‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 5)Chapitre 50 sur 231 · LA FOI DANS TAVENIR · texte numérisé non relu

LA FOI DANS TAVENIR

Le jury de la Seine a rendu un verdict qui est la condamnation de tous les fonctionnaires qui ont abusé ou qui abuseraient de leurs fonctions pour exercer ou tenter d'exercer une pression politique quelconque sur l'esprit de leurs administrés.

Le jury a considéré que de la part des fonctionnaires le moindre abus d'influence constituait un fait grave qui portait atteinte à leur honneur et à leur considération.

En conséquence, pour la simple imputation de ce fait, insuffisamment prouvé, et quoiqu'il fût démontré qu'elle avait eu lieu avec la plus entière bonne foi et dans l'intérêt politique le plus élevé, malgré le plus admirable plaidoyer de M® Crémieux, le jury a déclaré coupables le gérant de VEvénement, l'auteur de l'article et même le gérant de la Presse, lequel s'était borné à la simple et passive reproduction de l'article. Par suite de ce verdict, la cour a condamné l'auteur de l'article à deux mois de prison et à oÛO francs d'amende, le gérant de VÉvénement à un mois de prison et h 500 francs d'amende, le gérant de la Presse ii quinze jours de prison et h 300 francs d'amende.

Le soldat qui, à la veille d'une \ictoire, reçoit sur le champ de bataille une nouvelle blessure, soull're et ne se plaint pas. Nous ferons comme lui ; nous nous abstiendrons

de toute plainte. Nous avons foi dans l'avenir dont nous portons le drapeau ; nous saurons attendre que la liberté ait cessé, en France, d'être une guerre et y soit devenue une conquête.

Plus nous aurons soufi'ert pour elle, et plus le lendemain de son triomphe nous aurons acquis de droits de protéger ceux qui, après avoir essayé de nous abattre, l'invoqueront de nouveau les mains jointes, comme leur unique lefuge.

Souffrons donc afin d'amasserdes trésors de magnanimité !

Us ne seront pas inutiles.

Il n'y a pas'de jour où nous ne recevions de tous les points de la France vingt lettres, au moins, les unes remplies de détails qu'on nous donne sur tout ce qui est mis en œuvre en faveur de la révision de la Constitution et de la prorogation du Président, les autres nous signalant d'inqualifiables excès de pouvoir, celles-ci se plaignant d'arrestations arbitraires, celles-là de la violation de toutes les garanties de la justice, etc., etc., etc. Ceux de nos correspondants qui liront le procès qui a été intenté à V Événement et auquel la Presse a été rattachée comprendront pourquoi leurs lettres entrent dans nos cartons et n'en sortent pas. C'est qu'il ne reste plus, en France, qu'une seule liberté : la liberté du silence.

Sachons en profiter pour arriver jusqu'en 1852 !

Page 1