‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 5)Chapitre 84 sur 231 · LA LOT INVISIBLE · texte numérisé non relu

LA LOT INVISIBLE

6 noût 1851.

C'est demain 6 août 1851 que le gérant du Siècle, M. Sougère, et l'un de ses principaux rédacteurs, M. Louis Jourdan, comparaîtront devant le jury. Je ne sais pas exprimer une espérance que je n'ai point; je ne sais pas afficher une confiance qui n'est pas en moi ; la liberté n'existe plus en France.

Preuves :

La Presse a deux de ses gérants sous les verroux de la Conciergerie. VÉvéïiement y a un de ses gérants et deux de ses rédacteurs. L'ancien rédacteur en chef du Peuple, M. Proudhon, l'un des écrivains éminents de notre temps, est enterré depuis plus de deux ans dans un cachot. C'est par miracle que les écrivains de V Assemblée nationale ont échappé à une condamnation sous le coup de laquelle est tombé l'un des deux principaux rédacteurs du Messager de l'Assemblée, etc., etc., etc.

Le Siècle doit donc s'attendre à aller tenir compagnie à VÉvénem^ent, à la Presse, au Peuple, au Messager de V Assemblée, etc., etc. Aucun journal indépendant ne doit s'abuser par une trompeuse illusion ; heureusement, le suffrage

universel sera en 1852, au jury de 1849, de 1850 et de 1851, ce que la cour d'appel est au tribunal d'inslance. Il n'y a plus que quelques mois à attendre.

Patience.

Aucune foi n'a triomphé sans martyr, et peut-être M. Louis-Napoléon Bonaparte ne serait-il pas aujourd'hui président de la République s'il n'avait pas été enfermé pendant sept ans à Ham.

En lisant dans le Siècle le plaidoyer de M. Senard, il est une réflexion que je ne pouvais écarter, ot dont je ne crois pas inutile de faire part à mes électeurs.

Je me disais : Cet habile avocat, qui revendique avec tant de vigueur et de souplesse les droits de la presse, et qui s'appelle M® Senard, serait-ce le même homme que l'ancien président de l'Assemblée nationale, qui tolérait, le 25 juin 1848, qu'un firman suspendît, sans jugement, six journaux? Serait-ce le même homme que l'ancien ministre de l'intérieur, qui, le 20 août 1848, suspendait, également sans jugement, la Gazette de Fronce et le Représentant du Peuple ?

Oui, c'est le même homme qui vient aujourd'hui relever le cadavre auquel il porta le premier et le plus rude coup.

Cette année, c'est M. Senard, c'est M. Marie qui subissent cette juste expiation; plus tard, ce sera le lour de M. Baroche, ce sera celui de M. ïlouher.

Ils auront perdu leurs portefeuilles de ministres, ils auront repris leurs robes d'avocats ; ils viendront i-evendiquer les droits de la presse, dans l'intérêt de quelque bonapartiste déchu et irrité qui sera accusé devant le jury de les avoir outrepassés.

M. Suin, s'il porte encore la parole, sera inexorable pouileur client.

LA LOI LNVISIBLE. 213

Toiles sont les vicissitudes de la politique, lorsqu'elle no repose sur aucun principe, lorsqu'il n'y a que l'Arbitraire régnant sous ce nom menteur : — liberté réglementée.

En août 1848, j'ai prédit à MM. Cavaignac, Senard et Marie ce qui leur arriverait; en août 1851, je prédis à MM. Bonaparte, Baroche et Rouher ce qui leur arrivera.

.< Je ne me plains nullement de L'INCONVENANTE SIMPLICITÉ DE MA demeure; mais ce dont Je me plains, cest d'être victime de mesures vexatoires inutiles a ma sûreté'.

1) Tous les besoins journaliers du sei'vice sont soumis

aux investigations les plus minutieuses; -les soins du

ji]ns /idéle serviteur auquel il ait été permis de me

suiire sont entrave's par des obstacles de tous genres. »

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