LES BRAVES DE LA VEILLE ET DU LENDEMAIN
13 août 1851.
VAssemblée nationale provoque l'Opposition en langage superbe ; je demanderai à VAssemblée nationale, dirigée par MM. Guizot, Duchâtel, Salvandy, où étaient le 24 février :
M. Guizot,
M. Duchâtel,
M. de Salvandy,
M. le général Trézel,
M. de Montebello,
M. Jayr,
M. Duinon,
M. Cunin-Gridaine,
M. Hébert?
Lorsqu'on est doué de tant de courage, on ne se cache pas, on ne se sauve pas, on ne déserte pas sa cause, on n'abandonne pas son drapeau : on se retranche dans laconcience de son droit, et, s'il le faut, on se fait tuer.
J'invite VAssemblée nationale abaisser le ton.
Ce ton ne lui sied pas.
11 n'est ni convenable ni prudent; car si 1848 n'est pas loin, 1852 est moins loin encore.
OUS'ARRETERA-T-ON?
14 août 1851.
Nous sommes bien loin de 1848 !
Les grands hommes de la réaction, étourdis, effrayés par la révolution qui avait si facilement renversé le gouvernement de 1830, opposèrent le drapeau de la liberté, de l'indépendance indiviiluelle, du respect de la pi'opriété, aux tendances communistes , despotiques , parfois absurdes . d'une imperceptible minorité du parti républicain ; ils furent habiles et ils parvinrent, avec un bonheur inouï, à reconquérir le pouvoir.
Maîtres du pouvoir, ils ont frappé toutes nos libertés avec hypocrisie d'abord, avec fureur plus tard. Aucune liberté n'a échappé aux coups redoublés de la réaction.
L'expérience sera complète.
Voici deux nouveaux exploits de la réaction.
M. Beaumc, imprimeur à Toulon (Varl, a vendu, pour 6,000 h'., son matéiiel d'imprimerie h M. Beaumé, avec promesse par lui faite de faire transmettre à M. Beaumé son brevet d'imprimeur. En attendant raccomplissoment de cette promesse, M. Beaumé, ouvrier intelligent et laboi'ieux, a dirigé, en qualité de gérant, l'imprimerie de M. Beaumé,
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et, sous la respons;tljilito de celui-ci, comme il avait déjà dirigé de ftiit et pendaut six ans l'imprimerie de M. Aurel, rédacteur du Toulonnais. On a laissé M. Beaumé libre de vivre, en travaillant, pendant dix mois, malgré la prospérité de son établissement; malheureusement pourM. Beaumé, il a osé, sous la République, publier un journal républicain : la Démocratie du Var. Il n'a pas tardé à apprendre que, sous la présidence du 10 décembre 1848, il n'est pas sans péril d'être républicain, et de travailler ostensiblement pour la défense de la République. L'administration s'est empressée de lui intenter un procès : M. Beaumé est aujourd'hui suus l'inculpation d'imprimerie clandestine.
D'imprimerie clandestine !
Et voici ce qu'on lit dans une consultation de M. Charles Bessat, avocat et membre du conseil général du Yar :
a Aucun imprimé n'est sorti desdites presses sans qu'au préalable la déclaration et le dépôt voulus par la loi de 1814 n'eussent été faits. Le sieur Beaumé est en possession de tous les récépissés, au nombre de 47, émanés de M. le préfet du Vtir, qui, au vœu de la loi, a transmis l'un des exemplaires au dépôt général de la librairie, à Paris, et a visé ainsi, à 47 reprises différentes, le directeur général de cette administration. »
Dans la même consultation se trouve un récépissé du préfet du Var confirmant ce qui précède :
PRÉFECTrRE DU DÉPARTEMENT DU VAR.
Imprimerie et librairie. — Récépissé.
« Le préfet du Var certifie avoir reçu de M. Beaumé, imprimeur à Toulon, une déclaration, en date du 8 août 1850, portant qu'il est dans l'intention d'imprimer à exemplaires, pour le compte )) Draguignan, le 14 août 1850.
» Le préfet :
» Le conseiller Je préfecture secrétaire-général, n Signé : noton. »
Voilà comment l'on comprend et l'on protège la liberté du travail, formellement consacrée par la Constitution! Jusqu'où ira-t-on? où s'arrètera-t-on ?
§iO 1831.
14 août 1851.
M. Leboyer est l'un de ceux qui ont le plus activement concouru, en 1848, à l'élection de M. Eugène Rouher, car alors l'homme de la catastrophe était, ou se disait républicain. M. Rouher est devenu ministre, et M. Leboyer est resté imprimeur... et républicain comme devant. C'est un crime aux yeux de son ancien protégé, aujourd'hui chef de la justice; un crime plus grand, c'est d'imprimer le seul journal d'opposition qui se publie dans le Puy-de-Dôme, VEcla ireu r républicain .
