A RIEN
OÙ donc y a-t-il là une conlriuliction ? Le peu de cas que je fais du droit de pétition n'y est-il pas assez clairement indiqué ?
Raisonnablement, sérieusement, (jucl cas pourrais-je en laire?
Est-ce que les o77,000 pétitions déposées contre le projet de loi qui est devenu la loi du 31 mai en ont empêché le vole, relardé la promulgation?
Est-ce que les nomljrcuses pétitions que j'ai déposées, ayant pour objet de demander la rélorms de l'impôt ont seulement obtenu depuis un an l'honneur d'un rapport?
Est-ce que les 8 ou 900,000 signatures apposées au bas des pétitions qui réclament ou invoquent la révision ébranleront la résolution des 188 représentants de qui dépend le sort de la révision?
Soyez donc conséquents!
Si c'est pour se compter qu'on veut contrc-pétitionner, je n'y ai aucune olnection.
Si c'est pour atlester que, s'il y a des citoyens qui demandent la révision de la Constitution, il y en a d'autres en nombre égal, supérieur ou moindre, qui demandent l'abrogation de la loi du 31 mai, je n'y ai encore aucune objection ; et la preuve, c'est que je viens de déposer une pétition couverte de plus de mille signatures de commerçants et d'industriels de Paris.
Mais cela prouve-t-il que le droit de pétition ait aucune utilité, aucune valeur, lorsque tout citoyen âgé de ving-un ans est électeur, et que tout représentant du peuple peut exercer le droit d'initiative ?
Prouvez-moi donc (jue le droit de pétition ail servi à quelque chose depuis qu'il s'exerce !
Quel al)us invétéré a-t-il réformé!
Quelle idée juste a-l-il fait prévaloir?
Quelle cause sainte a-l-il l'ail triompher?
J'oubliais : il a servi, le 15 mai 1848, à compromettre la révolution el h République; 'il sert aujourd'hui à tromper l'opinion publique el le chef du gouvernement, à agiter les populations intimidées par les préfets, les sous-préfets, les maires, les juges de paix, les gendarmes, les gardesehampètres, les percepteurs, les agens voyers, etc., etc.
Contre 500,000 fonctionnaires obéissant aux ordres de M. Léon Faucher et mettant tout en mouvement, que pouvezvous faire? — Vous compter!
Après?
30 juin 1851.
La liépublique me répond par la voix de M. Ad.Guéroult :
« Voilà quinze ans que^I. de Givardin se sert du journalisme avec un talent supérieur. Quel abus invétéré a~t-il réformé? Quelle idée juste a t-il fait prévaloir ? Quelle cause sainle a- t-il fait triompher? A-t-il envie pour cela de briser sa plume et de déclarer que les journaux ne sont bons à rien?
» Il en est du droit de pétition comme de la presse, comme de la tribune, comme du régime parlementaire et du suffrage universel : il peut servir au mal comme au bien. Ce n'est qu'un véhicule qui transporte indifféremment la rérilé et l'erreur. Nos adversaires s'en sont servis pour propager l'erreur : servons-nous-en pour faire triompher la vérité. »
La République aurait raison de répondre que le droit de pétition est « un véhicule qui transporte indifféremment la vérité et Verreur » si les deux roues du véhicule étaient égales ; mais elles ne le sont pas.
Ainsi, j'ai sous les yeux deux lettres : l'une est datée de Corbiron (Doubs), l'autre est datée de Voyenne (Somme).
A Corbiron (Doubs), M. Max Cattin, ancien notaire, s'est vu enlever des mains, par un brigadier de gendarmerie, une pétition qui se couvrait de signatures et qui était conçue en ces termes :
« Au nom de la République, an nom de la Constitution, au nom de la souveraineté du peuple,
» Au nom du suffrage universel,
» Et dans l'intérêt de la tranquillité publique,
» Les soussignés demandent le rappel de la loi du 31 mai.
» Et ce sera justice, et surtout prudence. »
A Voyenne (Somme) , M. Cremery est poursuivi par le procureur de la République pour avoir gardé une pétition en faveur de la révision, que lui présentait le garde-champêtre de la commune, pétition dont la commission de révision aura à faire vérifier les signatures.
Ainsi, dans le Doubs, l'autorité s'oppose à ce qu'on signe les pétitions qui ontpour objet le rétablissementdu suffrage universel ; tandis que, dans la Somme, l'autorité prend sous sa protection la plus zélée les pétitions qui ontpour objet la révision de la Constitution. Les armes sont-elles égales? Mais ce côté de la question est le petit côté; le côté large est celui qui se découvre en ces termes :
Ou le droit de pétition a de la valeur en hii-même, ou il n'en a aucune ; s'il n'en a aucune, pourquoi contre-pétitionner? Si, au contraire, on lui attribue, on lui reconnaît une grande importance, dans quelle position place-t-on les 188 représentants du peuple qui voteront contre la révision, malgré 900,000 signatures apposées au bas de pétitions demandant cette révision?
