et de vérité se trouvent dans le socialisme ?

Le grandreproche que les monarchistes font au socialisme, c'est d'être au communisme ce qu'est le contenant au contenu. Oui, cela est vrai : le socialisme contient le communisme, comme le royalisme contient le despotisme.

De deux choses l'une : ou le communisme est l'erreur, ou il est la vérité ; s'il est l'erreur, l'expérience ne manquera pas d'en faire souverainement justice ; s'il est la vérité, le triomphe en pourra être retardé, mais il ne pourra pas en être empêché.

Le socialisme se résume donc tout entier dans la question de savoir quelles sont les véritables lois de l'Humanité,

œuvie de Dieu, a(in de les appliquer à la Société, œuvre de l'Homme.

Prélendrail-on que ces lois sont découvertes?

Si elles sont découvertes, partout elles doivent être les mômes, car nulle part 2 et 21 ne font 5.

Mais si, au contraire, elles varient à l'infini, selon les temps et les pays, c'est la preuve qu'il reste encore à les trouver.

Les trouvera-t-on en ne les cherchant pas?

L'homme n'est pas infaillible; il ne sait que ce que lui enseigne l'expérience.

Tout vérifier sans prévention ; ne rien condamner sans examen : telle est la méthode à laquelle la science et l'industrie ont dû toutes leurs conquêtes, tous leurs progrès.

Puisque cette méthode, qui est celle de la liberté, a si parfaitement i*éussi à la science appliquée, pourquoi ne pas l'étendre à l'économie sociale et à l'administration publique?

Le périldes révolutions périodiques serait-il donc moindre que le danger des essais successifs ?

Sur une échelle réduite, tout peut se vérifier sans perturbation.

Cette échelle s'offre d'elle-même : c'est la Commune.

Ce qu'un État ne saurait entreprendre sans tout bouleverser, une Commune peut l'essayer sans rien troubler.

C'est ainsi qu'un procédé nouveau ou qu'un mécanisme pei'fectionné passe de la manufacture qui l'a adopté la première à la seconde qui l'imite, de la seconde à la troisième, et ainsi successivement.

Le grand obstacle h tous les progrès sociaux, c'est l'état de communisme administi-atif auquel toutes les communes de France ont été condamnées par un esprit de centralisation qui a éteint en elles toute individualité, et leur impose l'uniformité par la tutelle de l'autorité, au lieu de les laisser se développer par l'action de la liberté.

Ce communisme administratif est ce qui explique tout à la fois la fréquence de nos révolutions et leur impuissance.

Que le communisme s'applique à l'exploitation de la terre,

116 tS51.

OU que, sous les noms de Centralisation, d'Université, de Religion d'Elat, il s'applique à l'administration des communes, à l'accaparement des enfants, à l'asservissement des consciences, je le repousse également, de quelque nom qu'il se couvre et sous quelque forme qu'il se déguise, comme contraire au libre développement humain et social.

Mais ceci n'est qu'une conviction personnelle, que je n'ai nulle prétention d'élever à la hauteur d'une vérité démontrée. Je ne suis qu'un homme; donc, je puis me tromper Je n'ai jamais compris Calvin condamnant au feu comme hérétique Michel Scrvet.

Le socialisme contient le communisme, le phalanstérianisme, etc., au même titre que le christianisme contient le calvinisme, le luthéranisme, etc.

