‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856Chapitre 108 sur 199 · COURT DIALOGUE · texte numérisé non relu

COURT DIALOGUE

22 juin 1848.

— Il laut que cela aille plus mal encore !

— Pourquoi donc?

— Parce que nous n'avons plus qu'un moyen de garder le pouvoir qui nous échappe.

— Quel moyen?...

— C'est de rendre nécessaire la dictature du général Cavaignac.

— Mais c'est un caractère indécis, un esprit faible.

— Qu'importe, on ne le sait pas, et cette faiblesse a pour correctif 60,000 hommes de troupes à Paris et dans les environs. Nous n'attendons plus que la circonstance, elle ne se fera pas attendre longtemps.

RETmEZ-VOUS !

23 juin 1848.

On s'abuse ! on s'abuse ! on perd un temps précieux. On agite toutes les questions, on n'en résout aucune. L'Assem-r blée nationale accuse la Commission du pouvoir exécutif; elle l'accuse et ne la renverse pas. Double inconséquence 1 car il faut ou la soutenir ou la révoquer. De son côté, les membres de la Commission executive se plaignent de l'Assemblée nationale; ils se plaignent de n'avoir pas sa confiance. Ils n'avaient qu'à la mériter.

Seule la garde nationale a raison d'accuser et de se plaindre; elle a raison d'accuser le gouvernement de n'avoir su prendre depuis trois mois aucune des mesures propres à conjurer des extrémités qu'il était si facile de prévoir ; elle a raison d'accuser l'Assemblée de manquer du courage qui, depuis longtemps déjà, aurait dû mettre fin à une situation qui chaque jour s'aggrave ; elle a raison de se plaindre, car toutes les fatigues, tous les périls, toutes les ingratitudes, toutes les calomnies et l'impopularité ont été pour elle !

Aujourd'hui, cependant, les dictateups du 24 février ont daigné citer son nom avec éloge à la tribune, et rendre hommage à son patriotisme. C'est bien heureux ! Mais dans quels termes l'onl-ils fait? Quel ton déclamatoire, empha-

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tique, ridicule, que celui de M. Garnier Pages ! Pourquoi donc tant gesticuler, et crier si haut, pour ne rien proposer, pour ne rien décider? Vous dites qu'il faut agir ! vous dites qu'il ne faut pas discourir ! Et vous discourez et vous n'agissez pas ! Charlatans d'autorité, qui aviez annoncé à la France que vous la guéririez sans douleur, vous la conduisez à la ruine, à la banqueroute, au déshonneur, à la décadence. Retirez-vous, votre vie tout entière ne sera pas assez longue pour expier le crime de votre présomption, le scandale de votre usurpation! A MM. Flocon et Garnier-Pagès, qui sont montés à la tribune pour entretenir l'Assemblée de la gravité des événements du dehors, succède M. Bonjean qui fait une motion confuse. A M. Bonjean succède M. de Lamartine. Que va-t-il dire? Va-t-il annoncer, enfin, que la commission executive, se rendant justice et reconnaissant son impuissance, dépose en d'autres mains le pouvoir dont elle a fait un si triste usage? Non, M. de Lamartine, lui aussi, parle pour ne rien dire, tant il est vrai qu'il est des circonstances où le génie même ne peut suppléer le caractère, où la fermeté du caractère est le génie de la situation. Non seulement les phrases de son discours se démentent, mais les mots qui se touchent se contredisent : ainsi c'est avec solennité que M. de Lamartine a fait entendre à l'Assemblée cette déclaration : « les périls s''éloignent, mais ils grandissent! »

Voilà donc ce qu'on appelle Téloquence !

Si l'on n'en finit promptement avec tous ces pompeux et vides discours, vous verrez que la tribune sera le marchepied de Téchafaud î Comment en serait-il autrement? Lorsque la garde nationale et l'armée, étroitement unies, seront parvenues à s'emparer de toutes les barricades, à les renverser, à rétablir Tordre en apparence, lorsque les hôpitaux regorgeront de blessés et les prisons de prisonniers: quel pas en avant aura fait la solution du problème qui consiste à donner du travail et du pain à tous ces malheureux qui, dans les transports d'une victoire trop facile, avaient mis héroïquement au service de la République trois mois de mi-

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