ATTENTAT FIESCHI
(( Qui le croirait?. . . Armand Carrel se vit enveloppé dans une persé- » cution ayant pour but ou pour prétexte la recherche des complices d'un » assassin? »
(T. lY, p. 447.)
Voici maintenant la lettre que jefis remettre à M. Corne, représentant du peuple, procureur général :
« Samedi l'^r juillet 1848.
» Prison de la Conciergerie, 7^ jour.
» Citoyen ,
» La mise de Paris en état de siège n'a pas, ne peut pas avoir eu pour effet de renverser d'un coup le monument tout entier de nos lois.
» Yoilà sept jours que je suis arrêté !
» Yoilà sept jours que je suis au secret!
» J"ai été arrêté contrairement à l'article 615 du Code d'instruction criminelle; car ou ne m'a fait connaître ni le motif de mon arrestation, ni la loi en exécution de laquelle elle a été ordonnée.
» On ne m'a notifié aucun acte.
» J'ai été interrogé.
» Mon interrogatoire a exclusivement porté sur quelques mots du premier article inséré dans la Presse du dimanche 25 juin.
» Tant qu'une nouvelle Constitution n'a pas été votée et promulguée, la Charte de 1830 existe et doit me couvrir.
» Cet interrogatoire a eu lieu contrairement à l'art. 53 de la Charte.
» L'art. 8 dit que toutes les propriétés sont inviolables ; nonobstant cet
JOURNAL DT'N JOURNALISTE AU SECRET. 4Go
avtiole, le journal l;i Presse, qui roprùsente une propriété d'une valeur de 1,500,<^00 francs au moins , a été surPRiMÉ, sans jugement, sans condamnation !
n Toute ma correspondance-, arrêtée à la poste, a été saisie et ouverte.
» Elle n'a mis sur la trace d'aucun indice, même le plus vague.
» J'appelle toutes les investigations.
» Je défie toutes les dénonciations.
» On ne trouvera rien qui m'accuse , parce que rien n'existe !
» Ce n'est pas au procureur général que s'adresse cette lettre, c'est au citoyen , c'est au représentant du peuple, c'est à l'ancien député de l'opposition qui ne saurait rester indifférent à l'excès inqualifiable de pouvoir que je lui signale: et dès qu'il vous est signalé, il est impossible que vous ne considériez pas comme un devoir public d'en faire cesser les efTets monstrueux , soit par une démarche officieuse près du pouvoir exécutif, soit par une interpellation à la tribune de l'Assemblée^ationale.
» Qu'est-ce donc que le sentiment de la liberté, si ce n'est pas, avant tout, la haine de l'arbitraire?
» Salut et (ralernité.
» E. DE GIRARDIN
Dnns la Ic'ltrc adressée à M. le préfet de police, je me bornais à insister pour qu'il me fît connaître, conformément au vœu impérieux de la loi :
Le motif de mon arrestation ;
La loi en exécution de laquelle elle a été ordonnée.
M. le capitaine rapporteur Plée vient d'entrer; il est assisté d'un greffier chargé d'un ballot de lettres.
Ces lettres sont au nombre de 554.
Elles sont ouvertes devant moi ; toutes sont relatives à des demandes d'abonnements ou de renouvellements à la Presse, à l'exception de deux :
L'une timl)rée de Moissac (Tarn-et-Garonne), signée timon, gascon, el contenant des prédictions burlesques favorables au retour du régime^ monarchique;
L'autre venant du Morbihan, et relative à la prochaine élection de Bordeaux ; elle m'est écrite par un de mes anciens collègues, M. de Sivry, ex-député de Ploérmel.
Procès-verbal est dressé; je demande et j'obtiens qu'il y