Sous un autre nom, le but que se propose le socialisme est le même que celui que poursuivait le libéralisme ainsi défini par M. Artaud :

<< Le vrai libéralisme représente l'ensemble des croj'ances faites pour diriger des hommes libres ; par conséquent, il se fonde sur une double idée : la foi à la liberté humaine et la foi au progrès; et il a pour but le perfectionnement de l'homme et des sociétés. »

Pour s'en convaincre, il suffit de rapprocher cette définition du vrai libéralisme de celle du vrai socialisme, donnée en ces termes par M. Tarchevèque de Pai'is :

« Mais qu'il soit bien entendu d'abord que nous ne voulons point improuver ici le socialisme véritable, si l'on veut donner ce nom à cette tendance généreuse qui pousse quelques hommes d'un zèle pur et désintéressé à chercher l'amélioration de la société dans ses institutions, dans ses lois, dans ses mœurs, dans le bien-être de tous et particulièrement des classes laborieuses : tendance chrétienne et louable, digne de nos encouragements, quand, ne se réduisant pas à des systèmes et à des phrases, elle cherche sincèrement et avec persévérance les moyens les plus propres à réaliser le pi-ogrès social, en procurant à leurs semblables une plus grande somme de bien, soit de l'ordre moral, soit de l'ordre matériel.

« Les hommes qui sont animés de ce zèle se reconnaissent, du reste, à ce signe, qu'ils veulent perfectionner la société peu à peu, en profitant de tout ce qu'il y a eu de bon dans ies siècles antérieurs, ajoutant sans cesse et lentement le mieux au bien, et ne rejetant que ce que l'expérience a

démontré funeste ou inutile ; agissant, en un mot, pour le développement de la société, comme la nature dans le travail de sa reproduction. »

C'est cxclusivoincnt dans ce sens que j'emploie toujours les mots de socialisme et de socialiste.

Socialisme est le nom générique qui comprend toutes les espèces de socialistes, aussi bien ceux qui sont dans Terreur que ceux qui sont dans la vérité. Toute discussion sérieuse exige donc qu'on distingue entre eux et qu'on appelle chacun d'eux par le nom qui le spécifie.

Telle ol)jeclion l'ondée contre le catholicisme peut ne l'être pas coutre le protestantisme , et alternativement. Quand on parle de christianisme, il faut donc distinguer. De même quand il s'agit de socialisme, car telle objection fondée contre le comnuinisme, qui exclut la liberté, peut ne l'être pas contre le libéralisme, qui repousse la communauté.

Le socialisme, c'est la recherche de l'absolu, en haine de l'arbitraire.

Le socialisme, c'est la science qui enseigne que la société doit être faite à l'image de l'humanité, comme le christianisme est la religion qui enseigne que l'homme a été fait à l'image, de Dieu.

Le socialisme, finalement, c'est Vextinction du paupémme, ainsi définie en mai 1844 par M. L.-N. Bonaparte : « Le » but de tout gouvernement habile doit être de tendre par » ses efforts à ce que l'on puisse dire bientôt : Le triom- » phe du Christianisme a détruit Vesdavage ; le triomphe « de la révolution française a détruit le servage; le triom- » phe des idées démocratiques a détruit le paupérisme. »

Que l'optimisme en finisse donc avec tous ses lieux communs contre le socialisme !

Que l'optimisme attaque les idées fausses, c'est son droit; mais qu'il respecte les tendances généreuses , c'est son devoir!

M. l'archevêque de Paris vient de le lui tracer en attaquant les deux formes du communisme : — la terre nationalement indivise et la terre également partagée, mais en rendant justice au socialisme dont je m'honore d'être

l'un des pionniers, comme j'eusse été fier d'être l'un des matelots à bord du vaisseau qui porla Christophe Colomb.

3 mai 1852.

ViJnioii dénonce à ses lecteurs ce passage du rapport de M. le général Canrobert :

0 J'ai été frappé de l'envaliissement de l'esprit démagogique dans le centre de la France, et le socialisme m'a paru y avoir établi ses principales forteresses dans la Nièvre, le Cher, l'Indre, l'Allier, la Creuse et quelques localités de l'Auvergne et du Limousin. On en trouverait sans doute l'explication, pour les trois premiers départements au moins, dans le peu de morcellement de la propriété foncière et dans cette commode mais bien dangereuse habitude que beaucoup de grands propriétaires ont de ne point s'occuper eux-mêmes de leurs vastes domaines^ dont ils vivent éloignés, et de les livrer à bail à «les entrepreneurs, souvent étrangers à la culture, mais toujours avides, n'ayant d'autre but que de faire rendre au sol le plus possible, sans s'inquiéter de l'appauvrir et d'y exploiter inhumainement les petits habitants de la campagne, qui, ne possédant rien en propre, sont obligés de se plier aux exigences. »