La liéimblique eût peut-être mieux fait de garder le silence que de provoquer cette réponse sous forme de question.
2 juillet 1851.
Le 22 mai 1851, la République publie solennellementen tête de ses colonnes une proclamation, un manifeste signé David (d'Angers), Forestier, ex-colonel de la 6° légion, Michel Gaudchaux, ancien ministre, L. Martin, Laureau, faisant connaître ce qui suit :
•' 11 a été DÉCIDÉ qu'il ne serait pa> domu' suite au projet do former un comité de péiitionnement général. »
La République, apparemment, trouve la décision excellente et valable, puisqu'elle ne la combat pas.
Huit jours après, la République se ravise et déclare qu'il faut pétitionner.
Chose curieuse! Après cet inexplicable revirement, c'est la Presse que la République accuse d'avoir changé du noir au blanc :
Premièrement, parce que le 15 mai 1850 la Presse a pris l'initiativ^e d'une pétition dont les frais lui ont coûté la somme de 5,500 francs, encaissée par le fisc;
Deuxièmement, parce que le 18 mai la Presse a imprimé : « On pétitionne, contre-pétitionnons. »
La Presse a raconté dans quelles circonstances et h quelles considérations d'entente cordiale elle avait cédé en imprimant la ligne qui précède et qui était suivie de celleci : « A quoi serviront leurs pétitions ? — a rien. »
Serait-il donc nécessaire de rappeler à la République que la décisii n du 22 mai , promulguée par le Siècle et le National, a suivi et non précédé Tarticle du 18 mai ?
Oui, cela est vrai, le 15 mai 1850 la Presse a imprimé en marge de ses colonnes la pétition suivante , qu'on n'accusera pas d'avoir fait prendre une posture humble au Peuple souverain :
(I Représentants du peuple, » Le manrlataire qui anéantit le droit du mandant détruit son mandat. » Voilà le principe; tirez en la conséquence.
V Sachez-le : voter le projet de loi électoral qui vous est présenté, c'est » voter la loi sur laquelle un décret s'appuiera pour prononcer votre dis- )) solution, et déclarer que vous avez cessé d'être la représentation fidèle » de la majorité électorale.
» La loi-Baroche est, sous une autre forme, la proposition-Râteau. » Le rédacteur en chef de la Presse,
» EMILE DE GIBARDIN. ))
Pétitionner ainsi, est-ce pétitionner?
En moins de dix jours, cet avertissement sous forme obligée de pétition était couvert de 124,000 signatures, plus du cinquième et près du quart des 577,000 signatures recueillies malgré le procès intenté, dès le 17 mai. à la Presse.
Eh bien! celte pélition contre une loi qui n'existait encore qu'en projet, qu'a-t-elle produit? Quel accueil a-t-elle reçu de la majorité ? A quoi a-t-elle servi? — A faire persécuter les signataires et à compromettre la souveraineté du peuple.
La République prétend que ce qu'elle cherche, « c'est h » faire aux représentants de l'opposition une excellente po- » silion en leur permettant de s'appuyer , pour repousser » la révision, sur une manifestation d'opinion coiUraire qui » égale en nombre et qui dépasse en autorité morale la ma- » nifestation révisionnaire. »
Peine inutile I précaution superflue ! Les représentants qui siègent sur les bancs de l'opposition ont pour rempart infranchissable les 3 millions 200,000 Français que la loi du 31 mai a privés de leur droit de sulTrage, expropriés de leur part de souveraineté, réduits de la position de majeurs a celle d^interdits, et qualifiés de vagabonds.
Trois millions de Français! Que peut-on vouloir de plus? La République et le National parvinssent-ils à récolter 900,000 signatures de pétitionnaires, quelle force cela ajouterait-il à la position inexpugnable que la loi du 31 mai a faite aux représentants du peuple qui rejetteront la révision de la Constitution , car ils ne sauraient. la voter sans trahison et sans déshonneur?
ARISTIDE OLLIVIER
26 juin 185 1.
L'idée neuve, pacificatrice el féconde de la liberté par la liberté^ au lieu de l'idée vieille, violente et stérile de la liberté par la terreur, vient de faire une irréparable perte dans lu personne d'Aristide Ollivier. jeune écrivain qui avait quitté Paris, il y a peu de mois, pour aller prendre la rédaction -en chef du journal de l'Hérault : le Suffrage universel.
C'était un noble démocrate ! Coeur vaillant, esprit généreux, imagination ardente, raison froide, convictions profondes, ox)inions probes, foi démocratique à toute épreuve.
