RETIREZ-VOUS
sère, et qu'on a égarés par des promesses coupables, par des décrets menteurs? Le lendemain du jour où les barricades auront été renversées, la situation sera-t-elle meilleure que la veille du jour où elles furent élevées ? Le sang versé ne fait pas refleurir le crédit ; et c'est un mauvais moyen de rouvrir les fabriques que celui qui commence par obliger de fermer les boutiques.
Toutes les boutiques sont fermées.
Paris est morne : sa stupeur, sa désolation, ne sauraient se décrire !
Avions-nous donc raison de nous écrier : On s'abuse ! on s'abuse ! On ment ! on ment ! On gaspille un temps précieux ! On compte sur l'Assemblée; l'Assemblée sera impuissante ! On compte sur la Constitution; la même illusion aboutira à la même déception! Maintenant, c'est dans le choix du président de la République qu'on met tout son espoir ! on s'abuse encore !
Tout le temps qui ne sera pas employé à chasser la Commission executive pour la remplacer par un pouvoir capable, par un pouvoir s//7cè/'e, sera du temps perdu et dont la perte se payera cher !
S'il reste encore à M. de Lamartine un peu des nobles sentiments que nous lui avons connus et qui nous avaient attaché étroitement à lui, demain matin, quand le jour se lèvera, il aura cessé de faire partie de la Commission executive, car aujourd'hui il ne peut plus dire que le sang, et le sang le plus pur, n'a pas coulé; car désormais il ne pourrait plus, sans pâlir, se rendre l'écho de toutes les déclamations banales contre la royauté du 9 août 1830 et le ministère du 29 octobre 1840.
Cette triste journée, hélas ! a été teinte de dix fois plus de sang qu'il n'en fut versé le soir du 23 et le matin du 24 février.
Retirez-vous, vous ne pouvez plus rester ; retirez-vous, car tout le sang qui a arrosé aujourcChiii les pavés ?î'a pas coulé pour la liberté, il a coulé pour votre incapacité!
440 tS4S.
Ce n'était donc pas assez qu'elle eût déjà coûté 20 milliards à la France !
Ce n'était donc pas assez qu'elle eût fait rétrograder d'un siècle la civilisation !
Retirez-vous ! retirez-vous !