M. Canrobert est bien heureux : premièrement, de n'être pas un écrivain; deuxièmement, que M. Laurentie ne soit pas général, car si les positions eussent été inverses, M. le général Laurcntie eût traduit M. Canrobert devant un conseil de guerre comme socialiste et l'eût fait transporter.

C'est convenu : Quiconque voit un mal et ne ferme pas les yeux est socialiste.

24 mai 18.52.

Pour(]uoi donc les journaux de Paris ressemblent-ils ii la Loire en temps de sécheiesse, fpiand il n'y a plus d"eau, quand il n'y a que du sable, (piand le cours de la navigation est interrompu ? Qu'est-ce donc (|ui iiilcnonii»! et airôte le cours de la discussion cl abaisse le niveau de la |)olémique à ce lamentable éliage? Est-il vrai que ce soit la loi

LE SOCIALlSx\IE. 119

du 17 février 1852, laquelle réglemente ellimile la liberté de discussion? — Non, évidemment non ; quelles sont donc les (fuestions que ne puissent exposer et débattre le Journal des Débats, VL'nion, VAssemblée nationale et même le Siècle? Nous ne parlons pas des journaux voués à la défense du gouvernement : le Constitutionnel, le Pays et la Patrie.

Si la loi du 17 février n'existait pas, que diraient, que pourraient dire de plus le Siècle. VAsse7nblée natioitale, VCnion, le Journal des Débats.

Atta(|ueraient-ils l'acte du 2 décembre ?

— A quoi bon ?

Maintenant l'acte du 2 décembre n'est-il pas couvert par le vote du 20 décembre ?

Alta(]uer l'un ne serait-ce pas attaquer l'autre ; attaquer l'Élu du 10 décembre 1848 ne serait-ce pas attaquer l'Amnistié du 20 décembre 1851, et conséquemment nier le suffrage universel? Que gagnerait-on à nier le suffrage universel, à le discréditer? A sa place que mettrait-on? Quel principe est fondé à se prétendre plus infaillible ? On ne détruit que ce qu'on remplace, a dit l'empereur Napoléon, empruntant ce mot à Danton. Par quoi remplacerait-on le suffrage universel ? — Par !e cens électoral ? — Nous aimons mieux le suffrage universel.— Par l'hérédité? — Nous aimons mieux l'élection.

Si la loi du 17 février 1852 n'existait pas, que diraient et que pourraient dire de plus le Siècle, VAssemblée nationale, VUnion, le Journal des Débats ?

Attaqueraient-ils les ministres ?

— A quoi bon?

Les ministres ne sont plus, dans le jeu de la Constitution, le ressort que faisait mouvoir la détente, que faisait partir la pression de l'opinion publique, le moyen par lequel s'exerçait indirectement la souveraineté nationale. Qu'on critique les ministres ou qu'on les vante : peu importe ! Cela ne chatouille ou n'écorche que l'opinion avantageuse qu'ils peuvent avoir d'eux-mêmes. Quant au régime politique, cela n'y change rien, cela n'y peut rien changer,

120 tS5«.

puisque le présidenl de la République, élu pour dix années, est seul responsable devant le peuple.

Donc, la loi du 17 février 1852 n'existerait pas, que les journaux en question n'en sei'aient ni plus ni moins libres. Est-ce elle qui les empêche de délendre la religion, la famille, la propriété? —Non. Elle les empêche, il est vrai, de dire que tels discoureurs du Corps législatif ont mal, bien ou médiocrement parlé ; mais est-ce qu'elle empêche les journaux de faire de chacun des projets de loi présentés une étude sérieuse, approfondie?

