JULES MARTINET
LE MANIFESTE DE 1848 Eï LE MESSAGE DE 1850. 129
Les explications de M. de Giijtrdin seront fort simples. La pièce à laquelle M. de Girardin a fait allusion est intitulée : M.\NIFESTE.
En voici le titre textuel :
a On s'est beaucoup occupé du manifeste que devait faire PARAITRE M. Louis-Napoléon. Le silence qu'il a gardé jusqu'à
CE JOUR A ÉTÉ LOUÉ PAR LES UNS , BLÂMÉ PAR LES AUTRES. MaIS ce manifeste EST , DEPUIS LONGTEMPS , TOUT FAIT , ET A PRÉ- CÉDÉ LES CIRCONSTANCES ACTUELLES. LoUIS-NaPOLÉON N'a PAS A LE PUBLIER : NOUS LE TROUVONS DANS SES ŒUVRE?. »
Ce manifeste, que M. de Girardin a déployé à la tribune, se compose d'une grande feuille autographiée.
Il ne porte aucun nom d'imprimeur.
Il n'a pas été déposé à la direction de la librairie.
Il est donc dans toute la justesse du mot : une publication clandestine, et il en réunit si bien tous les caractères, qu'un candidat à la présidence qui voudraitfaire,en 1851, ce qu'a pu faire impunément en 1848 M. Louis-Napoléon Bonaparte, serait aujourd'hui condamné à 5,000 fr. d'amende, pnuiomission de nom d'imprimeur et défaut de déclaration.
C'est ce que ne contestera pas M. Léon Faucher, ministre de l'intérieur.
VOnlre s'étonne que le Manifeste de novembre 1848 n'ait pas été produit devant la cour d'assises, pour justifier le Message de novembre 1850, qu'on est convenu d'appeler le « faux message». L'Ord/'e n'eût pas exprimé cet étonnement s'il se fût souvenu que le président des assises, M. d'Esparbès de Lussan, refusa d'accorder à M. de Girardin l'autorisation que M. Victor Hugo avait obtenue de M. Partarrieu- Lafosse.Non seulement M. d'Esparbès de Lussan ne permit pas à M. de Girardin d'assister M. Nefftzer comme défenseur, mais, rigueur inusitée! il ne lui permit même pas, à l'audience, de s'asseoir sur le banc de la défense, qui resta vide.
Ce double fait est constaté dans la Presse du 19 novembre.
Ce que M. de Girardin a dit à la tribune, dans la séance du 23 juin 1851, il avait déjà tenté de le dire à la tribune
en novembre 1850; mais, à ce moment, on était sous l'impression des derniers mots du Message présidentiel, et la majorité ne voulut pas laisser parler M. de Girardin; elle ne lui permit même pas d'en lire quelques passages.
C'est à ce manifeste remis, en 1848, à la Presse que la Presse donna son énergique concours.
Maintenant, que l'on compare la po1itif|ue promise et la politique suivie :
L'élu du 10 décembre « marche-l-il à la tête des idées? »
Ou « marche-t-il à leur suite? »
Ou, enfin, « marche-t-il contre elles? »
Si, égaré par des traîtres, il marche contre elles, après avoir solennellement promis de marcher à leur tète, la Presse n'était-elle pas pleinement dans son droit de lui rappeler en novembre 1830, sous le nom de Message, le Manifeste de novembre 1848?
C'est pourtant ce grand crime que M. Nefftzer expie dans la prison de la Conciergerie, par un an de captivité !
C'est ainsi qu'il a été tenu compte, en novembre 1830, de l'énergique appui obtenu de la Presse en novembre 1848!
Qu'en pense VOrdrc, qui a interpellé M. de Girardin?
2(; juin 1851.
DU DROIT DE PÉTITION : Tel est le litre sous lequel le Xational cjnii)at ropinion de la Presse. Les raisons qu'il donne sont celles-ci :
« Nous avons répondu au discours de M. de Girardin (1), prononcé à la tribune, que l'abus ne prouve pas contre le droit. Il ne dépend pas, grâce à Dieu, du gouvernement actuel de diminuer la puissance et la sainteté des principes en les tournant contre la liberté. Nous répondons à présent à l'article publié dans le journal, qu'il n'y a, dans l'exercice du droit de pétition, aucun abaissement, aucune abdication, aucun oubli de la souveraineté populaire. Le peuple est souverain , sans doute; mais ce souverain exerce-t-il direcleinent sa souveraineté'^ non ; d'où il suit qu'en exprimant ses vœux aux mandataires qu'il s'est choisis, il ne fait rien que de juste, de rationnel et de convenable.