juin
L'éclio de M. de Lamartine, le Bien public, nous répond :
« La Presse convient avec nous que la première vertu en politique, c'est l'abnégation; mais elle distingue avec raison entre l'abnégation dans la tbrce et l'abnégation dans la faiblesse, entre Lafayette et Washington.
» La distinction de la Presse est juste, et ce n'est pas nous qui la contesterons. Mais il y a deux natures de force : la force qui est dans la volonté, et la force qui est dans les événements.
» Que demande-t-on aux hommes qui depuis le 24 Février ont dirigé le gouvernement du pays ?
» Est-ce cette force de l'intelligence, du piitriotisuie et do lu raison qui
se produit dans la mesure de l'activité humaine et procède régulièrement, graduellement, en mettant pierre sur pierre, à la réédification du pouvoir et de. la société ?
» Est-ce cette force surluimnine, née de l'imprévu, donnée par le hasard, et qui fait surgir tout à coup l'œuvre du temps, d'une crise ou d'une révolution ?
» Si la Presse entend que le gouvernement fasse tous les miracles, émette cent idées par heure, improvise les constitutions, aplanisse tous les obstacles, arrive d'un seul bond au but dont nous sommes séparés par les préjugés, par la routine, par l'antagonisme des intérêts, si la Presse entend ainsi la foi'ce, elle a certainement raison : cette force n'est pas celle des hommes qui ont dévoué leur vie à la fondation de la République.
» Mais si leur force est dans la patience, dans la modération, dans l'activité incessante du patriotisme et de la raison, pour écarter les abus du passé, pour préparer les pi'ogrès de l'avenir et les institutions du présent, pour améliorer les conditions de la vie du peuple, pour prévenir la guerre civile, pour dissoudre l'anarchie, pour ramener la paix et la confiance du peuple ; en un mot, si la force est le triomphe pacifique, sans un coup de fusil tiré, sans une goutte de sang versé, de la révolution honnête et libérale, il est permis aux hommes qui ont accompli cette œuvre glorieuse, au milieu de tant de difficultés et de périls, de se dire forts et de renvoyer à d'autres l'accusation de faiblesse.
•v Prenons garde de confondre la force avec la violence. Danton fut sans doute un homme fort. Il marcha d'un pas résolu dans sa route; mais on sait comment il triomphait des obstacles. Chacune de ses victoires a laissé dans l'histoire une trace de sang.
)' Les fondateurs de la République de 1848 n'imiteront pas l'exemple de leurs devanciers. Ils ne veulent pas engager une bataille ; ils veulent fonder des institutions. Ils ne sont pas les soldats de la Révolution ; ils sont les organisateurs de la démocratie : leur force n'est pas dans la lutte ; elle est dans la puissance des idées qui seront le lien de la réconciliation de tous les partis et de l'union des âmes. »
Si d'anciens souvenirs ne nous empêchaient pas de le faire, nous encadrerions les lignes qui précèdent entre un article du Journal des Débats et une réponse de M. Guizot à un discours de M. de Montalembert , prononcé le 3 août 1847; on verrait par ces citations que l'arficle du Bien pnblic nVst qu'un plagiat.
A M. de Montalembert, qui reprochait au cabinet du 29 octobre son impuissance , que répondait M. Guizot : — « L'honorable M. de Montalembert n'a pas encore, sous « noli'e forme de gouvernement, la juste mesure du temps. »