Encore une fois, la loi du 17 février 1852 n'existerait pas, que \e Journal des Débats, VUnion, V Assemblée nationale^ le Siècle, le Pays, le Constitutionnel, la Patrie n'en éprouveraient pas moins cruellement l'embarras de ne savoir que dire! Ce qui les gêne, ce n'est pas la rigueur de la loi du 17 février 1852, c'est l'éclipsé de contradicteurs. La discussion vit de contradiction. Point de contradiction, point de discussion, comme pas d'eau, pas de navigation. Eh bien ! qui est-ce qui n'a pas eu de cesse et point pris de repos qu'il n'y eût plus de contradicteurs ? N'est-ce pas V Assemblée nationale, n'est-ce pas VUnion, n'est-ce pas le Journal des Débats, n'est-ce pas le Pays, n'est-ce pasle Constitutionnel, n'est-ce pas la Patrie, n'est-ce pas même le Siècle? Ces journaux ont rempoi'lé la victoire la plus complète, si complète qu'il ne leur reste plus de combat à livrer qu'aux INSECTES NUISIBLES. Cc soul Ics hanuctons qui ont succédé aux démagogues dans ce que le jai'gon des journalistes désigne par prcmicrs-Pa)-is. Lecleurs, ne riez pas! Ces journaux n'tynt plus le choix des achcrsaires ni des questions. De quoi donc voulez-vous qu'ils ])ai'len( les jours où ils n'ont plus à rendre compte d'une solennité i)ublique, d'un gala municipal, d'une fête ministérielle?

En temps de paix, est-ce qu'officiers et soldats ont le choix de mener une autre vie (]ue la vie de garnison? C'est une vie semblable que mènent aujourd'hui les journaux qui ont survécu à leur victoire. Mais surtout n'allez pas leur parler de creuser les questions !

Creuser les questions! Y pensez- vous? Ce serait s'exposer à trouver le socialisme au fond de chacune d'elles. Horreur! Trois fois horreur !

S'ils creusaient la question du crédit foncier, ils y trouveraient l'usure, cette lèpre qui ronge les populations des campagnes.

S'ils creusaient la question d'impôt, ils y trouveraient la condamnation de l'impôt multiple et de tous les impôts de consommation.

S'ils creusaient le budget, ils y trouveraient la nécessité de réduire considérablement les attributions de l'Etat et de lever l'interdit administratif qui pèse sur les communes.

Quelque question qu'ils abordassent, il en serait ainsi de toutes les questions, car, en résumé, qu'est-ce que le socialisme?

— Le socialisme, c'est le fond des choses; c'est même là ce qui explique pourquoi il s'y trouve beaucoup de lie.

!'•'■ juin 1852.

Quel intérêt le Constitutionnel peut-il donc avoir à appeler l'assassinat, le vol , le viol autrement que par leur noms? Appeler des assassins assassins, des voleurs voleurs , des malfaiteurs malfaiteurs, est-ce donc moins que de les appeler socialistes ? Quel avantage y a-t-il à couvrir d'un nom sur lequel on ne s'entend pas des choses sur lesquelles tout le monde s'entend pour les condamner et les flétrir ?

M. Henri Cauvain, qui signe, dans le Constitutionnel , un article pompeusement et faussement intitulé : le socialisme EN ACTION, n'élait-il pas, en 1848, ce qu'on appelait socialiste, nom qu'on s'honorait alors et justement de porter, car il était l'opposé de terroriste?

