HOTEL ET PRISON
l<-' août 1851.
Un jeune écrivjtiu d'un rare lalciil improvise, sous l'empire (l'une vive et louable émotion, un article où la guillotine reçoit un coup qui la fait chanceler et crier.
Ce jeune écrivain est condamné, par suite de cet ai (irlcct pour ce délit de lèse-guillotine, à dix mois de prison.
Ce jeune écrivain, qui aura vingt-et-unans avant l^niDls de mai 1852, se nomme Charles Hugo.
Pendant qu'il en est ainsi, en l'an III de la deuxième République française, un autre écrivain qui, en d'autres temps, n'avait pas traité la peine de mort avec plus de rév.îrence, devenu, grâce à la révolution du 24 février 1848, niinistn; de rintérieur, encourt, le l'i mai 184Î). l.i condamnation suivante :
" L'Assemblée nationale, blâmant la dépêche télégraphique du 12 mai, adressée aux département par le ministre de l'intérieur, passe à l'ordre du jour. »
Malgré la .sévérité de cette condamnation, a peine est-il rendu au ministère qu'il tombe en récidive et encourt, le 21 juillet 1851, une seconde conrlamnation. non moins méritée. conçue en ces termes :
« L'Assemblée nationale, tout en regrettant que, dans quelques localités, l'administration ait, contrairement à son devoir, usé de son influence pour exciter les citoyens à pétitionner, ordonne le dépôt, au bureau d';s renseignements, des pétitions demandant la révi.->ion légale. » X, 14
-2iO 1851.
Cet écrivain, qui, avant d'être minisire, avait combattu pour la liberté, attaqué l'iniquité des impôts, démontré l'exagération des budgets, démandé la réciprocité des échanges, dénoncé l'égoïsme de la bourgeoisie, exposé les souffrances et les privations du peuple, célébré la République dans les termes les plus enthousiastes, cet écrivain renégat, ce ministre condamné deux fois se nomme Léon Faucher.
M. Charles Hugo, frappé par un ariêt, expie la générosité de ses sentiments au fond d'un cachot de la Conciergerie, où il a été écroué.
M. Léon Faucher, flétri par deux condamnations, les brave au ministère de l'intérieur, où il persiste à trôner.
Il dit dédaigneusement que les deux Assen)blées qui l'ont condamné ont eu tort; mais il ajoute doctoralement que les jurés qui ont condamné M. Charles Hugo ont eu raison.
Tel est le personnage.