‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 5)Chapitre 74 sur 231 · LE VENT DES RÉVOLUTIONS · texte numérisé non relu

LE VENT DES RÉVOLUTIONS

Il juillet 1851.

Le rapport de M. de Tocqueville, au nom de la commission de révision, fera relire avec intérêt les paroles qu'il prononça à la tribune de l'Assemblée constituante le 12 septembre 1848, paroles qui expliquent parfaitement comment les révolutions sont effet et cause :

M. DE TOCQUEVILLE : « Avais-je la faiblesse d'esprit de croire que les révolutions s'approchaient parce que tel ou tel homme était au pouvoir, parce que tel ou tel incident de la vie politique agitait un instant le pays? Non, messieurs. Ce qui me faisait croire que les révolutions approchaient, ce qui, en effet, a produit la révolution était ceci ; Je m'apercevais que, par une dérogation profonde aux principes les plus sacrés que la révolution française avait répandus dans le monde, le pouvoir, l'influence, les honneurs, la vie, pour ainsi dire, avaient été resserrés dans les limites tellement étroites d'une seule classe, qu'il n'y avait pas un pays dans le monde qui présentât un seul exemple semblable; même dans l'aristocratique Angleterre le peuple prenait une part, sinon complètement directe, au moins considérable, quoique indirecte, aux affaires; s'il ne votait pas lui-même (et il votait souvent), il faisait du moins entendre sa voix, il faisait connaître sa volonté à ceux qui gouvernaient ; ils étaient entendus de lui et lui d'eux.

» Ici, rien de pareil. Je le répète, tous les droits, tout le pouvoir, toute l'influence, tous les honneurs, la vie politique tout entière était renfermée dans le sein d'une classe extrêmement étroite.

» Je voyais que, dans le sein de cette petite classe privilégiée, il arrivait que la vie publique s'éteignait, q\ie la corruption gagnait tous les jours.

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