‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856Chapitre 110 sur 199 · ILS SE SONT RETIRÉS I · texte numérisé non relu

ILS SE SONT RETIRÉS I

24 juin 1848.

Ils se sont donc enfin retirés ! Que clis-je, retirés ! La vague de sang qui les avait apportés dans son flux les a remportés dans son reflux. Une barricade les avait élevés, une barricade les a renversés. Ils avaient indignement usurpé le pouvoir le 24 février, il leur est misérablement échappé le 24 juin. Ce règne de leur impuissance a duré 120 jours. Dix années d'efforts, le génie les inspirât-il, et tous les efforts fussent-ils couronnés de succès, ne suffiraient pas pour réparer l'irréparable mal qu'a fait à la France leur souveraine incapacité.

Les concours sincères, les avertissements dévoués cependant ne leur ont pas manqué. Assez de fois nous leur avons crié : Organisez, ne désorganisez pas ! Vaines exhortations! Inutiles avertissements !

Ils ont cru que le pouvoir était une chose qui se prenait, vulgaire erreur! On croit saisir le pouvoir; jamais, quand on l'usurpe, on ne saisit que l'anarchie sous le manteau de l'arbitraire.

Après trente années de liberté, limitée, il est vrai, mais enfin assurée, nous voilà donc retombés sous le despotisme du sabre, et, pour comble d'abaissement, réduits à considérer le despotisme comme un bienfait.

Toutes les libertés sont suspendues! liberté individuelle

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et liberté de la presse! Un mol suffit, mal interprété ou mal imprimé, pour vous exposer à être fusillé. Paris est en état de siège !

On se souvient à quelles attaques le gouvernement de juillet fut en butte de la part du National pour avoir mis Paris en état de siège. Eh bien ! c'est à peine si le National règne et gouverne depuis quatre mois, et déjà, sous son empire, voilà à quelle extrémité nous en sommes venus !

Sur cette pente, où s'arrêtera-t-il ? jusqu'où nous ferat-il rouler? Qui pourrait le dire? qui pourrait le prévoir? Tout est à craindre ; car, il ne faut pas s'abuser, les difficultés survivront aux périls, les questions resteront debout après que les barricades auront disparu. Quand, des deux côtés, on aura pansé ses blessés et enterré ses morts, on n'aura pas apaisé les défiances ni résolu le problème si malheureusement agité pendant trois mois au palais du Luxembourg.

Quelle lugubre journée ! Depuis trois heures du matin, le canon n'a cessé de tonner, des décharges de peloton n'ont cessé de se faire entendre.

On ne peut circuler pour aller d'une rue à l'autre; si l'on n'est revêtu de son uniforme de garde national, il faut être escorté d'un fusilier; autrement, on ne vous laisse pas passer.

Que de morts ! que de blessés des deux parts ! * Voilà donc la liberté et la fraternité que nous ont faites les républicains de la veille !

Quel nom donnerons-nous à ces insensés intrépides qui ont relevé le 23 juin les barricades du 23 février? — Les appellerons-nous, comme M. le maire de Paris dans sa circulaire insérée ce matin en tête du Moniteur, « un petit » nombre de turbulents ? » Les appeler ainsi, ce serait insulter au courage de la garde nationale et de l'armée, qui depuis trente heures, au péril de leur vie, combattent contre l'insurrection sans être encore parvenues à la vaincre 1 Les appellerons-nous des « agitateurs ? » Des hommes que la mitraille ne fait pas reculer ne sont pas simplement des

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