Briser les presses séditieuses de M. Leboyer comme celles de MM. Proux et Boulé, serait chose assez difficile en Auvergne, où la garde nationale se croit appelée à protéger, non à détruire la propriété. On ne saccagera donc pas les ateliers de M. Leboyer, mais on tâchera de les fermer au moyen d'un procès. Voici comment on s'y prendra ; nous citons le mémoire de M. Jules Favre, auquel ont adhéré M>L Grévy, Crémieux, E. Arago, Reymond, Rollinat, Farconnet et Henri Nouguier :
« Le 17 avril 1851, M. Leboyer déposa, suivant son usage, à la souspréfecture de Riom, une déclaration d'impression pour un placard intitulé : La Crise financière^ par Auguste Gaillard. Le lendemain 18 avril, il déposa un exemplaire de ce placard tant au parquet de M. le procureur de laUépublique qu'à la sous-préfecture. Les prescriptions de la loi avaient donc été observées. Au surplus, il paraissait fort surperflu de s'en inquiéter. L'auteur ayant donné contre-ordre, M. Leboyer ne publia point et ne fit point afficlier ses placards.
» Cependant, par exploit du 2t; mai 1851, "M . Leboyer fut cité devant le tribunal correctionnel de Riom comme convaincu « d'avoir fait simulta- « nément, le 18 avril 1851, la double déclaration d'impre>sion et de dépôt » du placard intitulé : La Crise financière, et de s'être mis en contraven- » tion à l'article 14 de la loi du 21 octobre 1811, qui exige une première » déclaration préalable à l'impression, puis ensuite la déclaration du dé- » pût de l'imprimé. » Le tribunal a considéré cette contravention comme constante et condamné M. Leboyer. Il n'a point cherché à contester le défaut de publication et la bonne foi de l'inculpé, mais il a proclamé que ces deux circonstances étaient indifférentes. 11 a ajouté que l'accomplis-
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sèment des formalités l(^gales ne peut être constaté que par la représentation des récépissés réguliers ; que M. Lebo^er ne fait pas cette représentation, et que les deux déclarations proiluites par la préfecture du Puy-de- Dôme, bien qu'elles portent la date, l'une du 17, l'autre du 18 avril, sont toutes les deux timbrées du 19 ; qu'il en résulte que c'est ce jour et simultanément qu'ont été faites les deux déclarations.
» Sur quoi s'est appuyé le tribunal pour condamner M. Leboyer ? Uniquement sur le timbre placé par un concierge de la préfecture du Puyde-Dôme au pied de la déclaration d'impression ; ce timbre porte la date du ]9 avril. Donc, disent les juges de Riom, la déclaration n'a été faite que le 19 avril, en même temps que la déclaration de dépôt. Or, les pièce- produites par M. Leboyer établissaient de la manière la plus incontestable la fausseté de la date du 19 avril 1851 indiquée par la préfecture. D'abord, l'exemp'aire de la déclaration d'impression est daté par M. Leboyer du 17 avril, et la déclaration de dépôt est du lendemain 18.
» Mais j'oubliais, ajoute M'^ Jules Favre, de mentionner une circonstance très grave qui ajoute à toutes les preuves accumulées ci-dessus, et rend la condamnation de M. Leboj-er inexplicable. Cette condamnation a été prononcée parce qu'il aurait fait \e~ deux déclarations d'impresr-ion et de dépôt simultanément le 19 avril. On a déjà établi, avec le récipissé du parquet, que la déclaration du dépôt a eu lieu le 18. liais voici que l'assignation elle-même proteste contre le jugement. l! y est dit que M. Leboyer s'est mis en contravention avec la loi de 1814, en faisant les deux déclarations le dix-huit avril. Ainsi, la condamnation donne un démenti à l'assertion de l'accusateur lui-même.
» ]\I. le procureur de la Pvépublique dit : Les deux déclarations ont é.té faites le 18 avril, et il en sait quelque chose, pour la déclaration de dépôt au moins, son registre et sa signature l'attestent. Mais comme la préfecture n'a timbré que le 19, le tribunal écarte la signature, le registre, l'assignation de M. le procureur de la République. Il s'agit d'un fait matériel, et les faits matériels disparaissent à ses yeux ; il ne veut plus admettre que l'allégation intéressée de M. le pi-éfet demandant un arrêt pour arracher un brevet et fermer la bouche à des adversaires politiques. Estce là une décision digne de la justice? »
L'écrit imprimé par M. Leboyer porte son nom et son adresse d'imprimeur.
Que reproche -t-on donc à M. Leboyer?
On ne lui reproche pas d'avoir omis son nom et son adresse.
On ne lui reproche point de n'avoir pas effectué le dépôt exigé par la loi du 21 octobre 1814.
On ne lui reproche point de n'avoir pas fait la déclaration exigée par la susdite Ini.