En mars 1848, M. Henri Cauvain ne demandait-il pas « qu'on ouvrît Tère de la fraternité en assui'ant au tra-

» vaillew, par des institutions 'nouvelles., le bien-être au- » qiiel il a droit et la place qui lui est due au foyer de la » famille? »

En mars 1848, M. Henri Cauvain ne demandait-il pas « qu'on assurât à tous une instruction morale et pratique y> qui permît à la République de profiter de l'intelligence et « du génie de tous ses enfants ? »

En mars 1848, M. Henri Cauvain ne demandait-il pas « qu'on établit une nouvelle organisation judiciaire enhar- » manie avec les principes républicains ? »

En mars 1848, M. Henri Cauvain ne demandait-il pas « qu'on RÉORGANISÂT l'impot, qu'ou diminuût les gros trai- » tements, qu'on rétablît l'équilibre des budgets ? »

M.Henri Cauvain, socialiste en 1848, était-il donc un assassin, un pillard, un gaillard voulant violer les femmes au nom de l'émeute victorieuse, et ne se contentant pas de les séduire par les agréments irrésistibles de sa personne? Finissons-en donc avec ces vagues appellations qui entretiennent les méprises, qui honorent ce qu'il faut flétrir, qui flétrissent ce qu'il faut honorer.

Il faut flétrir les malfaiteurs et les vauriens qui, pour se déguiser et cacher leur infamie, se parent d'une cocarde, arborent un drapeau ; il faut leur arracher ce drapeau et cette cocarde et leur visiter l'épaule; mais il faut honorer tous ceux qui cherchent, se trompassent-ils , comment on peut améliorer le sort de tous ceux qui pâtissent. Si ces chercheurs se nomment socialistes, c'est un nom sur lequel on n'a pas plus le droit, en 1852, de déverser le mépris et d'égarer l'opinion, qu'on ne possédait ce droit, en 1813, lorsque le nom de bonapartiste était infligé à tous les vaincus de Waterloo comme synonyme de brigand. Après loul, le Tacite du Constitutionnel n'en dira jamais, sur les socialistes, plus ([ue n'en a dit l(> Tacite de l'antiquité sur les chréli(>ns. iorscpiMI parlait on ces termes de l'incendie de Rome, dont Néron élait l'auteur :

« l'ouv iippuiser la rumeur, Néron supposa des coupables et frappa de

poiiie.> cruelles ces hommes fjui^ rendus ODIEUX par leur infamie, sont vulgairement appelés chrcttens. Ce nom leur vient de Christus, qui, sons le règne do Tibère, fut envoyé au supplice par le procurateur Pontius Pilatus. Réprimée pour un moment, cette funeste superstition renaissait sans cesse, non seulement en Judée, berceau de ce »na/, mais dans Rome même, oh tout ce qu'il y a de honteux et d'ATKOCE afflue et est honoré. On arrêta d'abord ceux qui se déclaraient, et, par leurs aveux, on convainquit une multitude de gens, non pas d'avoir mis le feu à la ville, mais d'être animés de la haine du genre humain. »

M. Henri Caiivain et le Constitutionnel peuvent manquer de mémoire et de justice ; quant à nous, jamais nous n'oubiiei'ons que les premières invocations à la concorde , à l'oui)li, au respect des opinions, au respect des personnes, au respect des propriétés privées et publiques furent, dès le lendemain du 24 février, rédigées et signées, les unes par M. Victor Considérant, les autres par M. Cabet, imprimées et placardées à grand nombre sur tous les murs de Paris, contre lesquels «les flots de peuple se pressaient pour lire ces appels à la raison. M. Cabet est à Londres, M. Considérant est à Bruxelles, l'un et l'autre proscrits ; c'est un motif de plus pour que nous rappelions, en 1852, ce qu'ils ont fait, en 1848, afin de détourner le terrorisme et d'opérer une diversion à la force par l'idée.

Et quand vous aurez avili, détruit le mot de socialisme, sous quel nom, maître Cauvain, désignerez-vous les généreuses tendances qui, de 1832 à 1846, inspirèrent si abondamment les trois volumes intitulés : ceuvres de louis-napoléon BONAPARTE? Quol titre porte la première page du premier de ces trois volumes, le savez-vous? Si vous l'ignorez, nous allons vous l'apprendre; elle porte le titre de : RÊVERIES POLITIQUES, et mérite qu'on vous la fasse lire, car vraisemblablement vous ne l'avez pas lue :

« IJépoque où nous vivons est faite pour développer les facultés comme pour encourager tous les amours-propres. La liberté de la presse permettant à chacun de faire connaître ses opinions, on écrit aujourd'hui ce qu'on se serait contenté de penser autrefois, et la persuasion d'un meilleur avenir stimule toutes les capacités, quelque faibles qu'elles soient.

