ANGLETERRE ET FRANCE
Le 28 février, le même gouvernenicnl . sous les mêmes inspiralions. proclame :
« Qu'il est temps de mettre un tenue aux longues et init^ues tonffrmices fies travailleurs ;
n Que la question du travail est d'une importance suprême, etc.;
» Qu'une commission permanente, qui s'appellera Commission de GoitveniemeiU pour les travailleurs, est nommée :ivec mission expresse et spéciale de s'occuper de leur sort. »
Le 2 mars, sans laisser le temps à cette commission d'éliidier la question et de proposer une solution, le gouvernement se liàle de décréler ce qui suit :
« Considérant qu'un travail manuel trop prolongé, non-ieulernent ruine la santé du travailleur, mais encore, l'empêchant de cultiver son intelligence, porte atteinte à la dignité de l'homme..., la journée de travail est diminuée d'une heure. »
Le 3 mars, nouveau décret ainsi conçu :
« La durée du travail effectif dans Paris et la banlieue est tixée à dix heures pour toutes les professions. »
Le 5 avril, autre décret établissant la pénalité suivante :
« Tout chef d'atelier qui exigera de ses ouvriers plus de dix heures de travail effectif sera puni d'une amende de 50 à 100 francs pour la première fois, de 100 à 200 francs en cas de récidive, et, s'il y avait double récidive, d'un emprisonnement qui pourrait aller de un à six mois. »
Depuis ce dernier décret, deux mois ne se sont pas encore écoulés, et ce terme a suffi pour que le travail scit pleinement désorganisé. Perturbation dans toutes les transactions antérieures, ruine des fabriques, fermeture des ateliers, voilà ce que nous avions prévu, voilà ce que constate le décret inséré, aujourd'hui 5 juin 1848, au Moniteur :
Le considérant de ce décret mérite qu'on s'y arrêle :
« Considérant que le travail des ateliers nationaux est devenu improductif ; que son maintien, dans les conditions actuelles, serait en contradiction avec une bonne administration de la fortune publique, avec le retour de l'ordre et la reprise des opérations industrielles ou commerciales; qu'il serait «rie aumône déguisée
)i Les ouvriers séjournant depuis moins de trois mois dans le département de la Seine, et qui n'y justifieront pas de leurs moyens d'existence, rcce\Tont pour eux et leur famille une feuille de route avec indemnité de
déplacement, dont partie sera payée pendant la trajet et partie au lieu de leur destination. »
Fiez-vous donc aux proclamations et aux décrets ! Rapprochez donc le décret du 25 février du décret du 30 mai, publié le 5 juin 1848!
Eh bien ! c'est à ce double sceau de la déception et de l'inconséquence que sont marquées toutes les mesures décrétées depuis le 25 février par le Gouvernement provisoire de la République improvisée.
Malheureuse France ! heureuse Angleterre !
Aveugles qui n'ont pas vu que dans V^ge du coton et sous le règne de la vapeur, les gouvernements n'étaient plus que de vastes ateliers, les nations d'immenses fabriques, et que la suppression d'une heure de travail n'était pas moins désastreuse qu'à une autre époque la perte d'une bataille ou d'une province !
Cette erreur nous coûte déjà bien cher ; elle nous coûtera plus cher encore.
Au temps où nous vivons, une nation ruinée est une puissance déchue.