Arbitrairement arrêté, il avait passé , en 1830, plusieurs semaines dans la prison de Mazas , sous la fausse inculpation d'association illicite. Gravement injurié par un journal légitimiste de Montpellier, VÉcho du Midi, un excès de susceptibilité lui a fait oublier qu'il se devait au triomphe de la grande cause de la liberté par la liberté; il s'est battu, et il a été tué en même temps qu'il venait de blesser mortellement son adversaire.
il n"avait pas le droit de se battre !
L'armée de la liberté par la liberté, dont il était l'un des plus brillants officiers, a besoin de tous ses soldats ; elle en
aura besoin surtout le lendemain du jour où la réaction aura succombé sous le poids de l'impuissance et de l'iniquité.
11 existe un ordre du jour célèbre du général Bonaparte contre le suicide ; il déclare que tout soldat qui se tue est un soldat qui déserte ; la môme expression de déserteur pourrait et devrait s'appliquer à tout soldat de la cause démocratique qui se bat en duel et s'expose ainsi à faire un vide dans les rangs, quand il est si important de les serrer.
La liberté par la liberté ne doit pas avoir seulement pour effet de prévenir les révolutions, mais encore de mettre fin et aux guerres qui sont les duels de nation à nation, et aux duels qui sont les guerres d'individu à individu.
Ni duels, ni guerres, ni révolutions ; — Voilà trois points qu'avait parfaitement compris et pleinement admis Aristide OUivier , dans les divers entretiens que j'avais eus avec lui à la suite du dernier conclave électoral de Paris, dont il faisait partie, et où il avait, conjointement avec M. Deville, le fils de l'ancien constituant, soutenu très vivement ma candidature, quoique je ne les connusse ni l'un ni l'autre.
C'est donc un véritable ami politique dont j'ai le deuil à porter et que je perds dans Aristide OUivier; perte irréparable, je n'hésite pas à le répéter, car les partisans de la liberté par la liberté^ quoique de jour en jour plus nombreux, sont trop rares encore.
Du moins, que l'exemple que nous lègue Aristide OUivier nous serve à tous pour nous rendre plus forts contre l'entraînement malheureux des susceptibilités personnelles.
Ce que la foi chrétienne enseigne, le mépris des injures, la foi démocratique doit l'appliquer.
Le numéro du Suffrage universel^ arrivé à Paris, porte la date de Montpellier, samedi 21 juin 1851.11 est antérieur à la mort de son rédacteur en chef, dont il publie trois articles : En tète de ce nmuéro se trouve ce qu'on va lire :
'( J'ai été insulté plusicnirs fois dans YÈvho du Midi. Ne pouvant relc-
ARISTIDE OLLIVIER. 141
ver les insolences d'un homme qui, par sa situation, ne peut rendre raison de ses provocations, le 17 juin, j'ai sommé VEvIw du Midi « de donner
» LES NOMS d'hommes HONORABLES , ACCEPTANT LA SOLIDARITÉ DE » CES ATTAQUES. »
» Dans VEcho du Midi du 20 juin, j'ai trouvé la lettre suivante :
" iMontpellier, le 18 juin 1851.
Il M. Escande, rédacteur de TÉcho du Midi,
» Abonnés de VEcho du Midi, nous nous faisons un devoir de vous donner un te'moign;ige d'approbation pour la ligne de conduite que vous avez constamment tenue.
" Agi-e'ez, etc.
Il VICTOR ANDuzE; BODCHÉ ; L. DE RODEz-BÉNAVEKT, membre du conseil gcîne'i-al et du conseil municipal ; félix dcpin, membre du conseil d'arrondissement; cjnstantin de dax, membre du conseil municipal, ancien capitaine aux dragons de la garde; faejon; de pernel, ancien commandant; feknand de gikesïous ; Grégoire, colonel en retraite, membre du conseil municipal ; grenier, capitaine retraité, membre du conseil municipal; j. de saint-juékt; a. de saintjuekï; ACHILLE KUHNUoLTZ, membre du conseil municipal ; a. de langlade; GABRIEL DE PAUL, membre du conseil général et du conseil municipal. »
« J'ai aussitôt prié deux de mes amis de se rendre auprès de l'un des plus jeunes signataires, ex-officier de cavalerie. Après quelques conférences avec les témoins de ce dernier, la note suivante a été rédigée :
11 M. Aristide Ollivier ayant fait demander par témoins a l'un des signataires de la lettre insérée dans le numéro 145 de VEcho du Midi, du vendredi 20 juin, si l'intention de ces derniers était d'accepter la solidarité de la polémique personnelle élevée entre M. Escande et M. Ollivier, il lui a été répondu que les signataires de ladite lettre n'avaient nullement entendu accepter cette solidarité ou se substituer "a M. Escande.
Il M. Aristide Ollivier déclare à son tour retirer le mot de lâches dont il s'est servi dans le numéro 1-30 du Suffrage universel, du mardi 17 juin, parce que dèslors il no saurait être appliqué à ces messieurs. ;i Montpellier, le 20 juin 1851.
Il GABRIEL de PACL. GUSTAVE RATMONO,