1) Une des raisons qui engagent les patriotes à écrire, c'est le désir ardent d'améliorer la condition des peuples ; car si l'on jette un coup d'œil

sur les destinées des diverses nations, on recule d'épouvante et l'on élève alors la voix pour défendre les droits de la raison et de l'humanité. En effet, que voit-on partout? Le bien-être de tous sacrifié, non aux besoins, mais aux caprices d'un petit nombre. Partout deux partis en présence : l'un qui marche vers l'avenir pour atteindre l'utile; l'autre qui se cramponne au passé pour conserver les abus. Là, on voit un despote qui opprime ; ici, un élu du peuple qui corrompt; là, un peuple esclave qui meurt pour acquérir son indépendance; ici, un peuple libre qui languit parce qu'on lui dérobe sa victoire.

» Là où il n'y a pas eu de révolution, il est aisé de comprendre que le pouvoir soit rétif aux innovations et s'entoure de privilèges; mais là où il y a eu révolution, là où le peuple a renversé un pouvoir odieux pour ramener la gloire et la liberté, voir les vaincus profiter de la victoire, étouffer l'enthousiasme et relever ce que le peuple avait détruit dans sa colère, c'est ce qui surpasse l'imagination et ce qui doit servir de leçon à la postérité. Le plus difficile n'est pas d'acquérir la liberté, c'est de la conserver, et comment la conserver lorsque ceux qui devraient la défendre l'attaquent sans cesse ? Ce n'est plus seulement la force brutale qui commande ou la trahison qui tue, c'est un esprit de doctrine qui détruit tout germe vital. C'est cet esprit qui, peu inquiet de l'honneur de la France, a tout abandonné à la peur d'anarchie qui n'était point à craindre, ou d'une guerre que nous ne pouvions redouter. C'est une fausse idée d'utilité que celle qui sacrifie mille avantage réels pour un inconvénient imaginaire ou de peu d'importance. Elle tendrait donc à priver les hommes du feu, parce qu'il incendie, et de l'eau parce qu'elle inonde. Ah! pourquoi la belle révolution de Juillet a-t-elle été fiétrie par des hommes qui, redoutant de planter l'arbre de la liberté, ne veulent qu'en greffer des rameaux 8ur un tronc que les siècles ont pourri, et dont la civilisation ne veut plus !

» Le malaise général qu'on remarque en Europe vient du peu de confiance que les peuples ont en leurs souverains. Tous ont promis, aucun n'a tenu. Les besoins que la civilisation fait naître se font sentir dans tous les pays; partout les peuples demandent, partout les rois i-efusent. »

Mnître C;iuvain,qiie ponsez-vous de cetlre première pa.e;e fin premier volume, triinscrite sans y retrancher un mot? On ne dira pas que nous avons choisi entre les volumes et les pages, nous avons pris le premier volume et la première page. Avez-vous jamais lu seulement celle-là ? Ah! flatter l'auteur sans le lire lui plairait-il donc plus que de le lire sans le flatter? Nous ne savons pas ; mais ce que nous savons, c'est que nous sommes resté fidèle, en 1852, à ces idées si profondément vraies et si parfaitement exprimées. Noti'e Elu du 10 décembre , c'est l'auteur de ces trois vo-

lumPs; il n'y a qu'à les ouvrir pour y trouver le programme de la politique la plus généreuse et la plus sensée, la plus sage et la plus hardie. 11 a manqué à cette politique d'avoir d'autres conseillers et d'autres ministres.

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