HOMMES ET GRA.NDES CHOSES
Ce titre exprime une pensée fausse.
Les choses ne sont pas aussi grandes qu'elles le paraissent; les hommes ne sont pas aussi petits qu'on le dit.
Mettez un homme en présence d'un bloc de pierre, il ne pourra le soulever.
Donnez-lui un leviei ou une scie ; avec le levier il le soulèvera, avec la scie il le divisera.
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Ce qui manque aux hommes qui s'efTuiceiil en ee moment de soulever ce bloc autour duquel ils s'agitent en vain, ce qui leur manque, c'est un levier et une scie, c'està-dire la puissance qui organise et le savoir qui divise.
Le National, la /?e/b?TOe, et tous les journaux de l'opposition à la suite, ont longtemps soutenu, contrairement à notre opinion, que la réforme était ce levier.
A l'œuvre on a vu ce levier! Sa puissance est jugée.
M. Pagnêrre est un républicain de la veille ; c'était un de ces rigides puritains qui combattaient énergiquement le cumul avant le 24 février 1848.
Si le républicain reste, à coup sur le puritain s'est tout à fait évanoui.
En elTet, M. Pagnêrre aujourd'hui ne remplit pas moins (le cinq fonctions publiques différentes.
Il est :
1° Secrétaire général du pouvoir exécutif;
2° Membre irresponsable du conseil des ministres, puisqu'il prend part à ses travaux avec voix délibérative ;
3° Maire du 10® arrondissement ;
4° Directeur du Comptoir national d'escompte;
5° Représentant du peuple.
Ajoutez à cela que M. Pagnêrre est à la télé d'une librailie importante.
Nous n'examinerons pas si M. Pagnêrre est au niveau ou au-dessous de cette quintuple tâche, à laquelle ne suffirait pas même un homme supérieur, mais enfin le cumul, et surtout le cumul de cinq positions publiques, n'esl-il p]us scandaleux comme il l'était avant la République ?
Parce qu'il s'exerce au profit de telle ou telle coterie, le cumul n'est-il plus contraire au principe mémo d'un Étal sincèrement démocratique ?
A M. Pagnêrre de répondre.
Et si par hasard M. Pagnêrre. ex-puritain, oubliait ses
opinions, ses principes de la veille, nous l'engagerions à relire l'article : cumul inséré dans le Dictionnaire politique, excellent ouvrage publié par M. Pagnerre, éditeur.
Cette lecture rappellerait à M. Pagnerre que le cumul était l'un des abus les plus attaqués sous le gouvernement déchu; il comprendrait que le cumul est, tout simplement, de la réaction.
Et M. Pagnerre ne voudrait pas être traité de réactionnaire, car aujourd'hui, il le sait bien, pour certain parti, réactio7inaire équivaut au mot de suspect, mot qu'on n'a pas encore osé faire revivre; mais patience ! tout vient avec le temps.
Qui donc nous avait dit que de tous les républicains de la veille en mesure de prétendre à la présidence de l'Assemblée nationale, M. Bûchez était le plus capable et le plus ferme ? — Il faut convenir que si l'éloge est vrai en ce (jui concerne personnellement M. Bûchez, il n'est pas flatteur en ce qui concerne collectivement les républicains de la veille, car la journée du lo mai est loin d'avoir fait briller d'un vif éclat la fermeté du président soumis demain à la réélection.
C'est vainement que M. Bûchez a allégué pour sa justification, que l'ordre donné par lui, le 15 mai, de ne pas battre le rappel, il l'avait écrit à dessein sur des petits chiffons de papier tels qu'ils ne dussent inspirer aucune confiance ; s'il a, en effet, pris cette précaution minutieuse, il faut convenir qu'elle n'a pas eu un grand succès ; mais il paraît que l'allégation serait au moins suspecte d'exactitude, et qu'à certain dossier se trouveraient joints des ordres de ne pas battre le rappel, ordres écrits par M. Bûchez sur grand papier à tête imprimée.
Ce que nous pouvons affirmer, parce que nous avons vu et tenu la lettre, c'est qu'avant l'invasion de la salle, M. Bûchez avait été prévenu par une missive signée Garnier- Pagès, dans laquelle celui-ci recommandait expressément
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au président de la Chambre tle ne donner aucun ordre qui empêchât de battre le rappel.
Cette lettre a été trouvée sur le bureau du président par un des témoins de l'invasion.
Elle existe.
L'Assemblée réélira-t-elle demain M. Bûchez ?
Pourquoi pas? Qui pourrait-elle choisir de plus capable et de plus ferme parmi les républicains de la veille?
Voici à quoi ils font servir l'armée :
« J'ai reçu hier une ordonnance à cheval qui est venue » me porter la profession de foi du citoyen Flotard. J'ai dû » donner un reçu. N'est-ce pas abuser étrangement des » chevaux, des soldats et du cachet de l'Hôtel-de-Ville?
« Chaque instituteur communal a reçu deux affiches, avec " prière de les coller à la porte de Pécole. Comment trou- » vez-vous les moyens employés par le citoyen Flotard? Il » veut la fin : tous les moyens lui paraissent bons.
» GAVOY,
» rue de Ponthieu. »
Qu'eussent dit les Républicains de naissance si la monarchie eût ainsi fait servir l'armée à porter des professions de foi par des ordonnances ?
Nous n'avons rien à dire sur l'arrêté qui place le château des Tuileries sous l'autorité exclusive du général Clément Thomas, commandant supérieur de la garde nationale de Paris. Mais nous ne ferons ici que nous rendre l'écho de l'opinion de la grande majorité de la garde nationale de la Seine en insistant sur la nécessité d'assimiler, quant au mode de nomination, le commandant supérieur aux colonels des légions.
Poui'quoi une exception au ])rincipe de l'éleclion?
Est-ce que c'est la commission du pouvoir exécutif qui nomme le président de l'Assemblée nationale ? — Non ; eh bien donc! pourquoi la garde nationale, qui élit tous ses officiers, n'élirait-elle pas son commandant supérieur? S'il y a une bonne raison pour qu'il en soit autrement, nous serons curieux de la connaître.
En donnant ainsi démentis sur démentis à tous leurs principes par tous leurs actes, encore une fois, où nous mène-t-on? où nous mènent-ils?
Nous l'avons dit, il y a trois mois, et aujourd'hui l'écho nous renvoie de toutes parts notre cri d'alarme;
On nous mène :
A l'entier anéantissement du travail:
A l'extinction du crédit ;
A la ruine du commerce ;
A la misère ;
A la banqueroute ;
A la guerre civile :
Au pillage ;
Au massacre;
Au despotisme ;
A la décadence.
Tels sont Jes fruits portés par une seule tige — L'incapacité présomptueuse !
L\4BNÉGATI0N EN POLITIQUE.
19 juin 1848.
Le Bien public, organe tle^M. de Lamartine, érige en principe que « la première vertu e» politique est fabnéf/atioii. »
Oui et non.
Oui, (juand cette abnégation est le dévoûment dans la force.
Non, (|uan(l cette ai)négalion est le dévoûment dans la l'ai blesse.
Oui, quand cette abnégation s'appelle Washington.
Non, quand cette abnégation s'appelle Lafayette.